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En réponse au désir de curiosité de chacun, je vous invite à critiquer l’acte intellectuel dans une terminologie où le savoir objectif s’inscrit en surimpression sur les conceptions philosophiques voire métaphysiques. Existe-il un savoir ultime et absolu ? Quelle démarche
suit-on pour aboutir à la Connaissance ? Comment la science
s’est-elle développée ? Qu’est-ce que le savoir ? Nous
allons découvrir au fil de ces pages qu’en essayant de répondre à ces
ambitieuses questions, les philosophes et les scientifiques ont libéré
bien des démons. A peine avaient-ils terminé leur argumentation qu’une
autre voix s’élevait déjà pour critiquer leurs explications. C’est
ainsi que certains visionnaires nous ont ouvert les yeux mais en
contrepartie ils donnèrent à nos propos un étrange goût d’amertume.
Pour la première fois depuis l’invention de la rhétorique et l’émergence
de l’esprit critique, l’homme du XXIeme siècle sait que son savoir est
à jamais limité. Perdu dans les méandres d’un monde indéterminé dont les voies
possibles sont indécidables, il s’avère de plus en plus difficile de
dissiper le brouillard qui recouvre la réalité. Mais l’imagination est
notre meilleure alliée. Le chercheur sait que son champ d’action est
infini et mérite quelques sacrifices. Certains, souvent isolés,
parviennent à se libérer des contraintes de la science normale et
affrontent seul l’inconnu. A l’image de l’alpiniste téméraire qui
ouvre une nouvelle voie, le savant de génie qui parvient à élucider un
paradoxe découvre parfois une voie royale. Bientôt il devient une figure
de légende et ravive les vocations. L’avenir lui donne raison, et même
isolé au-dessus du vide, les plus jeunes lui tendent la main sans frémir.
La révolution passée, son action n’est plus contestée, elle devient
sociale et parfois humaniste. C’est cette prise de conscience
fondamentale que nous allons progressivement découvrir au fil de ces
pages.
Mais les héritiers du Cercle de
Vienne ne l’entendent plus de cette oreille. Ils n’opposent plus
conceptions idéalistes et matérialistes du monde. Ils voient plutôt les
théories scientifiques comme des outils capables d’engendrer des prédictions.
Sans pour autant mélanger concepts et mots, philosophie et discours, sous
cette apparente réalité des idées se cache la difficulté de penser les
choses. Après tout c’est par le langage que l’intelligible et le
monde sensible nous ont permis de reconstruire la réalité et d’élaborer
l’équation de l’Univers. Saisir l’importance de la science, ses tenants et ses
aboutissants ne peuvent se concevoir sans définir au préalable
l’intelligence, le concept scientifique et sa méthodologie. Pour
enrichir le débat, nous prendrons le temps de définir le rôle des théories
et leurs relations avec l’expérience. Aucune définition scientifique
ne sera complète sans référence à l’histoire et à la philosophie
qui forgèrent son caractère normatif. Ce jugement fera appel à l’épistémologie,
cherchant à définir la "scientificité" des concepts. Les implications des concepts scientifiques ne peuvent se borner
à une simple explication des phénomènes. Le champs d’investigation
des chercheurs s’étend sur des considérations culturelles mais aussi
sociales, catalyseurs des inquiétudes et des passions des hommes. La
place de la science dans la société a été sanctionnée par
l’histoire. Les grands débats d’idées qu’elle provoqua prouvent
que les concepts scientifiques invitent à la réflexion, amenant chacun
de nous à poser la question de son utilité. Derrière ce débat conflictuel se profile la question du rôle du chercheur, en quoi son cheminement est parcouru d’embûches, son ambition quelquefois brisée ou ses propositions anéanties par l’arbitraire. Si le chercheur ressemble à Sisyphe, il sait aussi que derrière cette stupidité apparente l’horizon cache un monde de connaissances qu’il ne peut ignorer.
Tel est tout spécialement le cas de la physique quantique et de la Relativité. Mais d’autres domaines sont également paradoxaux. La biologie se voit revêtir d’une réversibilité de droit, c’est la fonction qui crée l’organe et les mécanismes de rétroactions qui régissent son évolution. Plus les scientifiques expliquent la diversité de la nature, plus leurs lois démontrent l’aspect indéterminé et chaotique des structures les plus simples. Finalement chacun se pose la question de l’existence divine. Si
nos lois peuvent a priori "tout expliquer", reste-t-il une
place pour un Créateur ? Laplace n’avait pas eu besoin de cette
hypothèse pour prédire le mouvement des corps célestes. Se trompait-il ?
Nul ne le sait. Rationnel, il croyait plutôt que l’on découvrirait un
jour "l’équation de l’Univers". Mais la querelle du déterminisme n’est pas encore achevée.
Aujourd’hui avec les nombreuses lois couchées sur papier, les
astronomes en collaboration avec leurs confrères physiciens, chimistes ou
biologistes – la liste n’est pas exhaustive – peuvent expliquer
certains "comportements" de la Nature comme étant des
propriétés ou des étapes nécessaires au développement de l’Univers.
Tous ces phénomènes,
signes du développement naturel de la réalité sont compréhensibles et
paraissent utiles a priori. Mais les scientifiques n’aiment pas ce
langage et préfèrent le remplacer par la symbolique mathématique. Grâce
à ce formalisme, nous pouvons expliquer les grandes étapes de l’évolution
de l’Univers, depuis le Big Bang jusqu’aux trous noirs. Mais les
livres de sciences sont remplis de paradoxes qui combleront les logiciens
pour longtemps encore. Les connaissances que nous avons acquises sont liées aux progrès de la science et son isolement volontaire de tous les facteurs théologiques, politiques et économiques qui tentent de détourner son idéal désintéressé. Il est essentiel pour le progrès que chacun ait conscience de l’importance de cette indépendance. Nous justifierons le bien-fondé de cette attitude en portant un regard critique sur les découvertes et en appréciant l’ouverture d’esprit qu’elle procure. Nous ne pouvions bien sûr pas ignorer les hommes et les femmes
qui se risquent à faire des propositions scientifiques. Nous discuterons
de leurs ambitions et leurs prétentions en insistant sur leur rôle, la
richesse d’une science capable de réunir par delà les distances
théoriques l’homme de science et la société. Si globalement ce travail vous permet d’acquérir une meilleure
compréhension de l’Univers ce sera pour moi une grande satisfaction. Prochain chapitre Retour à la Philosophie des sciences
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