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En quête d'un petit télescope portable et polyvalent

La lunette apochromatique TEC 110FL de 110 mm f/6.5 équipée d'une crémaillère de 3.2" (4500$ pour l'OTA).

Les lunettes à tube court de 100 à 130 mm (V)

Entre les petits "catas" de 50 à 100 mm d'ouverture et les télescopes de plus de 150 mm d'ouverture, il y a une place pour les lunettes achromatiques et apochromatiques de 100 à 130 mm d'ouverture. Citons 5 modèles parmi de très nombreux autres disponibles sur le marché :

- La lunette achromatique Celestron NexStar 102SLT GoTo de 102 mm f/6.5 à 575 € avec sa monture

- La lunette achromatique Vixen ED100SF de 100 mm f/9 à 1150 € pour l'OTA (tube optique)

- La lunette apochromatique Tele Vue NP101is de 101 mm f/5.4 à 4750 € pour l'OTA

- La lunette apochromatique Takahashi TSA-102 ED de 102 mm f/8 à 2800 € pour l'OTA

- La lunette apochromatique Astro-Physics "Gran Turismo" de 130 mm f/6.3 GTX à 8900 € pour l'OTA.

Ajoutons au besoin le prix de la monture (proche de 4000 € pour un modèle performant destiné à l'astronomie) et les accessoires.

Tous ces modèles sont disponibles chez des revendeurs européens mais d'une année à l'autre leur production peut être arrêtée et remplacée par un modèle équivalent à quelques détails près et généralement plus performant. Certains représentants peuvent encore proposer les anciens modèles pendant quelques années après l'arrêt officiel de la production (par ex. TEC 110FL, TV NP101, etc.). L'autre bonne nouvelle est l'apparition un peu plus fréquente de ces modèles déclassés sur le marché d'occasion.

Les plus populaires sont les modèles à tube court car leur rapport focal relativement faible et leur grande luminosité les rendent aptes à l'observation et la photographie des objets étendus tandis que moyennant un doubleur de focale pour les plus courtes, elles permettent également d'observer dans d'assez bonnes conditions les objets du système solaire.

Ces modèles ne concourant pas tous dans les mêmes catégories, nous n'allons pas commettre l'affront de les comparer. Nous allons simplement les décrire en insistant sur leurs principales qualités (ou défauts) afin que chacun puisse avoir une idée de leurs performances.

Les achromates

Celestron NexStar 102 mm f/6.5 SLT

La lunette achromatique Celestron NexStar de 102 mm f/6.5 SLT est sortie en 2005 et est toujours proposée chez la plupart des revendeurs. Toutefois, avec le temps et le lancement de nouveaux modèles, certains n'ont plus renouvelé leur stock et ne la commande donc plus.

Son tube optique (OTA) mesure 72 cm avec la crémaillère pour un poids total avec le trépied en aluminium de seulement 6.4 kg. Lorsqu'il est démonté, l'OTA est tellement compact et léger qu'il peut être rangé dans une étagère ou un grand tiroir.

La lunette achromatique Celestron NexStar de 102 mm f/6.5 SLT GoTo (575 €) fournie avec son monobras, son trépied et ses accessoires.

L'objectif achromatique traité multicouches présente bien entendu une aberration chromatique. Ce halo violet et rouge dérange certains observateurs mais d'autres ne le voient même pas. Comme pour les petites lunettes, le filtre Baader Fringe-Killer qui ne laisse passer la lumière qu'entre 480-680 nm supprime ce halo coloré indésirable autour des astres brillants, améliorant la netteté des images. Mais ce filtre augmente le montant de la facture de la 102SLT de 65 à 170 € supplémentaires selon le modèle.

Cette lunette est alimentée sur 12V (8 piles rechargeables NiMH de 1.5V et 2700 mA d'une autonomie d'environ 4 heures ou sur batterie de 12.8V et d'au moins 6 A) et est équipée d'un viseur "Red dot" (à point rouge) et d'une console GoTo NexRemote.

Etant donné son diamètre et sa clarté, la 102SLT atteint la magnitude 12.1 et offre un pouvoir séparateur théorique de 1.17". En pratique, il sera difficile de descendre en-dessous de 2". Les structures nuageuses et la tache rouge de Jupiter sont discernables mais pas en détail, la division de Cassini entre les anneaux A et B de Saturne et les détails de son globe sont à peine apparents (alors qu'on les distingue tout juste dans une ST-80 ED). En revanche, même si sa résolution reste limitée, elle permet sans difficulté d'observer les taches solaires et leur pénombre (en installant un filtre solaire optionnel sur l'objectif) ainsi que les cratères de la Lune où l'amateur tentera avec plus ou moins de succès d'observer les cratelets, les rainures et les dômes. Quant aux objets peu contrastés et pâles du ciel profond, elle permet de distinguer les nébuleuses brillantes mais sans détails. Un filtre sélectif ou anti-pollution lumineuse peut apporter une certaine aide en augmentant le contraste.

En théorie, la 102SLT supporte un grossissement maximum de 250x. Toutefois, comme nous l'avons expliqué, rechercher le grossissement maximum n'est pas recommandé. A ce grossissement la pupille de sortie oculaire devient aussi petite que la macula de l'oeil (0.41 mm contre ~0.3 mm) qui est la région de la rétine permettant d'observer les détails du sujet. De plus, l'image devient beaucoup sombre qu'à faible grossissement. Enfin, l'optique devient très sensible à la turbulence atmosphérique qui généralement est déjà médiocre et fera d'autant plus fortement danser l'image.

Dans de bonnes conditions d'observation, il est donc prudent de limiter le grossissement maximum à 1.5x le diamètre de l'objectif exprimé en millimètres soit à 150x pour cette lunette achromatique où l'observateur disposera du maximum de confort visuel avec une pupille de sortie oculaire de 0.68 mm. Pour cette lunette, on obtient ce grossissement soit avec un oculaire de 4.5 mm de focale, si possible grand champ (65 à 80°) et offrant un relief-oculaire suffisant (au moins 10 mm), soit en utilisant une lentille de Barlow 2x ou une Powermate 1.8x de Tele Vue (284 € chez Optique Unterlinden) et un oculaire de 9 mm de focale offrant des caractéristiques similaires. On préserve ainsi la luminosité et les performances de l'instrument. Vu qu'il s'agit d'une achromate, au-delà de 200x l'image est trop dégradée.

Au prix très modique où cette lunette est proposé par Celestron, le constructeur a dû faire des compromis, heureusement pas sur l'optique mais sur les accessoires. Il s'agit d'une lunette "Made in China" (Taiwan) comme les autres produits Celestron fabriqués depuis 2005 par Synta (par ex. la Celestron NexStar 80 GT, le NexStar 5SE ou l'Orion ST-80) mais avec l'assurance que le contrôle qualité est assuré par Celestron aux Etats-Unis.

Malheureusement, depuis 2005 certains éléments en aluminium moulé ont été remplacés, notamment le porte-oculaire qui est aujourd'hui en plastique préformé et donc plus léger, plus sensible aux vibrations et moins résistant que l'ancien modèle. Le viseur à point rouge est tellement petit qu'il est peu efficace et seules les étoiles les plus brillantes sont visibles. Enfin, les oculaires de 9 et 25 mm de focale et le renvoi à 90° sont de qualité médiocre et il est recommandé de les remplacer par des modèles plus performants, augmentant la facture d'au moins 200-300 €. Si on compte le remplacement des oculaires, du renvoi à 90° et un filtre correcteur de couleur (plus éventuellement un filtre solaire), le montant de la facture dépasse 900 € voire 1000 € et c'est un minimum. Autrement dit, on double le montant de la facture !

A voir : Setting Up Celestron NexStar 102SLT

Dans la foulée, le trépied est très léger par rapport au poids de la lunette et de son moteur et ce dernier peut engendrer des vibrations qui se transmettent dans tout l'instrument. Il est donc recommandé de bien visser toutes les fixations pour éviter ce problème. Mais comme sur beaucoup de petits instruments, il faut environ 2-3 secondes pour que les vibrations s'amortissent, ce que certains amateurs peuvent regretter. En fait, toute la monture est trop légère pour un usage sérieux et intensif.

Ensuite, la base de données ne comprend que 4000 objets célestes dont le catalogue Messier et une partie du catalogue NGC là où les modèles de la série SE et les autres séries pour amateurs avertis en comprennent 10 fois plus.

Quant à l'astrophotographie, on peut raccorder un APN ou une webcam à la crémaillère moyennant une bague T et autre tube allonge ou même installer une petite caméra CCD Celestron, mais devant les difficultés de la mise au point et les défauts optiques inhérents à cette conception, l'amateur devra persévérer pour obtenir de bons résultats. Bref, cette petite lunette n'est pas l'instrument idéal pour s'adonner sérieusement à l'astrophotographie. En revanche, elle convient à l'observation visuelle.

Aussi, l'amateur qui recherche un instrument plus stable et plus précis doit s'orienter vers d'autres modèles et éliminer de sa sélection la série SLT pour envisager soit la série Celestron SE ou supérieure (Evolution, EdgeHD, etc.) soit une marque concurrente mais en tous les cas des optiques équipées d'une monture plus robuste. Mais la facture augmentera également.

Etant donné ses performances justes acceptables, la NexStar 102SLT conviendra idéalement à un adolescent (ayant beaucoup d'argent de poche) ou un jeune adulte débutant en astronomie, le système GoTo lui apportant une aide précieuse pour localiser les objets dans un ciel qu'il ne connaît pas. Comme les autres petites lunettes achromatiques, elle tient dans un grand sac de voyage et sa versatilité rendra beaucoup de services à l'amateur qui s'intéresse au système solaire et désire occasionnellement observer les objets du ciel profond.

Vixen ED100SF de 100 mm f/9

La lunette Vixen ED100SF est déjà un modèle beaucoup plus élaboré que la NexStar 102SLT et concourt dans la catégorie des instruments de milieu de gamme car il s'agit d'un doublet de Fraunhofer à verre ED. Son petit prix (1150 € pour l'OTA) n'est qu'apparent car on se rend vite compte qu'elle n'est pas complète et qu'il faut lui ajouter une monture équatoriale, un trépied et des accessoires (le chercheur, la queue d'aronde et les anneaux de fixation sont livrés avec l'OTA).

Avec un tube optique long de 88 cm et 1 m hors tout avec le porte-oculaire pour 8.8 cm de diamètre et un poids de 3.7 kg, elle est deux fois plus encombrante et un peu plus lourde qu'une lunette à tube court de même diamètre. Cela reste toutefois très raisonnable si nous la comparons à l'OTA de lunettes apochromatiques de dimensions équivalentes de concurrents japonaises qui peuvent atteindre 5 kg.

Lunette Vixen ED100 SF GP2 de 100 mm f/9 (1899 € avec la monture).

La Vixen exige une monture robuste, capable de supporter au moins 7 kg et quelques si on lui ajoute quelques accessoires. Au total, avec une monture Vixen GP2 fixée sur un trépied en aluminium (999 €) tel qu'on le voit à droite, le montant de la facture s'élève à 1890 €. C'est aussi cher que certains télescopes catadioptriques de 200 mm de diamètre mais c'est deux à quatre fois moins cher que d'autres modèles de lunettes. La raison est qu'il s'agit d'un modèle achromatique et Vixen a raboté sur la qualité de certains composants en fabriquant un certain nombre de pièces en Chine (Taiwan).

Ceci cit, ce modèle achromatique présente une très faible aberration chromatique car Vixen a utilisé un verre à très faible dispersion contenant un peu de fluorite. Bonne nouvelle, en pratique le léger halo violet ou orangé selon la mise au point qu'on voit habituellement à l'oculaire de la plupart des achromates autour des objets à fort contraste comme la Lune, les planètes et les étoiles brillantes n'apparaît pas. L'amateur qui prétendrait le voir aurait l'acuité visuelle d'un chat.

Etant donné son rapport d'ouverture assez long et donc son champ étroit (champ de 20' avec un oculaire Vixen SLV de 6 mm offrant un champ apparent de 50°), elle convient avant tout pour l'observation des planètes ou des champs stellaires même si on peut sans problème l'utiliser pour photographier le ciel profond. En effet, on peut réduire son rapport focal au moyen d'un réducteur Antarès 0.5x par exemple ou Vixen 0.67x, portant son ouverture relative à respectivement f/4.5 et f/6. Malheureusement, le premier modèle est un accessoire bas de gamme qui ajoute une importante aberration chromatique et tous deux sont dédiés à la photographie CCD ou avec un APN et non à l'observation visuelle.

Contrairement aux modèles haut de gamme mieux conçus et plus robustes, le porte-oculaire Crayford à double vitesse de la Vixen ED100SF est fabriqué par Synta. Il supporte en théorie des accessoires de 31.75 mm et de 50.8 mm de diamètre. Toutefois, en pratique et principalement lorsque la lunette est dirigée vers le zénith, il n'est pas recommandé d'utiliser des oculaires très lourds ou de gros accessoires comme une caméra CCD pesant 1 kg ou un binoculaire qui a tendance à glisser s'il n'est pas solidement attaché. C'est le genre de détail qui vous fait regretter votre achat le jour où votre précieux accessoire glisse et s'écrase par terre.

Concernant ses performances, la Vixen ED100SF ne résout pas mieux les détails planétaires (les taches ou les festons de Jupiter ou la division de Cassini de Saturne), les étoiles serrées, les amas globulaires ou les étoiles centrales des nébuleuses planétaires qu'un autre instrument de 100 mm de diamètre. Mais elle ne parvient pas à la puissance de résolution des véritables apochromates de diamètre équivalent dont ceux décrits ci-dessous qui, dans de bonnes conditions, distinguent la division de Cassini et séparent sans problème des étoiles binaires séparées de moins de 2".

Ses avantages sont la légèreté avec un poids total de 17.8 kg avec la monture GP2 et donc la portabilité tout en offrant une image pratiquement exempte de chromatisme. Selon des tests allemands non vérifiés, son rapport de Strehl (écart quadratique moyen entre le front d'onde ou PSF théorique et le front d'onde réel) est de 0.95, similaire au modèle ED80SF et à la Vixen 102 mm f/9 FL à verre fluorite, c'est-à-dire dans les normes professionnelles qui exigent un rapport de Strehl de 80-90 % dans tout le spectre visible entre 486 nm et 656 nm pour qualifier l'optique de "diffraction limited".

Pour les amateurs de grands champs, son champ oculaire est sensiblement plus étendu que celui de la Takahashi TSA-102 (41 % plus étroit) et des Tele Vue TV-102 ou NP101is (26 % plus étroit), donnant à l'observateur une image au contenu plus riche, accentuant l'impression de survoler le sujet.

En résumé, la Vixen ED100SF f/9 est une optique de très bonne qualité, offrant une longueur focale suffisante pour observer les objets du système solaire mais sans excès et un rapport focal qu'il est possible de réduire pour l'astrophotographie. Mais un amateur averti préférera sans doute un doublet ED plus performant (par ex. la Tele Vue 102) même si entre un rapport de Strehl de 0.95 pour ce modèle et 0.97 ou 0.98 pour les meilleurs apochromates, bien malin serait l'observateur qui pourrait distinguer la différence de contraste. En revanche, combiné à une différente de saturation des couleurs de 3-4 %, la différence peut être plus facilement détectable par certaines personnes. L'amateur peut aussi préférer une véritable apochromate (par ex. la Takahashi TSA-102 f/8) mieux corrigée tandis qu'un observateur occasionnel n'investira probablement pas autant d'argent dans un si petit diamètre sachant qu'il peut acheter un télescope offrant une meilleure résolution et plus puissant pour le même prix.

Les apochromates

Viennent ensuite trois lunettes apochromatiques qui justifient leur prix élevé par l'utilisation de lentilles particulièrement bien corrigées et d'accessoires d'excellentes qualités et durables adaptés aux besoins de clients exigeants.

Le prix des lunettes apochromatiques n'est pas comparable à celui des lunettes achromatiques ni même à celui d'un télescope de même diamètre. En général, pour l'OTA d'une lunette apochromatique, il faut compter entre 3000 et 5000 € par 100 mm d'ouverture selon le fabricant, ce qui porte les plus grands modèles (130 à 300 mm de diamètre) à des prix jusqu'à 6 fois supérieurs à celui d'un télescope catadioptrique de même diamètre, auxquels il faut ajouter la monture et les accessoires. On ne sera donc pas étonné qu'en général le prix des apochromates de plus de 150 mm ne soit disponible que sur demande.

Tele Vue NP101is de 101 mm f/5.4

La lunette apochromatique Tele Vue NP101is fut lancée en 2007 et remplace la TV NP101 qui trouve ses racines dans le modèle MPT conçut par Al Nagler en 1980. En fait, le modèle NP101is ("is" pour imaging system) ne diffère du modèle NP101 que par des accessoires adaptés à l'imagerie numérique.

L'OTA de la TV NP101is est proposé à 4690 €. Il mesure 78.7 cm de longueur pour 10.1 cm de diamètre et pèse 4 kg. Il est livré avec un porte-oculaire à crémaillère de 2.4", un renvoi à 90°, une queue d'aronde, un anneau de fixation et une solide valise de transport. Nec plus ultra, le renvoi en diagonal de 50.8 mm est fabriqué dans un bloc d'aluminium dont le miroir est protégé par un revêtement diélectrique Everbright, l'un des plus performants du marché avec celui d'Astro-Physics et présente une réflectivité de 99%. Le "diagonal" pèse 227 g.

L'apochromate Tele Vue NP101is de 101 mm f/5.4 (4690 € pour l'OTA).

La TV NP101is étant une optique beaucoup plus rapide (f/5.4) que la plupart des modèles concurrents, Nagler a dut développer un objectif à la mesure du défi afin qu'il ne présente pratiquement aucune aberration.

Tele Vue a dédié la série "is" à courtes focales aux amateurs désireux de photographier les grands champs du ciel profond où elle tire avantage de sa grande ouverture qui peut atteindre f/4.3 avec le réducteur 0.8x. Ainsi, équipée d'un oculaire TV Plössl de 55 mm au coulant de 50.8 mm, la TV NP110is couvre un champ de 4.9°, c'est-à-dire plus vaste que le diamètre apparent de la galaxie d'Andromède M31 qui est d'environ 3.9° !

Cette lunette apochromatique dispose d'un objectif à quatre lentilles en deux groupes largement séparés par de l'air de conception Nagler-Petzval procurant un champ plat tout en maintenant les autres aberrations sous contrôle, c'est-à-dire sous le seuil de diffraction. Les modèles utilisant uniquement des lentilles frontales comme les doublets et triplets ne peuvent pas atteindre ce niveau de performances.

La TV NP101s est équipée d'un système de mise au point à crémaillère classique mais d'une rare qualité. C'est un modèle de 3" soit 76 mm à l'entrée du côté interne offrant une ouverture libre de 57 mm sur toute sa longueur afin d'éviter tout risque de vignettage. Ce système très robuste supporte les oculaires de 50.8 et 31.75 mm et est couvert de Teflon sur sa partie interne pour réduire les frictions. Cette matière agit également comme protection contre les poussières venant de l'extérieur.

Des vis de bloquage solidarisent parfaitement les accessoires sans le moindre jeu ni flexion, y compris les plus lourdes caméras CCD lorsque la lunette est dirigée vers le zénith. En même temps, ce système permet de passer de l'oculaire à la caméra CCD ou de tourner tout le système photographique sans le moindre changement de mise au point, ce qui est déjà tout un programme.

Comme tous les modèles de la série "is", cette lunette est livrée en option avec un système de mise au point électrique "Focusmate" offrant une réduction de 6:1 grâce à un micromètre digital qui permet d'assurer une mise au point précise jusqu'à 0.000254 mm, en particulier pour les capteurs CCD où nous savons qu'il y a très peu de tolérance. Pour rappel, outre l'effet des changements thermiques (dilatation ou contraction du métal), la position du point focal varie grosso modo comme le carré du rapport focal. Comparée au foyer primaire, plus le rapport focal diminue, plus précise doit être la mise au point. Un décalage de 0.001 mm par exemple peut entraîner un décalage de 0.025 mm au plan focal. Un bouton de contrôle permet de varier la mise au point à raison d'environ 0.00127 mm par pas. Le Focusmate équipé de son moteur déplace sans difficulté une charge de 2.3 kg et peut aussi être contrôlé à distance via un port USB ou série.

Concernant ses performances, la TV NP101is offre une qualité d'image excessivement fine, avec des étoiles ponctuelles, des couleurs saturées et brillantes. Du fait que l'instrument n'induit aucun vignettage, les images CCD ou prises avec un APN affichent un arrière-plan uniforme, y compris dans le cas où l'image serait agrandie ou déformée dont la luminosité chute de moins de 10 % à l'extrémité des coins du capteur.

Bien que les capteurs électroniques soient beaucoup plus sensibles aux variations de couleurs que l'oeil humain, la TV NP101is ne présente aucune aberration chromatique (le seul chromatisme pouvant apparaître serait généré par des accessoires optiques mal corrigés).

Tele Vue recommande un grossissement maximum de 250x. Selon plusieurs utilisateurs, avec un oculaire TV Nagler de Type 6 de 2.5 mm de focale donnant un grossissement de 216x, l'image des planètes et notamment de Jupiter et Saturne sont tout simplement stupéfiantes, très claires, nettes, sans le moindre chromatisme. La division de Cassini  ainsi que l'anneau de Crêpe sont visibles.

Selon le test d'Airy Lab, le rapport de Strehl de la TV 101is atteint 0.842 à 543 nm soit environ λ/15 RMS, et fait donc partie du club étroit des modèles qualifiés de "diffraction limited". La Tele Vue NP101is est une apochromate de très bonne qualité, bien meilleure que la plupart de ses concurrentes, mais elle reste malgré tout inférieure à un triplet APM, Astro-Physics, Borg, Takahashi TOA et TSA en terme de qualité d'image.

Takahashi TSA-102 de 102 mm f/8

Takahashi est autant réputée pour la qualité de ses optiques que pour la vaste gamme d'accessoires complétant son offre. La marque nippone propose de nombreux modèles à des prix concurrentiels et s'est résolument placée dans une niche intermédiaire à forte plus-value.

La lunette apochromatique Takahashi TSA-102 fut lancée en 2006 et remplace la fameuse FS-102 à doublet fluorite déjà réputée pour son contraste et son piqué. L'OTA mesure 63.5 cm de longueur pour 11.4 cm de diamètre et pèse pas moins de 5 kg, un record dans sa catégorie.

Malheureusement, contrairement à ses concurrents, le prix de l'OTA (2800 €) ne comprend pas les accessoires : renvoi à 90°, queue d'aronde, anneau de fixation et valise de transport sont considérés comme des options !

A gauche, la Takahashi TSA-102 de 102 mm f/8 (2800 € pour l'OTA). A centre, la formule optique et la correction chromatiques de son objectif. A droite, la correction chromatique de la FS-102 à titre de comparaison.

L'objectif de la Takahashi TSA-102 est constitué d'un triplet à faible espace d'air comprenant une lentille en verre ED (S-FPL53) et deux lentilles en Crown. L'objectif est monté dans un barrillet simple qui améliore sa stabilité et facilite son équilibrage thermique, la buée étant la bête noire des lunettes astronomiques.

La  TSA-102 est livrée avec une crémaillère classique et non pas avec un système de Crayford bien plus précis. Il est donc recommandé de l'équiper du Feather Touch de 3" optionnel qui permet d'assurer une mise au point précise quelque soit la charge du porte-oculaire. Le renvoi à 90° n'est pas constitué d'un miroir diélectrique mais d'un prisme et offre de ce fait quelques pourcents de réflectivité en moins que le modèle de Tele Vue ou d'Astro-Physics.

La TSA-102 est capable de distinguer des détails dans des surfaces planétaires ou de séparer des étoiles qui sont inaccessibles aux lunettes achromatiques de même diamètre ou même à des télescopes catadioptriques 25 % plus grand, ce qui en fait un excellent instrument capable de supporter de forts grossissements quand la météo le permet.

Elle offre également un champ visuel très contrasté avec des couleurs saturées et un ciel plus noir que celui d'une achromate ou même de certaines apochromates (par ex. la TV 102).

Ce modèle apochromatique est également un très bon astrographe même si elle ne peut pas rivaliser avec les optiques deux à cinq fois plus rapides. Pour corriger le peu d'aberrations résiduelles, le constructeur propose notamment un réducteur-correcteur de focale TOA-FL35 qui aplanit le champ et porte le rapport d'ouverture à f/7.84. Il offre un cercle d'image non vignetté de 22 mm couvrant un champ photo de 1.6°. Il existe également un réducteur de focale TOA-RD portant le rapport focal à f/5.98 et offrant un cercle image non vignetté de 38 mm couvrant cette fois un champ photo de 3.6°. Dans cette configuration, la TSA-102 donne de plus belles images et est plus performante que l'ancienne FS-102 qui présente des aberrations en bordure de champ (courbure de champ et astigmatisme).

Selon le test d'Airy Lab, son rapport de Strehl est de 0.972 à 534 nm et 473 nm soit environ l/35 RMS. Par comparaison, la Takahashi ortho-apochromatique TOA 130 mm f/7.7 réputée pour la qualité de ses images obtient un rapport de Strehl de 0.936 soit environ λ/25 RMS selon le test d'Airy Lab.

En résumé, la TSA-102 est une lunette d'excellente qualité qui mérite sa place dans la "cour des grands". Elle est polyvalente et complète, convenant très bien à l'observation visuelle et à l'astrophotographie tout en conservant une certaine portabilité. Ses points faibles sont le prix et le poids mais certainement pas des critères de qualité où elle ne présente pratiquement aucun défaut.

Revue de la lunette apochromatique TEC 140 f/7, par Laurent Bourgon

Astro-Physics "Gran Turismo" 130 mm f/6.3 GTX

La lunette apochromatique "Gran Turismo" de 130 mm f/6.3 GTX d'Astro-Physics est sortie en 2015 et "remplace" la fameuse "StarFire" EDFS dont la production a été arrêtée. Comme sa grande soeur, c'est un modèle haut de gamme dont l'OTA revient à 8900 €.

Lunette apochromatique Astro-Physics "Gran Turismo" de 130 mm f/6.3 GTX (8900€) fixée sur une monture Mach1 GTO (8700€).

Sa petite taille sur la photo commerciale est relative car il s'agit déjà d'un "gros bidon" mesurant plus de 1 m de longueur avec la crémaillère de 3.5" pour 15 cm de diamètre et pesant 8.2 kg avec la protection anti-buée. Cela signifie que contrairement aux petits lunettes décrites précédemment, vous ne la souleverez plus avec une seule main, d'autant qu'un accident coûtera très cher. L'OTA est toutefois démontable en deux parties de 53 et 28 cm.

L'AP 130 GTX dispose d'un objectif à trois lentilles et affiche des performances qui surpassent de loin celles de la majorité des télescopes de même ouverture et même de beaucoup de lunettes apochromatiques concurrentes de Borg, Vixen ou Tele Vue. En revanche, elle joue du coude à coude avec certaines Takahashi.

Cette lunette apochromatique offre une résolution théorique de 0.87" et un grossissement maximum pouvant atteindre 500x dans d'excellentes conditions, ce que très peu d'optiques de ce diamètre peuvent se prévaloir (en général, on ne dépasse pas ~400x sur une apochromate de ce diamètre). Les images présentent un excellent piqué en raison de l'absence d'obstruction centrale et une très bonne correction des aberrations, l'aberration chromatique étant corrigée jusqu'à 0.006 % entre 400 et 706 nm.

Spécialement conçue pour l'astrophotographie, plusieurs modèles de télécompresseurs et réducteurs focaux sont disponibles en option (réducteur de focal 0.72x ou 0.76x correcteur de champ et télécompresseur CCD de 0.67x portant le rapport focal à f/4.2) ainsi qu'un aplanisseur de champ portant le diamètre du cercle de netteté à 65 mm à f/6.7 ! Dans ces conditions, on peut tirer profit des caméras CCD "full frame" couvrant le format 24x36 mm ou supérieur comme le capteur moyen format KAF39000.

Selon Roland Christen, son rapport de Strehl est de 0.984 en lumière verte soit λ/50 RMS. Rappelons que le modèle AP 130 mm f/6.3 StarFire EDF affiche un rapport de Strehl de 0.972 à 543 nm soit λ/35 RMS selon le test d'Airy Lab et selon Roland Christen, à f/5 il dépasse 0.984 ou λ/50 RMS. Roland Christen confirme également que les lentilles des objectifs passent à l'étape du revêtement antireflet si elles atteignent un rapport P-V d'au moins λ/10 sinon le polissage se poursuit.

Actuellement, selon Roland Christen aucun autre constructeur n'atteint de telles valeurs, y compris à f/5 même si la plupart des (vrais) modèles concurrents sont "diffraction limited". Mais entre un rapport de Strehl de 0.80 chez certains concurrents et 0.97 chez Astro-Physics il y a tout de même 17 % d'amélioration et un écart RMS qui est divisé par trois qui justifient le prix élevé de ses optiques.

Pour les astrophotographes expérimentés et exigeants, l'Astro-Physics 130 GTX munie de moyens CCD performants et d'une monture robuste représentent le système optique "compact" et transportable idéal. On ne sera donc pas étonné que de nombreux amateurs ont acheté ce type d'instrument dont Fred Espenak, David Hanon, Pedro Ré, Christopher Go et Eric Denoize.

Seuls soucis, outre le prix disuasif, la Gran Turismo n'est pas de stock et la liste d'attente est d'environ... 10 ans sachant que la production est d'environ 100 exemplaires par an. Certains clients ont attendu leur modèle EDF jusqu'à 8 et 9 ans ! Si vous la vouliez pour Noël, n'y pensez même pas ! Comme on dit dans ces cas là, achetez plutôt un modèle d'occasion,... quand il y en a ou faites-vous une raison et reportez-vous sur un modèle concurrent.

 Il faut enfin souligner qu'en raison de leur pouvoir de résolution limité, pratiquement aucun amateur n'utilise de lunette Astro-Physics (ou autre) pour photographier les planètes, la Lune ou le Soleil. Tout ou plus voit-on des photographies générales (champ de 0.5-5°) et des photos d'éclipses de Lune ou de Soleil. Malgré la qualité exceptionnelle de ce type d'instrument, ces mêmes passionnés n'ont pas hésité à acquérir en complément de plus petites lunettes offrant un champ plus étendu ou un télescope catadioptrique de plus grand diamètre, preuve qu'il y a de la place pour la concurrence.

Prochain chapitre

Le catadioptrique de 125 mm

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