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La théorie de la Relativité Le cadre historique Simultanéité et principe de causalité (VI) Newton a besoin d'un référentiel absolu pour expliquer l'expérience bien connue du seau[1]. En faisant tourner un seau plein d'eau au bout d'une corde, la surface de l'eau prend une forme concave. Cette concavité n'est pas liée à la rotation de l'eau par rapport au seau, puisque juste après avoir lâché la corde la surface de l'eau est plate, alors que les vitesses relatives du seau et de l'eau sont maximales; à l'inverse, le mouvement du seau entraînant l'eau progressivement, la concavité est maximale lorsque les vitesses relatives du seau et de l'eau sont nulles. Si la "force motrice" n'est pas située dans le référentiel du seau, Newton conclut que ce phénomène est lié à la rotation de l'eau par rapport à l'espace absolu. Mais comment l'eau "sait-elle” que son référentiel n'est pas le seau mais l'espace ? Aujourd'hui encore, la réponse reste incertaine. Newton[2] invente "l'espace absolu, en dehors de tout lien extérieur, demeurant toujours similaire et immobile". Il peut ainsi envisager l'accélération des objets par rapport à un référentiel au repos, où la force agissante ne dépend pas du temps.
Newton lui-même se contredit en énonçant sa première loi du mouvement, mais comme tout chercheur il sait que ses postulats peuvent l'amener à découvrir des vérités plus profondes. Pour définir la simultanéité de deux événements, Newton a besoin d'un référentiel absolu. En découvrant la loi de la gravitation, Newton ne parvient pas à expliquer son action instantanée et à distance, action qu'il juge malgré tout absurde sans l'intervention d'un support quelconque. Newton ne sait pas la formuler dans un système de coordonnées euclidien qui serait absolu. Newton voulait réduire l'attraction à une impulsion, au bombardement par des particules cosmiques par exemple. Mais dans ces conditions le milieu offrirait une résistance aux mouvements des corps, la pression serait plus forte dans le sens du mouvement que de l'autre côté. Newton dut trouver une autre explication pour valider sa loi de l'inertie. Il dut décrire l'espace comme un sensorium Dei, une caractéristique de l'essence divine. Mais Descartes s'y opposera. Comme d'autres cartésiens, il jugera qu'une action instantanée à distance n'était pas un concept très scientifique, et avait même une connotation mystique. Il lui suggéra plutôt de voir l'espace non pas comme un volume vide mais comme une étendue remplie de tourbillons, seul mécanisme à même d'expliquer le mouvement des planètes[3] : “La matière du ciel est liquide dit-il, et ce liquide est en mouvement, il tourbillonne autour des astres. Les planètes sont aussi transportées autour du soleil par le vaste tourbillon qui tourne autour de lui, tandis que des tourbillons plus petits, centrés autour de chaque planète, transportent leurs satellites”. Mais Descartes ignorait l'ellipticité des orbites planétaires. La théorie des tourbillons ne peut l'expliquer, comme elle ne peut expliquer la trajectoire des comètes.
Mais aucune observation ne pouvait l'aider à trouver la cause de la gravitation, tout comme il ne pouvait pas déduire la nature "corporelle" de la matière à partir de ses observations. Cela resta donc sans réponse. Tout au plus confie-t-il, je peux décrire certains de ses effets mais je dois attribuer leur cause à un "esprit universel” : “Les lois de la gravitation écrit-il, gouvernent le mouvement des planètes et des comètes, mais ne permettent pas de déterminer leur état primitif; leur agencement si élégant ne peut être que le fruit du dessein et de la seigneurie d’un Etre intelligent et tout-puissant”[6]. Pas mécontent de pouvoir critiquer son adversaire, Leibniz[7] tranchera dans le vif et appellera cette idée “une qualité occulte scolastique ou l’effet d’un miracle”. 25 ans plus tard cependant, dans un passage de l'Optique[8] Newton changea d'opinion : "Il me semble d'ailleurs écrit-il, que ces particules [solides, pesantes, dures, impénétrables] n'ont pas seulement une force d'inertie, d'où résultent les lois passives du mouvement; mais qu'elles sont mues par certains principes actifs, tels que celui de la gravité [...] je considère ces principes, non comme des qualités occultes [...] mais comme des lois générales de la Nature, par lesquelles les choses mêmes sont formées". Une fois encore Newton voyait juste. En fait sa théorie n'était pas achevée. Si le concept d’instantanéité choquait Newton c’est parce que cela signifiait que le déplacement d’un objet d’un point à l’autre ne prenait pas de temps. Sa vitesse devait être infinie. Il lui fallait donc inventer un médiateur pour attirer les objets les uns vers les autres en un certain temps. Le génie d’Einstein est d’avoir démontré que la vitesse maximale dans le vide est celle de la lumière. Newton expliqua le comportement des astres en suggérant que l'éther, ce fluide subtil dont Descartes et les Anciens remplissaient l'espace était le siège des réactions dynamiques. Il supposa que l'espace devait avoir une réalité physique pour que ses lois aient un sens. En accordant des propriétés mécaniques à l'éther, Newton compliquait sa théorie. Mais ses lois ont gardé un sens; les théories de Newton s'appliquent à toute la physique classique ! Newton devait éloigner de son esprit les perceptions sensibles du monde et travailler dans l'abstrait des concepts, le cogito de Descartes. Je ne vous apprendrai pas que cette idée prévaut aujourd'hui.
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