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La théorie de la Relativité Le cadre historique Le statut de l'éther : l'expérience de Michelson (VII) Au
début du XIXeme
siècle on admettait toujours que l'espace était rempli d'éther.
Connaissant la vitesse de la lumière, très tôt les scientifiques cherchèrent
à déterminer le mouvement absolu de la Terre, c'est-à-dire sa vitesse
par rapport à l'éther immobile en calculant la vitesse de déplacement du
Soleil et de son cortège planétaire. Sa vitesse devait être ajoutée ou
soustraite à la vitesse de la lumière. Dans un premier temps, grâce aux
travaux de Newton sur la lumière, en 1818 le physicien et astronome français
François Arago parvient à calculer l'indice
de réfraction. Considérant qu'un prisme ou un milieu réfringent en
général contient une quantité plus importante d'éther, plus dense, il
déclare qu'il s'agit du rapport entre la vitesse de la lumière à
l'extérieur du prisme (c) et sa vitesse à l'intérieur de celui-ci.
Appliqué à la vitesse de la Terre à travers l'éther (v), Arago trouve
un rapport v/c égal à environ 1/10000,
soit 30 km/s. Il s'agissait de la vitesse orbitale de la Terre.
A
présent il restait à déterminer le mouvement absolu de la Terre dans
l'éther. Toutes les expériences dites "du premier ordre en v/c"
furent négatives et l'on ne parvint pas à déterminer la vitesse absolue
de la Terre à travers l'éther, et pour cause. L'expérience d'Arago fut
reprise par Augustin Fresnel[10]
mais il ne parvint pas à découvrir le mouvement absolu de la Terre. Il se
demanda alors si sa vitesse n'était pas plus faible, l'effet du premier
ordre v/c devenant celui d'un second ordre en (v/c)2,
dont la différence avec l'unité est très faible. L'idée
de personne de prendre un peu de recul et d'imaginer quels seraient les
conséquences si l'éther n'existait
pas... Pour
les physiciens de l'époque, la réalité de l'éther ne faisait aucun
doute car il présentait soi-disant des propriétés mécaniques : lui
seul pouvait transmettre les vibrations lumineuses sans être perturbé.
En fait, l'éther était affublé de propriétés adéquates, d'une
"ceinture de théories de protection" afin qu'il se plie aux
observations et propage la lumière sans altérer aucunement son
environnement. Ainsi l'éther était transparent et incompressible mais
paradoxalement la lumière ou les planètes pouvaient s'y déplacer sans y
induire le moindre effet. Soit. L'aberration
de la lumière Si
la Terre se déplace à la vitesse v par rapport à l'éther
considéré comme étant au repos absolu, une étoile située
au zénith est en fait observée sous un angle a
par rapport à la verticale. L'effet
Fizeau Pour
Fizeau la vitesse résultante de la lumière est engendrée
par des vibrations élastiques engendrée par l'éther au
moment de son passage. Ces deux équations seront corrigées en Relativité. Ces notions furent vérifiées par
Hippolyte Fizeau[11]
et Jean Foucault qui mesurèrent la vitesse de la lumière dans différents
prismes, y compris dans de l'eau en mouvement. Contrairement à la théorie
corpusculaire de Newton, la lumière se propageait plus lentement dans
l'eau que dans l'air. Le
repos absolu de l'éther expliquait également l'aberration de la lumière,
comme l'explique la formule reprise ci-dessus. Finalement
vers 1860, les expériences de Fizeau et de Foucault mirent en échec la
théorie corpusculaire de Newton, sans pour autant l'écarter. Vers
1879, le physicien écossais Clerk Maxwell proposa une nouvelle méthode
optique pour évaluer le mouvement absolu de la Terre. L'expérience
consistait à faire parcourir par la lumière deux longueurs égales (aller
et retour), l'une perpendiculaire à l'autre. Si la Terre avançait dans
l'éther, le "vent" provoqué par son déplacement devait
provoquer une différence dans la durée des trajets parcourus par la
lumière. Mais Maxwell se rendit compte que le rapport v/c mesuré sur
Terre impliquait une précision de 1/2(v/c)2,
soit 2.10-9.
Il jugea l'expérience impossible. Il se demanda alors si les données sur
les éclipses des satellites de Jupiter ne pouvaient pas lui apporter cette
précision. Il parla de son idée à l'astronome David Todd[12]
directeur du Nautical Almanac Office qui lui enverra les éphémérides des
satellites de Jupiter. Mais Maxwell ne put vérifier son hypothèse car il
mourut cette année là. µ L'année suivante Todd en avisa le physicien
américain Albert Michelson qui accepta son idée et démontra que
l'expérience était réalisable. Il avait en effet déjà effectué des
mesures sur la vitesse de la lumière dans l'air. Michelson développa des
interféromètres très précis pour évaluer le décalage du temps de
réponse de la lumière entre plusieurs détecteurs ultrasensibles. Ce
décalage devait entraîner un déplacement des franges d'interférence. Sept ans durant, en collaboration avec le chimiste Edward Morley il
mit au point des interféromètres pour mesurer cet effet. Quelle que soit
la place du dispositif par rapport au déplacement de la Terre, le
résultat resta négatif. Précisons que la dernière expérience de ce
genre fut réalisée en 1978 et confirma que le mouvement de la Terre
n'avait aucun effet sur la vitesse de la lumière[13].
Puisque la figure d'interférence n'était pas modifiée, cela signifiait
qu'aucun "vent d'éther" n'existait, aussi léger fut-il. En
corollaire, la vitesse de la lumière dans le vide était toujours la même
et indépendante de la vitesse du système de référence à partir duquel
elle était mesurée et de la vitesse de la source. En 1892, le physicien irlandais George FitzGerald[14]
proposa une explication à cet échec : les effets du second ordre
pouvaient s'annuler si les objets en mouvement dans l'éther se
contractaient dans la direction de leur déplacement, effet inverse et
quantifiable. Le raccourcissement des objets devait être égal à : Ö¯(1
- v²/c²) et
reste négligeable dans le monde qui nous entoure. Mais de nouvelles
expériences, où les longueurs des trajets étaient différentes
impliquaient également un ralentissement du temps (une dilatation).
L'explication de FitzGerald n'était pas satisfaisante, bien que le
physicien hollandais Hendrik Lorentz confirma peu de temps après la
réalité du facteur de contraction. Cette
relation signifie que si la Terre se déplace à la vitesse de 30 km/s, les
longueurs doivent raccourcir de un dix millionième. Porté à de grandes
vitesses, les dimensions des objets et de l'univers deviennent toutes
relatives. C'est pourquoi ce concept de "contraction des
longueurs" ou de "ralentissement du temps" sera considéré
avec hilarité par la communauté scientifique à la fin du siècle
dernier. Cette explication sera récusée par la plupart des chercheurs et
en particulier par Poincaré qui pourtant formalisera une grande partie de
la théorie de la relativité. Pour vaincre ce scepticisme il faudra
attendre la théorie d'Einstein et la vérification de ses prédictions,
dont le fameux paradoxe du "voyageur de Langevin" à travers
l'expérience des muons. Ces démonstrations complétées par les travaux
antérieurs de Fresnel, Fizeau et de Maxwell finirent par résoudre les
problèmes de l'optique. Foucault,
Mach et le Cercle de Vienne Puisque
aucune loi physique n'était capable de mettre en lumière le "support"
de la gravitation, le physicien français Léon Foucault chercha à
comprendre les effets dynamiques de la gravitation, notamment les effets de l'action et de la réaction dans l'espace. Il
reprit le problème de l'inertie à son origine. En
1852, il accroche un pendule muni d'une pointe en bois dans la grande salle
du Panthéon à Paris et dépose sur le sol, tout autour du pendule, un
petit monticule de sable que la pointe viendra renverser à chaque passage.
On lance le pendule. A mesure que le temps s'écoule, le plan d'oscillation
du pendule semble tourner sur lui-même, obéissant en première
approximation à la durée de rotation de la Terre sur elle-même. De fait,
au bout de 24 heures le cercle de sable est presque entièrement renversé[15].
Foucault veut être plus précis, agrandit son système et suspend son
pendule au sommet du Panthéon. Il découvre que son pendule semble suivre
le mouvement du ciel, mais un léger décalage subsiste. Il essaye de
savoir quel est le corps qui oriente ainsi le plan de son pendule.
Serait-ce un objet de l'espace plus lointain ? Des reports sur des objets
toujours plus éloignés finissent par lui donner raison. On découvre
aujourd’hui que son pendule garde une orientation précise vers un amas
de galaxies situé à plusieurs millions d'années-lumière, apportant la
conclusion espérée. Nous savons depuis qu'il s'agit du "Grand
Attracteur", un région située à 150 millions d'années-lumière
représentant une masse d'environ dix mille fois la Voie Lactée. Mais
le philosophe et physicien autrichien Ernst Mach n'est pas totalement
convaincu par cette conclusion, ni celle concernant l'expérience du seau
de Newton qu'il juge incohérente, car à l'action du seau ne correspond
aucune réaction de l'espace absolu. Il modifie les calculs de Newton pour
déterminer l'inertie d'un corps par rapport à tous les autres objets. Il
considère qu'il n'est pas si important de savoir si c'est le seau ou l'eau
qui est en rotation. Mach émet l'hypothèse[16]
d'une action globale de l'univers sur les objets. C'est dit-il, le
mouvement relatif qui est responsable de la concavité de l'eau. Cela
s'applique à la forme de la Terre comme à celle de toute la Voie Lactée.
Lorsque Einstein eut connaissance de ce point de vue il lui donna le nom du
"principe de Mach". Cette intuition philosophique l'influencera
plus tard quand il posera les fondements de la théorie de la relativité. Plusieurs
philosophes du siècle dernier ont réfuté les idées de Mach, dont
Bertrand Russel. Mach est le précurseur de l'école de philosophie des
sciences connue sous le nom de "Wiener Kries", le "Cercle de
Vienne" érigée par Moritz Shlick dans les années 1920. Etiqueté de
"positiviste" Mach est opposé à la rigueur du concept de
causalité. A ses yeux il n'existe pas de réalité en dehors de la
perception[17]
tandis que le but de la science est de corréler ces sensations entre
elles. Pour Mach, les choses n'existent pas "en soi" comme le
soutenaient Kant et Platon avant lui, elles ne se distinguent pas du monde
"sensible". Il récuse l'existence absolue, éternelle, de
l'espace, de la matière, du temps ou de l'action à distance. Mach refuse
d'imaginer un système absolu de référence qui expliquerait toutes les
forces de la nature. Car dit-il si l'accélération peut-être déterminée
par rapport à l'ensemble de l'espace, celui-ci joue forcément un rôle
dans l'inertie du corps en accélération. De fait Einstein démontrera par
la suite que l'inertie a une origine gravitationnelle. Mais ces éléments
de solution n'aboutissent pas et les physiciens voient le monde envahi par
un brouillard de plus en plus lourd. En
1852, Foucault invente le gyroscope. Il s'agit d'un instrument inertiel
dans lequel se trouve un corps lourd mis en rotation rapide sur lui-même
et placé dans une enceinte vide, exempte de frottements. Ce système garde
une orientation invariable par rapport à un système de repères.
Aujourd'hui, l'entraînement des gyroscopes est assuré par un courant
électrique ou un flux de gaz. Cet instrument singulier équipe de nombreux
véhicules, leur apportant une aide dans la navigation : bateaux, avions et
satellites artificiels. Il permet également aux caméras de conserver une
stabilité absolue dans un environnement très chahuté.
Prochain
chapitre [10]
Les expériences d'Arago
sont citées dans "Oeuvres d'Augustin
Fresnel", Imprimerie Royale de Paris, 1868. [11]
A.Fizeau, Compte Rendu de
l'Académie des Sciences de Paris, 33, 1851, p349. [12]
C.Maxwell, Nature, 12, 1880, p315. [13]
A ce propos lire, R.Shankland, American Journal of Physics, 31, 1962, p47 - F.Pease et
F.Pearson, Nature, 123, 1929, p88. [14]
G.FitzGerald, "L'éther et l'atmosphère
terrestre", Science, 13, 1889, p390. [15]
A Paris le pendule ne couvre qu'une fraction de la
circonférence en 24h car il subit l’influence de la
latitude du lieu. Il faudrait le placer au Pôle pour
qu'il effectue un tour complet en 24 heures juste. |