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Le tourisme spatial

Aspect d'ISS en 2015. Document ESA.

Aspect de la station ISS en 2014. Welcome aboard ! Document ESA.

Welcome aboard !

Aujourd'hui, en matière de tourisme spatial nous sommes dans une situation identique à celle de l'aviation au début du XXe siècle. A l'époque, l'avion était un luxe encore moins abordable que le train et n'était accessible qu'aux stars d'Hollywood et du show business ainsi qu'aux chefs-d'Etats. Avec le recul on en sourit et cela nous paraît inconcevable, et pourtant...

Il fallut au moins deux générations pour que le grand public accède finalement à ce moyen de transport devenu presque banal. C'est une bonne nouvelle tout en étant une très mauvaise pour l'homme de la rue qui peut encore attendre longtemps son "boarding pass" pour les étoiles.

2001, l'odyssée du tourisme spatial

Tout commença le 28 mars 2001, 40 ans après le vol de Gagarine, lorsque l'Américain Dennis Tito est devenu le premier touriste de l'espace. Voulant réaliser son rêve d'enfant, cet ancien ingénieur de la NASA spécialiste du calcul des trajectoires et passé dans les affaires s'est offert le luxe d'un séjour de 7 jours 22 heures et 4 minutes dans la station Mir en accord avec l'Agence spatiale russe qui, pour l'occasion, avait sous-traité l'affaire à l'agence de promotion Space Adventures dirigée par Eric Anderson. Son ticket lui coûta 20 millions de dollars, 10 % de sa fortune.

Même si la NASA n'a pas apprécié de se voir coiffer le premier ticket touriste par les Soviétiques, chacun doit bien reconnaître aujourd'hui que dorénavant l'espace est accessible aux civils et que demain nos enfants ou nos petits-enfants passeront peut-être leur vacance en orbite autour de la Terre.

Mais ne vous pressez pas. L'entraînement dure au moins 900 heures (5 mois) et ni les Russes ni les Américains ne vous feront de réduction si vous voulez partir au dernier moment...  Mais l'offre continue et se développe car tant que les Russes manquent de ressources et qu'aucune autre agence n'ouvre ses portes aux civils, ils enverront d'autres milliardaires là-haut visiter notre colonie spatiale.

Le 25 avril 2002, Marc Shuttleworth, un chef d'entreprise et ingénieur en informatique sud-africain de 29 ans, paya son ticket 20 millions de dollars pour un séjour de 8 jours à bord d'ISS. Durant son séjour, il participa à un programme de recherche médical sur le SIDA et sur le génome humain. C'était le deuxième "touriste" de l'espace.

Puis le 1 octobre 2005, Greg Olsen, un homme d'affaire américain retraité de 60 ans et premier radioamateur (indicatif KC2ONX), se présentait à l'embarquement de la fusée russe Soyouz pour un séjour de 10 jours à bord d'ISS. Ingénieur opticien, il participa à des expériences sur la télédétection et l'astronomie. Son ticket lui coûta 20 millions de dollars.

A gauche, Greg Olsen (gauche), que les Américains ont surnommé "rocket man". Cet homme retiré des affaires fut le troisième touriste de l'espace et le premier radioamateur (KC2ONX) embarqué à titre privé. Cette photographie fut prise juste avant son embarquement à bord de Soyouz en 2005. A droite, Anoushe Ansari, 4e touriste de l'espace et première femme musulmane. Elle séjourna 10 jours à bord d'ISS après un avoir embarqué dans un vaisseau Soyouz TMA-9 le 18 septembre 2006. Documents NASA.

Le 18 septembre 2006, ISS reçut la visite de la première touriste, Anoushe Ansari, une femme d'affaire américaine d'origine iranienne, présidente d'une société de télécommunication; tout un symbole pour l'émancipation des femmes musulmanes. Elle est née en 1966. Le voyage lui coûta 23.3 millions de dollars pour 10 jours.

Le 7 avril 2007, ce fut au tour du milliardaire américain d'origine hongroise Charles Simonyi de visiter la station ISS grâce à une capsule Soyouz. Il y resta deux semaines. Simonyi détient à ce jour, le record du voyage spatial touristique le plus long. Pour commémorer cet événement, il a créé un site Internet, Charles in Space.

Arrêtons-nous un instant sur cet homme car nous le connaissons tous indirectement. Né en 1949, le Dr Charles Simonyi occupe deux chaires académiques : la chaire Charles Simonyi for the Public Understanding of Science à l'Université d'Oxford (chaire tenue par le biologiste évolutionniste Richard Dawkins) ainsi que chaire Charles Simonyi de Physique Théorique à l'Institute for Advanced Study de Princeton, un poste occupé avant lui par Edward Witten et Einstein.

Charles Simonyi est l'un des informaticiens les plus célèbres et l'un des personnages qui influença le plus le développement de la micro-informatique. Durant les années 1970, il développa chez Xerox PARC le premier traitement de texte WYSIWYG appelé "Bravo". Le WYSIWYG c'est Simonyi !

Entre 1981 et 1991, il fut Chief Software Architect chez Microsoft qui n'était alors qu'une start-up. Il dirigea les équipes qui programmèrent les logiciels de bureautique. C'est le papa de Word, Excel, Multiplan et quelques autres produits.

En 1991, il s'orienta vers la recherche chez Microsoft et s'occupa de "programmation intentionnelle". Il créa ensuite avec le Pr Gregor Kiczales de Xerox PARC la société Intentional Software Corporation qui développe des langages de programmation très évolués (Cf le site web Edge ainsi que son article pour le 2001 Vanderbilt Workshop). Accessoirement Simonyi est également pilote de jet.

Son rêve serait qu'il y ait une bibliothèque dans l'espace : "Partout où les humains se trouvent, il doit y avoir une bibliothèque", a-t-il déclaré le 18 février 2007 au cours d'un entretien accordé à l'AFP à Moscou. Simonyi emporta donc deux livres avec lui, "Faust" de Goethe en traduction bilingue allemand/anglais et "Révolte sur la Lune" de l'auteur de science fiction américain Robert Heinlein. "Faust fait partie de notre héritage littéraire, il appartient à l'humanité tout entière et aborde les relations de l'homme avec l'univers et avec les sciences. Y a t-il un meilleur endroit pour lire sur ces sujets (que l'espace)? ", a-t-il lancé aux journalistes. "Je sais bien qu'ils seront à terme installés sur ordinateur mais les livres sont actuellement tellement plus simples à utiliser", a-t-il précisé, expliquant qu'il faut une permission pour accéder aux ordinateurs de la station. Enfin, il eut l'occasion d'écouter de la musique classique et des groupes rocks, la station contenant un lecteur MP3 disposant d'un assortiment de 1600 enregisrements musicaux, parmi lesquels Bach, Wagner, Mozart, Bartok, Liszt mais également les Beatles, les Rolling Stones ou les Kinks lui plurent particulièrement.

Et les touristes se succèdent. Selon une rumeur, le physicien et cosmologiste anglais Stephen Hawking devait également s'envoler pour l'espace en 2009. Son entraînement, bien qu'un peu plus particulier puisqu'il est totalement paralysé, aurait commencé. J'émets toutefois des doutes sur la véracité de cette information, ne fut-ce que pour des raisons de sécurité.

Mais tous les candidats ne sont pas acceptés d'office à l'embarquement. Ainsi selon l'agence russe, en 2006 le Japonais Daisuke Enomoto fut jugé inapte au voyage spatial pour des raisons médicales. Son vol est suspendu jusqu'à nouvel ordre. Mais son vol n'est pas annulé. Il était arrivé un problème similaire à Gregory Olsen dont le voyage prévu originellement en 2001 fut également reporté pour des raisons de santé. Quatre ans plus tard il recevait tout de même son ticket pour l'espace et en revint "très heureux" comme il le dira par la suite.

L'argent n'ouvre donc pas toutes les portes et il est heureux de constater que les agences spatiales considèrent encore les questions de sécurité comme prévalant sur tout autre critère.

2018, autour de la Lune

Présentation de la capsule Dragon v2 chez Space X en 2014. Document NASA/Dmitri Gerondidakis.

En 2017, Elon Musk qui dirige les sociétés SpaceX et Tesla annonça qu'il avait l'intention de lancer un vol habité vers la Lune au moyen d'une capsule SpaceX Dragon v2 : "nous sommes excités d'annoncer que SpaceX a été approché pour envoyer deux citoyens privés en voyage autour de Lune avant la fin de l'année prochaine", c'est-à-dire en 2018. Le voyage durera une semaine et consistera en une grande boucle autour de la Lune, un voyage de 480000 à 640000 km selon la distance de la Lune à l'époque du lancement. Sachant qu'une fusée Falcon Heavy revient à 90 millions de dollars, le ticket d'embarquement revient 35 millions de dollars.

Ce sont deux riches civils qui ont demandé à rester anonyme pour le moment qui ont proposé l'idée à Elon Musk. Il ont déjà payé une avance sur leur ticket, histoire d'encourager les ingénieurs de SpaceX à relever le défi. 

S'il se réalise ce serait la première fois depuis 1972 qu'une nouvelle mission habitée s'aventurera au-delà de l'orbite basse de la Terre. 

Cette annonce est-elle réaliste ? Comme son voyage vers Mars prévu vers 2025, on peut en douter sachant que la NASA et donc SpaceX notamment en sont toujours aux tests du lanceur Falcon 9 Heavy et que le projet est encore loin d'être finalisé. Cela ressemble a un effet d'annonce d'Elon Musk qui rappelle ainsi à l'industrie et au gouvernement américain qu'il est temps de regarder la Lune et Mars d'un peu plus près et d'investir en conséquence.

Ceci dit, ce type de mission n'est pas sans risque surtout un vol habité autonome où il faut veiller avant tout à la sécurité des passagers, les systèmes autonomes devant fonctionner sans interruption ni défaillance pendant toute la durée du vol.

En parallèle, la NASA continue à travailler sur son lancer SLS et sa capsule Orion. Selon Robert M. Lightfoot, administrateur de la NASA, les premiers astronautes pourraient embarquer pour des vols habités en 2019. Toutefois, le type de mission n'est pas encore déterminé; il peut s'agir d'un vol vers la Lune comme d'une préparation pour un voyage vers Mars ou vers un astéroïde en prévision de son exploitation minière.

L'avenir du tourisme spatial

Si aujourd'hui l'annuaire des sociétés concernées par l'astronautique tient peut-être sur une page sans parler de la centaine de contractants de la NASA ou de l'ESA, il s'agit avant tout d'entreprises qui envisagent cette technologie sous l'angle professionnel, c'est-à-dire soit sous forme de projets de satellites et leurs applications soit de projets de support aux astronautes. Si dans un siècle il y aura sans doute suffisamment d'entreprises dans ce secteur pour remplir un bottin, en attendant nous devons patienter que la technologie évolue et se démocratise pour réellement envisager un tourisme spatial. Ce n'est pas demain ni après demain que nos enfants ou petits-enfants prendront un avion-fusée en profitant de prix promotionnels !

Car il faut rester réaliste. A part quelques riches qui peuvent se payer tout ce qu'ils veulent, un voyage touristique vers la Lune comme le propose Eric Anderson ou Elon Musk est tout simplement irréaliste dans le contexte socio-économique actuel. Même un voyage touristique autour de la Terre n'est pas envisageable. N'imaginons donc même pas aller plus loin en compagnie d'une dizaine ou d'une centaine de passagers comme l'imagine Elon Musk.

Imaginer que le tourisme spatial sera bientôt à la portée de tous, que chacun pourra prendre une fusée destination ISS ou la Lune comme on prend un avion, ce sont juste des effets d'annonces, des projets de mégalomanes en manque de reconnaissance juste dignes des meilleures bandes dessinées. En effet, si on peut prendre l'avion et faire le tour de la planète en 24 heures, dans le cadre du tourisme spatial il faudrait accomplir ce voyage en 1 ou 2 heures et donc atteindre une vitesse gigantesque, sans parler de la sécurité des voyageurs.

Actuellement, le seul vaisseau habitable et ultra rapide est la station ISS qui peut accomplir un tour de la Terre en 90 minutes. Mais en aucun cas cette station scientifique ne pourrait être convertie en hôtel touristique, d'ailleurs son infrastructure est déjà passablement usée et en fin de vie. Les ingénieurs doivent donc développer de nouveaux projets.

Les fusées actuelles sont basées sur une propulsion chimique : fusées à poudre ou ergols liquides. Nous avons bien quelques moyens de propulsions excessivement rapides et beaucoup plus efficaces comme le moteur ionique (à flux d'ions) ou laser (l'impulsion d'un laser propulse le vaisseau) mais ils sont encore soit à l'état de prototype soit utilisés par des sondes spatiales.

Dans tous les cas ces moteurs sont de taille réduite et inadaptés au transport des personnes. Nous n'avons aucun moyen de construire un vaisseau spatial magnéto-plasmique par exemple capable d'embarquer des êtres humains dans un vol de longue durée en toute sécurité.

A gauche, le jour où le tourisme spatial embarquera si peu de passagers, on pourra dire que les voyages spatiaux seront banalisés et la ligne vraiment rentable ! Cela reste utopique. A droite, vaisseau spatial à propulsion laser. Documents Shimizu Corp. (Shimizu Space Systems et Pat Rawlings/NASA.

Pour passer du rêve et la réalité, il y a au bas mot 10 ans d'études et d'essais et un budget colossal. Si le projet vise à boucler un tour de la Terre en 1 heure ou un voyage organisé de quelques jours vers la Lune, il faudra une entreprise ou plutôt un consortium d'investisseurs et d'ingénieurs bien plus important que celui de Virgin Galactic ou SpaceX. Quelle organisation privée acceptera un tel défi ? Aucune puisqu'il est déjà difficile d'en trouver une troisième capable de rivaliser avec Virgin Galactic et SpaceX et nous savons que chacune d'elle a déjà essuyé quelques accidents majeurs pendant les phases de tests.

Quant à la NASA ou l'ESA, leur budget est plus que compté et leur priorité n'est sûrement pas le tourisme spatial que tous les professionnels de l'astronautique voient d'ailleurs d'un mauvais oeil.

Dans cette aventure, beaucoup d'entrepreneurs tomberont de haut et abandonneront probablement devant les difficultés et le coût de l'entreprise. Néanmoins, il y aura toujours quelques visionnaires fortunés qui réussiront là où les autres ont échoué. Si ces challenges entre constructeurs peuvent inciter le secteur privé à investir dans le tourisme spatial, là où de toute façon nos petits-petits-enfants iront tous après-demain, souhaitons-leur un franc succès.

Un jour c'est certain, les hôtels spatiaux seront une réalité et vos petits enfants au 8e ou au 10e degré auront l'opportunité de voir un clair de Terre et de passer leur Lune de miel près des étoiles. Il ne fait aucun doute que la technologie de l'avenir et la société des loisirs s'orientent résolument vers l'espace. Mais n'attendez pas de prix promotionnel avant quelques siècles !

Pour plus d'informations

NASA

ESA

CNES

IKI (Russie)

SpaceX

Virgin Galactic

Scaled Composites

Space Adventures

Astrium (EADS)

Galactic Suite

Rocketplane Kistler

Blue Origin

World View

Bigelow Aerospace

Charles in Space, Charles Simonyi

The Conversation (articles du webzine consacrés au tourisme spatial)

Science Connection, magazine de Belspo

Spaceflight, magazine de la British Interplanetary Society

Spacelinks (liens, sur ce site)

The Artemis Society

Space Studies Institute (SSI)

SSI Maillist

Les vidés de SpaceShipOne sur YouTube

Your Galaxy Space Tourism, Education & PR (Virgin Galactic Benelux)

UK High Altitude Society (projet de photographie amateur en haute altitude)

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