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L'Univers inflationnaire La masse des particules (II) Comment expliquer que certaines particules soient massives et que d'autres comme le photon n'aient pas de masse de repos ? La question étant d'importance mais complexe elle requiert une analyse détaillée que nous ferons dans le dossier consacré à la physique quantique. Cette question est en effet du ressort des physiciens des particules élémentaires. La description des interactions s'explique au moyen de champs vectoriels mais les bosons vecteurs de ces interactions n'ont à l'origine pas de masse et leur portée est infinie. Si cela s'applique très bien au photon, vecteur de l'interaction électromagnétique, ce modèle ne s'applique pas aux 14 autres bosons connus (auxquels il faut ajouter 12 bosons X et Y, les fameux et hypothétiques leptoquarks de masse supérieure à 1015 GeV dont la charge électrique est fractionnaire). Rappelons tout d'abord que les interactions permettent de décrire la création de particules lors de collisions à hautes énergies. Ces lois conservent les énergies de la réaction. Le boson Z° par exemple peut se transformer indifféremment en quarks et leptons, les deux familles de particules élémentaires qui forment la matière, chacune apparaissant par paire avec son antiparticule (quark u et antiquark u, électron et positron, etc). La création du boson Z° massif est donc une condition initiale sine qua non de la "matérialisation" de notre univers.
Ainsi que l’avaient démontré Yang et Mills, les équations prédisaient que les bosons W et Z° de l'interaction faible étaient très lourds. Comme l'on dit en physique quantique, ils n'obéissaient pas aux lois de symétrie. Comment dame Nature les avait-elle alourdit ? Les physiciens comprenaient bien que ni les gluons ni aucune autre particule sans masse ne pouvaient pas d'eux-mêmes provoquer une brisure de symétrie et acquérir leur masse. Il fallait donc amender la théorie des particules élémentaires et tenir compte d'un second mécanisme que les cosmologistes ont vite récupéré. L'idée était qu'un boson vecteur interagissait avec le champ scalaire et de spin égal à 0 qui se caractérisait par une seule quantité : le nombre d'état de spin. Cette explication devait surmonter plusieurs difficultés. Le fait que la symétrie se brisa spontanément devait logiquement impliquer que l'énergie du vide quantique n'était pas nulle. Si c'était le cas, aucun processus quantique ne pourrait en "émerger". En d'autres termes, le vide quantique devait potentiellement avoir une énergie colossale. Un autre problème était qu'en partant d'une invariance de jauge globale, les modèles mathématiques prédisaient que la théorie électrofaible devait prévoir au moins un boson intermédiaire sans masse, Z°. Or l'interaction faible n'a qu'une portée finie, Z° présentant une énergie de masse voisine de 91 GeV, presque 100 fois supérieure à celle du proton. Autre contrepoint, par définition un seul état d'énergie minimale ne permet pas de briser une symétrie. Heureusement cette particule est capable de provoquer un spectre d'états d'énergie minima. Mais le gros défaut de cette théorie est la portée infinie du boson de Goldstone, Z°. Il fallait absolument la contraindre à l'échelle de Fermi.
Les
physiciens se sont alors reportés sur une symétrie de jauge locale,
recherchant une loi agissant en chaque point de l'espace-temps.
Comme par enchantement, le boson de Goldstone se voit "absorbé"
par un boson de Yang-Mills et celui-ci acquiert une masse, ce qui limite
son influence à l'échelle atomique. Forts enthousiastes, les physiciens
tenaient là un début de solution. Cette théorie était séduisante mais
loin d'être parfaite. Il restait d'autres difficultés. La théorie de
l'EDQ n'était renormalisable qu'à la condition que la masse du photon
soit nulle. Or les bosons massifs vecteurs de l'interaction faible
rendaient impossible toute renormalisation (technique permettant de
nettoyer les valeurs infinies des équations par exemple sur base
expérimentale). Le modèle proposé par
Glashow, Salam et Weinberg devait donc en tenir compte, ne fut-ce que dans
un mécanisme secondaire qui briserait la symétrie entre
l'électromagnétisme et l'interaction faible. Le mécanisme secondaire invoqué était une symétrie interne de la dynamique quantique électrofaible (de saveur) dans laquelle agissait une nouvelle force capable de créer des particules de masse non nulles, les bosons, sans introduire de termes infinis, c’est-à-dire tout en étant renormalisable.
A partir de 1964, le physicien écossais Peter Higgs de l'Université d'Edimbourg mis au point avec ses collègues R.Brout, F.Englert et E.Gunzig cette théorie : il s'agissait des "mécanismes de Higgs". En 1971, Gerhard ’t Hooft de l’Université d’Utrecht démontra que la théorie de Yang-Mills pouvait briser sa symétrie tout en étant renormalisable. Cette hypothèse suppose l'existence de champs de Higgs sensibles à la densité d'énergie. Concrètement, en remplissant tout l'univers, les champs scalaires ont marqué leur présence en affectant les propriétés des premières particules élémentaires. Si un champ scalaire interagit avec un boson W-, W+ ou Z° par exemple, ceux-ci acquièrent une masse tandis que leur durée de vie est écourtée, passant de l'éternité à... 10-24 sec. Les particules qui n'interagissent pas avec le champ scalaire restent lumière, comme c'est le cas du photon; il vit éternellement. Mais ce n'est pas pour autant que le photon est inactif. Contenant de l'énergie il peut interagir avec des particules en créant ou en décomposant la matière. Les mécanismes de Higgs Le pas crucial dans le développement de la théorie inflationnaire fut réalisé en 1978 par le physicien Alan Guth spécialiste des monopôles au MIT. Il se demanda pourquoi l’Univers ne s’était pas effondré directement après le Big Bang ? Il calcula en effet que si les hypothétiques monopôles avaient été aussi nombreux que les protons, l’attraction gravitationnelle aurait entraîné l’effondrement de l’Univers au bout de 6000 ans ! Pour entraver la production des monopôles, Alan Guth imagina un mécanisme équivalent à celui de la surfusion. Fin 1979 il discuta de son idée en compagnie de Henry Tye et Sidney Coleman et il finit par découvrir que la surfusion avait dût se produire à une température de 1027K, époque qui vit la première brisure de symétrie. La phénoménale énergie qui fut libérée pendant cette phase inflationnaire permit de créer des particules. Ce scénario explique la platitude de l’Univers, l’isotropie du rayonnement fossile et l’éparpillement des monopôles. Alan Guth[5] écrivit à ce propos : "Quelles que soient pratiquement les conditions initiales, l'Univers inflationnaire évolue précisément vers l'état qu'il devait assumer initialement dans le modèle standard". Physiquement parlant, nous savons que le bilan énergétique de
l'Univers est nul mais que les particules virtuelles, alliées du vide
quantique peuvent avoir des effets dans le monde réel. Les relations
d'incertitudes garantissent néanmoins ce bilan énergétique en limitant notre approche.
Si
nous essayons de créer des particules élémentaires dans les
accélérateurs modernes, nous découvrons que la durée de vie de ce
processus doit être extrêmement courte, de l’ordre de 10-32
sec pour respecter les relations d’incertitudes de Heisenberg. Les
particules qui peuvent exister durant ce court laps de temps sont des
objets virtuels, des particules de matière et d'antimatière qui
effleurent à la surface du monde, ayant juste le temps de réaliser une
réaction avant de disparaître dans les profondeurs du potentiel
d'énergie quantique. Ce bref instant suffit à créer les quarks, les
neutrinos et les électrons. Mais comment formaliser cette idée et
surtout quelle théorie pouvons-nous inventer pour concevoir un tel
scénario ? Autour d'Alan Guth[6],
les physiciens Andreas Albrecht du Fermilab et Paul Steinhardt alors à Stanford ont imaginé un scénario où l'Univers,
plus petit qu'un proton était dans une "phase de transition".
Par analogie, l'eau gelée présente une structure cristalline bien précise
et doit libérer une certaine énergie, la chaleur latente. Si l'eau est
impure ou salée, elle peut rester liquide sous zéro degré et un choc
suffit à la faire changer d'état, c'est l'état de surfusion. L'Univers
a pu connaître une époque semblable lorsqu'il atteignit un seuil
critique de température, 10-43
sec après le Big Bang. Les
champs de Higgs permettent à ce qui n'est pas encore tout à fait de la
matière d'être dans un état similaire
à celui de la surfusion. Guth propose que certaines régions de l'Univers
qu'il appelle des "bulles", formées au temps de Planck étaient
10000 K plus froide que le milieu ambiant, dans un état de faux vide, c’est-à-dire
que si le vide a par définition une pression nulle, les bulles doivent
avoir une pression, ou plus exactement une densité d'énergie (de masse)
négative, ce qui représente une énergie potentielle phénoménale. Prochain chapitre
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