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2050 : La Terre en héritage

Le siège de l'OMC (WTC) à Genève.

L'Organisation Mondiale du Commerce....inéquitable (V)

Pour qu'un pays survive sur le plan économique, qu'il ne s'asphyxie pas sous les dettes et tende vers le progrès, il doit pouvoir écouler ses marchandises sur le marché intérieur et, s'il dispose de surplus, à l'exportation. Plus les exportations sont importantes, plus la balance budgétaire est favorable à l'économie du pays. 

C'est ici que l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a un rôle à jouer car c'est l'économie qui fait tourner le monde plus que les aides financières.

L'OMC est le fruit d'une idée née après la seconde guerre mondiale pour essayer de développer les échanges commerciaux multilatéraux en réduisant les taxes douanières. C'est une émanation du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade, 1947) fondée en 1995 qui compte aujourd'hui (2006) 149 états membres. Son rôle est de réguler les échanges commerciaux à travers toute la planète. Elle "touche à tout", les marchandises, l'agriculture et même les échanges financiers. 

Mais les lois de la concurrence sont faussées. Les pays riches subventionnent beaucoup plus leur économie que les pays pauvres : 34 % aux Etats-Unis, 20 % en Europe tandis que le Japon est solidaire de l'Europe - ne fut-ce que pour protéger son riz - alors que la plupart des pays du tiers-monde sont subventionnés à raison de... 5 %.

Subvention et protectionnisme

Nos ministres et présidents respectifs ainsi que la Commission Européenne refusent toute diminution de leur participation économique sous le prétexte, légitime, que du fait de la concurrence mondiale cela provoquerait des faillites en série dans le secteur agricole, la pêche ou le textile notamment... 

En pratique, l'Etat qui veut protéger son économie applique une méthode simple et efficace : il augmente simplement les taxes à l'importation. Prenons un exemple. Un filet de boeuf européen est vendu chez le grossiste à 7 € le kilo. Le même filet importé du Brésil, où le coût de la vie est beaucoup plus faible, ne coûte que 1.5 € le kilo en arrivant en Europe. Pour éviter une crise dans le secteur agricole, par l'entremise des douanes l'Union Européenne taxe donc ce filet importé de telle sorte qu'il finit par coûter 6.6 € le kilo ! A ce prix le filet brésilien est délaissé par les clients au profit de produits locaux et notre marché est préservé (les structures, les filières et les zones de production).

La même politique de prix s'applique pratiquement à toutes les denrées importées de pays non Européens. Finalement on retrouve chez nous exactement la même politique protectionniste que celle de l'Administration Bush Jr à propos des émissions de gaz carbonique ! Evidemment le même principe s'applique aux Etats-Unis ou en Asie qui veulent protéger leur marché intérieur d'un déferlement de produits Européens ou d'ailleurs. Nous pouvons citer des exemples similaires dans le domaine du textile, de l'automobile ou de l'électronique grand public, des secteurs où ni le Japon ni la Chine ou encore la Corée du Sud ou les Etats-Unis ne respecte les règles de la concurrence, et ne parlons pas des contrefaçons qui génèrent un manque à gagner pour les industries occidentales.

A ce jeu économique où l'OMC sait pertinement bien que les plus forts trichent, il y a toujours un perdant : les pays riches privent les pays pauvres de leur gagne-pain car ces derniers ne peuvent plus écouler leurs marchandises sur le marché international. C'est notamment le cas du coton où le FMI permet aux pays du Nord de subsidier leurs agriculteurs alors qu'il l'interdit à ceux du Sud ! Voyons ce problème en détail car la balle risque de changer de camp à l'avenir.

Le duvet de coton après floraison et éclatement de la capsule (c'est du "coton en pierre" non égrené). C'est sous la forme égrenée (sans sa capsule et sans la graine) que le coton arrive sous forme de ballots (balles de coton) à la filature en provenant des pays producteurs. Le coton existe sous trois variétés : les cotons fins (cotonnier herbacé de 60 cm de haut, Egypte), les cotons moyens (arbuste de 1.5m de haut, USA) et les cotons ordinaires (cotonnier arborescent d'au moins 3m de haut, Inde). Le coton était déjà connu des Romains mais n'entrera dans les filatures européennes qu'en 1569 en Angleterre puis à Bruges et Gand en Belgique. Notons pour l'anecdote que l'homme n'a pas inventé l'exploitation du coton. L'abeille Anthidium roule également ses petites balles de coton. Documents J.A.Landivar/U.Texas A&M.

Les grands producteurs de coton alimentent le marché mondial en gonflant artificiellement les prix grâce aux subsides. A quoi servent-ils ? C'est une manière pour les Etats de rentabiliser leurs terres et de rendre leur économie compétitive... artificiellement. Ainsi, en 2002, les Etats-Unis ont donné 3.7 milliards de dollars à leurs producteurs de coton, la Chine 1.2 milliards de dollars (2001-2002) et l'Europe les subventionne à raison de 700 millions de dollars. Nous pourrions également citer la Turquie, le Brésil, le Mexique ou l’Egypte. Aucun Etat africain ne peut subsidier ses propres producteurs comme le font les Etats-Unis et l’Europe. Pire,  le FMI et la Banque Mondiale leur interdisent au nom de la "concurrence" !

Les 3 principaux pays producteurs (et exportateurs) de coton sont les Etats-Unis, la Chine et l'Inde. Viennent ensuite l'Egypte, le Mali, le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, la Grèce, l’Ouzbékistan, l’Australie, la Perse et l'Arabie. Les pays importateurs sont d'abord les pays d'Asie du Sud-Est. La Chine, qui produit et consomme à elle seule 25 % de la production mondiale joue le rôle d'intermédiaire sur le marché mondial (elle est acheteuse ou vendeuse selon les circonstances), ce qui explique en partie les fluctuations du marché.

A gauche, du coton qualifié de biologique. Bien qu'il soit plus cher et plus rare que le coton chimique cultivé à grandes doses de persticides, notamment en Inde, il est écologique et participe au commerce équitable. A droite, une récolte de coton mécanisée aux Etats-Unis. Pour être rentables sur le marché mondial, ces cultures s'étendent sur des milliers d'hectares mais ne sont gérées que par 5 ou 6 fermiers. Documents Helvetas et J.A.Landivar/U.Texas A&M.

Le coton américain cultivé le long du Mississippi coûte une fortune au National Cotton Council qui représente les intérêts des cultivateurs. Ce coton subventionné à prix d'or (pour sa culture et à l'exportation) et qui n'est même pas le plus fin est vendu sur le marché moins cher que celui du Mali par exemple où il constitue la moitié des revenus d'exportation (second exportateur derrière l'Egypte) ! Or l'impact du coton américain est négligeable dans l'économie du pays mais il constitue le lobby le plus puissant des Etats-Unis ! Au Mali c'est juste le contraire.

En fait les Etats-Unis ne sont pas les seuls dans le collimateur de l'OMC car la Chine est tout autant concernée par le coton dont elle gère pour ainsi dire le marché. Dans certains pays producteurs comme le Bénin par exemple, le coton représente 75 % des revenus d'exportation et la moindre chute des cours risque de ruiner des milliers d'agriculteurs. Le problème est donc mondial.

La misère est muette, le pouvoir est aveugle

Si nous analysons la situation globalement, la moitié de la population mondiale est constituée d'agriculteurs dont la majorité vit dans les pays pauvres. En refusant toute discussion sur les subventions ou sur une réduction des taxes d'importation, le Nord condamme tout simplement les pays du Sud à crever de faim; leurs produits perdent de leur valeur, les agriculteurs s'endettent, font faillite et certains finissent par se suicider, comme on le constate chez les Indiens du Brésil.

On comprend mieux dès lors les raisons pour lesquelles les anti-OMC et alter-mondialistes ainsi que quelques milliers d'agriculteurs descendent dans la rue chaque fois que l'OMC organise une conférence (ils étaient 5000 à Hong Kong en 2005 et cela se solda par une centaine de blessés et 900 interpellations !). Ces règles économiques qui ne favorisent que les pays riches révoltent les plus pauvres qui n'ont pas d'autres alternatives que de manifester leur désapprobation dans la rue. 

Document http://www.scottsinklier.com

Nos ministres de l'Economie peuvent discuter et négocier dix ans sans jamais conclure aucun accord. En attendant, le monde s'écroule autour d'eux. Si les gens du Nord veulent un jour renouer les liens avec leurs cousins du Sud, il est grand temps que nos responsables revoient à la baisse leurs règles économiques si nous voulons à terme que les pays les plus pauvres rattrapent leur retard.

Malgré les efforts louables de l'OMC pour essayer de mieux équilibrer les règles de la concurrence, c'est un dialogue de sourds qui s'établit entre le Nord et le Sud où les blancs répondent toujours à côté des questions et comptent d'abord sur un geste de leurs homologues occidentaux avant de faire un premier pas, en sachant très bien que les premiers ne bougeront pas. Ainsi que le disait l'Abbé Pierre, "la misère est muette, le pouvoir est aveugle".

Etant donné que ces négociations économiques n'aboutissent jamais, que la diplomatie est impuissante à réveiller les consciences des pays plus riches, il reste la manière forte mais par définition cette méthode ne favorise jamais les plus faibles. Toutefois, depuis la Conférence de Cancun en 2003, les pays pauvres ne lachent plus prise et on peut espérer que l'édifice des subventions déjà lézardé au cours des différentes conférences de l'OMC, finira un jour par s'écrouler, probablement sous la pression européenne. Mais sans doute pas avant dix bonnes années encore.

En effet, sans se préoccuper le moins du monde de l'avis des participants à la Conférence de l'OMC de Hong Kong en 2005, les Etats-Unis ont annoncé durant la conférence, comme s'ils voulaient narguer les pays pauvres, qu'ils allaient renouveller leurs subventions à leurs agriculteurs jusqu'en 2010. Une façon de dire qu'ils ne s'intéressent pas du tout à la misère du monde et qu'on perd finalement notre temps à poursuivre ce genre de conférences.

A consulter : Les Conférences ministérielles de l'OMC

Les plus optimistes y voient au contraire une manière de forcer l'Europe à prendre également une décision aux alentours de cette date. Va-t-elle accepter de revoir sa politique agricole commune après 2013, date avant laquelle sa politique est inamovible ?

Si le problème n'est pas résolu d'ici quelques années, au rythme actuel la fracture Nord-Sud ne peut que s'agrandir. Sans une réduction des subventions et des subsides en Europe et dans le G20, les pays pauvres resteront toujours des assistés et bien malins seront ceux qui sortiront vainqueur de ce combat inégal.

2005 : Premiers résultats positifs

Les saveurs des Tropiques. Bien que le cliché soit réducteur, voici les différentes variétés d'ananas que nous verrons bientôt sur nos étales.

Suite au processus de négociations sur la libéralisation du commerce mondial lancé en 2001 lors de la Conférence de Doha au Qatar, en 2005, la Conférence de Hong Kong a permis d'aboutir à un accord "raisonnable" ainsi que l'ont qualifié ses participants. Sous la pression des alter-mondialistes, de l'attitude volontariste de l'Europe et l'intransigeance des ministres représentants les pays pauvres, l'OMC a finalement abouti à un accord après une semaine de négociations. Les pays riches ont proposé de s'engager formellement sur plusieurs points, notamment :

- En 2006, les pays développés vont supprimer toutes les formes de subventions à l'exportation pour le coton

- En 2008, les pays développés s'engageront à importer sans droit de douane ni contingent jusqu'à 97 % des produits des pays les moins développés

- De manière progressive, d'ici à la fin 2013 les subventions à l'exportation seront supprimées dans l'OMC.

Un économiste reconnaîtra tout de suite que ces résultats doivent être relativisés. En effet, avec les fluctuations du marché et des produits pour lesquels il n'existe pas de prix minimum, il n'est pas certain qu'une diminution des subventions et des taxes vont réellement aider les agriculteurs des pays pauvres.

Aucun chiffre non  plus n'a été proposé au cours de cette conférence; les Etats peuvent donc décider d'attendre les échéances avant d'agir. La marge de manoeuvre des nations les plus riches reste donc large. 

Enfin, rappelons qu'au sein de l'Union européenne, la réduction des subventions à l'exportation ne représente qu'environ 5 % de sa politique agricole commune sur l'ensemble des aides qu'elle octroie. Ces 5 % représentent 2.6 milliards d'euros en 2005. L'accord de principe avait déjà été accepté en 2004, restait à préciser la date de sa mise en application. 

Les résultats de Hong Kong sont donc mitigés. Ainsi que l'a bien résumé Peter Mandelson au nom du G20, "[le projet] n'est pas suffisant pour faire [de la conférence] un succès, mais il suffit à la sauver du naufrage"... Seul l'avenir sera juge de l'efficacité de ces mesures.

A lire : Statistiques du commerce international (OMC)

Mangerons-nous encore du pain demain ?

Sans commune mesure avec ce que vivent les agriculteurs du tiers-monde, en marge des négociations ministérielles du G20, posons-nous tout de même la question de savoir ce que vont devenir les exploitations des agriculteurs occidentaux, à présent que l'OMC a proposé de supprimer leurs subsides.

Les céréales sont à la base de l'alimentation dans la plupart des pays. En Occident, leur pénurie toucherait avant tout la population la plus pauvre et l'Horeca.

Déjà que la viande, le poisson et les crustacés ne sont pas bon marché et deviennent chaque jour un peu plus cher, voilà que le pain est à présent sur la table... des négociations.

Prenons une exploitation européenne moyenne de 200 ha de céréales. Elles sont très nombreuses puisque la plupart des parcelles de cette taille servent à nourrir la population (produits laitiers, viandes, céréales, fruits...).

Les aides à l'exportation sont un soutien au marché, car sans elles, il s'effondrerait, le prix des céréales s'alignant rapidement sur le cours mondial.

A quelle chute de prix peut-on s'attendre ? Nous avons déjà connu ce problème avec le sucre en 2001. La chute des prix fut de 36 % en quelques mois ! Elle fut très profitable aux 48 pays les moins développés. Mais pour les agriculteurs européens cela revenait à produire à perte et, pour les jeunes entrepreneurs, se retrouver avec du matériel agricole coûtant des centaines de milliers d'euros qu'ils ne pouvaient plus payer.

Afin de pouvoir survivre à ce nouveau dérèglement, les agriculteurs espèrent donc des compensations et un minimum de stabilité de la politique agricole commune européenne afin de rentabiliser leurs investissements. Sans aide, que peut-il se passer après 2013 ?

Pour notre agriculteur, on estime que sans compensation il accusera une perte de revenu de... 30 %. Si ce principe des compensations n'est pas acquis à l'échéance de 2013, nous assisterons donc à une très sérieuse crise agricole. Mangerons-nous encore du pain demain ? Sans doute, mais il pourrait être plus cher. L'avenir nous dira si je me trompe.

En attendant que ces lois soient appliquées et que l'Occident se décide à réduire ses subventions dans l'intérêt général, les pays pauvres doivent trouver d'autres méthodes pour développer leur économie et accéder à une part du gâteau de l'OMC. S'ils ont bien compris que le commerce équitable n'existe pas dans les faits, l'Occident reprenant d'une main ce qu'il donne de l'autre en coopération au développement, la seule ouverture possible passe obligatoirement par le monde des affaires. Voyons comment cela se passe en Afrique.

Prochain chapitre

Quand les Noirs gagneront

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