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Le défi des OVNI

Vu artistique du réseau interférométrique ALMA de l'ESO installé au Chili.

Bioastronomie et extraterrestres

En marge du débat strictement scientifique sur le problème OVNI et de la collecte des mesures physiques, Uranie, la muse de l'astronomie ne pouvait pas rester indifférente devant notre perplexité. Ainsi que nous allons le voir, les découvertes de l'astronomie peuvent nous apporter quelques éléments d'explications, tout en restant bien dans les limites de la connaissance rationnelle. Cette parenthèse n'est pas inutile car l'astronomie est le seul domaine en dehors de la physique et de la biologie qui, par ses découvertes, est en relation directe avec notre sujet : la vie dans l'univers existe-t-elle, est une question qu'elle essaye de résoudre depuis longtemps à travers les disciplines de la bioastronomie.

Si l'hypothèse de l'existence d'une civilisation extraterrestre est peu appropriée au débat qui nous occupe, les progrès scientifiques nous forcent à énoncer des idées qu'un homme du siècle passé ne pouvait même pas imaginer. A notre tour, nous sommes bien incapables d'imaginer ce que sera la technologie du futur. En revanche certaines conclusions s'imposent déjà, grâce auxquelles nous pouvons inférer ou extrapoler des idées qui orienteront la recherche de demain.

Selon des sondages européens récents, pour une personne sur deux le mot OVNI est synonyme d’extraterrestre. C'est bien la preuve qu'il est difficile de se faire une opinion. Pour le scientifique il n'existe pas immédiatement de relation entre ces deux concepts. Certains auteurs spécialisés en bioastronomie ont écrit que la probabilité que nous soyons visités est nulle tandis que les chances qu'elle soit différente de zéro ne sont pas très élevées. Dans ce genre de domaine, se hasarder à estimer une probabilité devient une chose extrêmement suspecte. Ceci dit, ces chercheurs ont pu recourir à cette idée parce qu'il n'y avait aucune autre explication valable, pas de solution plus simple.

Ici nous n'offrons aucun défi à la science, mais il s'agit probablement d'un peu d'anthropocentrisme car nous nous basons sur les canons humains et en l'état actuel de nos connaissances. Ce n'est en théorie pas la bonne façon d'approcher le problème. Le physicien Léon Brenig de l'Université Libre de Bruxelles confirme qu'il n'y a en réalité rien à expliquer car nos preuves sont encore insuffisantes. C'est évident. Mais nous devons nuancer ses propos.

L'histoire et la philosophie des sciences nous rappellent que de tout temps l'homme a découvert des théories à partir d'hypothèses librement inventées. Les chercheurs qui "aiment les idées" savent qu'il suffit d'un point de départ, une base solide pour extrapoler des hypothèses. Einstein, encouragé par sa théorie de la relativité, s'était fâché plus d'une fois avec Heisenberg[1] parce que ce dernier fondait ses propos sur l'expérience, sur des "grandeurs observables" comme le disait Einstein, alors que selon lui, c'était "la théorie qui décide de ce qui peut être observé". Mais la majorité des astronomes ou des physiciens refusent d'échafauder des théories spéculatives. C'est pourtant une bonne raison pour engager des fonds dans la recherche, car plus d'un chercheurs ont émis des hypothèses très intéressantes sur certaines particularités des OVNI (lumière tronquée, sustentation, déplacements, etc).

Le paradigme actuel de la science est une normalité rationaliste dans laquelle le paranormal ou la libre pensée non contenue n'a pas sa place. Mais "changer de lunettes !" comme le dit le philosophe des sciences Thomas Kuhn. Cette attitude intransigeante, conservatrice d'un grand nombre de scientifiques se rapproche de la philosophie d'Ernst Mach qui disait ne pas croire à la théorie des atomes parce qu'ils n'étaient pas observables...

Si l'apparition d'extraterrestres est une hypothèse dérangeante pour certains détracteurs - notre civilisation serait trop fragile par rapport à une civilisation avancée - pour certains chercheurs c'est une hypothèse de travail séduisante, une approche prudente d'un contact amical. Mais penser de la sorte reflète peut-être à nouveau une attitude anthropocentrique et contient beaucoup de suppositions non testées. Ce sont des a priori qui ne plaisent pas à la majorité des scientifiques. Quoi qu'il en soit, en l'état actuel de nos connaissances les mobiles d'une visite extraterrestre ne seront toujours que des hypothèses.

Les mobiles d'une civilisation extraterrestre

Grâce aux découvertes de l'exploration spatiale, nous savons que les OVNI ne peuvent provenir du système solaire, quoiqu'en disent Adamski et ses adeptes. Si la vie existe, celle-ci ne pourrait se développer que sous une forme élémentaire, acides aminés, protéines ou, tout au mieux, de micro-organismes à l'image des bactéries. Aucune chance qu'ils pilotent une soucoupe volante !

A ce jour, aucun cliché amateur, aucun enregistrement professionnel n'a encore mis en évidence de feu de camp extraterrestre, de lumières artificielles dans l'espace, une quelconque soucoupe volante sur une planète extérieure ou des traces visiblement artificielles sur un quelconque astre de notre système solaire, mises à part les dizaines de sondes spatiales construites de la main de l'homme et aujourd'hui écrasées sur les surfaces planétaires ainsi que sur la Lune. Quant au site martien de Cydonia et autres jeux d'ombres découverts sur Mars ou la Lune, il faut vraiment être dépourvu d'intelligence pour continuer de croire qu'il s'agit de structures artificielles.

Mais il est aussi vrai que la résolution de nos télescopes ne permet pas toujours de discerner de petits objets. Pour cela nous pouvons lancer une sonde spatiale explorer le site en question. Même si nos télescopes étaient capables de distinguer les moindres détails d'un objet, ils ne sont de toute façon pas tournés vers les sites d'atterrissages d'OVNI mais plutôt vers les confins de l'Univers ! Les rares traînées ou lumières que les témoins ont pu photographier présentent trop peu de détails pour faire l'objet d'une étude sérieuse.

Même si les astronomes ne pensent plus trouver de "petits hommes verts" sur Vénus, Mars ou Titan, d'autres tel Michael Papagiannis de l'Université de Boston croient que des extraterrestres peuvent vivre dans la Ceinture d'astéroïdes. Si même une "base avancée" se trouverait à cet endroit, leur planète natale n'est pas dans le système solaire.

Bien sûr on peut avancer que des formes de vie extraterrestres vivent à quelques dizaines de mètres sous le permafrost de Mars par exemple où la température est positive, près des cryovolcans découverts sur Io, Encélade ou Titan, dans l'éventuel océan existant sous la glace d'Europe, dans les profondeurs des nuages de Jupiter où il existe de l’eau en suspension ou encore emprisonnées dans les glaces mêlées de gaz (clathrates) des comètes actives ou dormantes. Mais il s’agit de spéculations gratuites qui ne reposent sur aucune analyse in situ ni aucune découverte et dont la probabilité est de toute façon très faible. Dans ces conditions, on peut tout imaginer, mais on ne fait plus de science.

Caractéristiques de quelques exoplanètes célèbres comparées au système solaire.

En ayant l'esprit un peu plus rigoureux, si nous devions admettre que les OVNI sont effectivement des émissaires extraterrestres, ceux que nous apercevons doivent provenir de l'extérieur du système solaire, c'est-à-dire au plus près de l'étoile Proxima du Centaure située à 4.3 années-lumière, sachant que la lumière se propage à près de 300000 km/s, encore que cette étoile n'abrite aucune exoplanète.

Quant aux quelques centaines d'exoplanètes découvertes à ce jour et orbitant autour d'autant de systèmes stellaires, la plus proche du Soleil se situe à 8 années-lumière (Lalande 21185), la plus éloignée à 17000 années-lumière (OGLE-235/MOA-53). Une petite dizaine existent à moins de 30 a.l. mais aucune n'offre des conditions de viabilité terrestres. Sur l'ensemble des exoplanètes, quelques unes ont une masse 10 fois inférieure à celle de Jupiter mais elles présentent un diamètre voisin de 80000 km. Il s’agirait en fait d’exoplanètes gazeuses.

Dans le cadre de la mission COROT de l'ESA et de la mission Kepler de la NASA, les astronomes espèrent découvrir une centaine d'exoplanètes de la taille de la Terre (30 à 600 fois moins massives que Jupiter) autour des étoiles proches et gravitant à une distance inférieure à 1 U.A. de leur étoile, l'équivalent de la distance Terre-Soleil et un bon millier d'exoplanètes de la taille de Jupiter orbitant jusqu'à 5 U.A. de leur étoile.

Ces études seront complétées par des missions spécifiques orientées vers les exoplanètes affichant des signes de vie. Ce jour là nous pourrons déjà mieux apprécier le degré de rareté de notre Terre en estimant la probabilité d'existence de planètes terrestres dont l'atmosphère présenterait des biosignatures.

En attendant, si ces petits hommes verts ou gris existent, encore faut-il connaître le procédé qui permettrait à nos visiteurs de voyager dans l'espace à une vitesse voisine de celle de la lumière. Certains laboratoires imaginent déjà des turbines atteignant cette vitesse, grâce à des flux d'ions ou de photons. Mais l'avancée technologique que requiert une propulsion à antimatière ou luminique est phénoménale.

A consulter : La colonisation de l'espace

Aujourd'hui des vitesses de 10% de celle de la lumière sont envisageables. Nous pourrions y parvenir avec une propulsion à antimatière. Reste le problème du confinement, du stockage de l'énergie et quantités d'autres problèmes techniques. Nous savons qu'il existe un "mur de la lumière"; la théorie de la relativité restreinte traduit mathématiquement et physiquement l'impossibilité d'atteindre et de dépasser une telle vitesse. Peut-être un jour parviendrons-nous à contourner cette limitation en utilisant une propulsion plus exotique ou en créant artificiellement des trous de vers... Mais ceci n'est que pure spéculation.

Nos éventuels visiteurs, même s'ils se déplacent à des vitesses proches de celle de la lumière se trouveront également confrontés aux problèmes du temps. Les plus proches étoiles qui pourraient entretenir la vie se situent à des distances de l'ordre de 20 à 10000 années-lumière.

Bien que la mesure de l'écoulement du temps soit relative, d'après la multitude des témoignages que nous possédons, ce serait par milliers que ces visiteurs se sacrifient : ils préfèrent perdre des dizaines d'années d'une vie plutôt que d'établir un contact ! Ce à quoi Michael Papagiannis et certains fervents répondent qu'ils pourraient utiliser des vaisseaux télécommandés, automatiques, des techniques d'hibernation voire cryogéniques.

Si les défenseurs de la thèse extraterrestre veulent argumenter dans ce sens, pourquoi n'imaginent-ils pas directement que nos visiteurs maîtrisent l'espace-temps, les trous de vers ou des technologies encore plus exotiques; ils voyageraient bien plus vite ! Pourquoi Papagiannis limiterait-il l'intelligence de nos visiteurs aux seules technologies que nous commençons seulement à maîtriser ? Cette anthropocentrisme est édifiant car cela revient à dire que nous représentons le summum de l'intelligence. Mais encore une fois il ne s'agit que de spéculations qui ne font pas avancer le débat.

Durée d’un voyage interstellaire

Durée de l’aller-retour (années)

Distance atteinte

à bord

sur Terre  

 (années-lumière)  

5

6.5

1.7

10

24

9.8

20

270

137

30

3000

1450

40

36000

17600

50

420000

208000

60

5000000

2400000

Ainsi que l’a très bien expliqué le romancier américain A.E.Van Vogt dans sa fiction “Centaure lointain”, on ne peut s’affranchir de la vitesse finie de la lumière. Ce tableau indique la durée relative d’un voyage interstellaire pour une fusée propulsée à une vitesse relativiste et subissant une accélération constante de 1g jusqu’à mi-chemin, puis décélérant jusqu’à l’arrivée. Extrait de E.Davoust, “Silence au point d’eau”, Teknea.

Mais si ces civilisations galactiques existent comme le sous-entend la formule de Drake (voir ci-dessous), durent-elles assez longtemps pour nous faire signe ? Car jamais encore aucun télescope ou radiotélescope n'a pu en voir ou même en écouter, alors qu'on sait que des sites comme le Mauna Kea, Cerro Tololo ou le désert du Nouveau Mexique sont des endroits privilégiés pour scruter le ciel. La réponse est malheureusement indéterminée et chacun peut exprimer ses convictions pour peu qu'elles soient rigoureuses et convaincantes.

A lire : L'espérance de vie

Une civilisation extraterrestre peut ne souffrir aucune comparaison avec la nôtre. Prenons par exemple une civilisation de Kardaschev de type III extrêment avancée par rapport à la nôtre, capable de maîtriser l’énergie de toute un galaxie voire même les lois de la nature. Dans ce cas, il serait vain de poursuivre une étude quelconque sur le sujet car toutes nos références seraient inappropriées.

En extrapolant nos connaissances, il est par exemple envisageable qu’une telle civilisation soit en mesure de transformer l’espace-temps. Si elle peut contraindre l’univers à ses désirs, elle peut contrôler son avenir et dans son esprit nous ne sommes rien d’autres que des créatures primitives à l'image de fourmis explorant la surface d’un monde qui nous dépasse ; elle nous ignore tout simplement parce que la communication est impossible. On reviendra sur cette question lorsque nous discuterons d'un éventuel contact avec des extraterrestres.

Si en revanche nous considérons une civilisation extraterrestre semblable à la nôtre technologiquement parlant, considérant que les lois de la nature sont identiques partout dans l'univers, - le spectre d'un atome d'hydrogène enregistré sur Terre est identique à celui qu’on photographie à 15 milliards d'a.l. - on peut imaginer avec raison que quelque part nous pouvons prendre l'exemple de la Terre et extrapoler certaines observations, qui expliqueraient peut-être pourquoi nous sommes ou ne sommes pas visités.

La formule de Drake

Frank Drake, président de l'Institut SETI devant la formule qu'il inventa. Document Seth Shostak.

N = R * fp ne fl fi fc L

N

Nombre de civilisations ayant accès à la radioastronomie

R*

Rythme annuel de formation des étoiles similaires au Soleil

fp

Fraction des étoiles disposant d'un système planétaire

ne

Nombre de planètes où l'environnement serait viable

fl

Nombre de planètes où la vie s'est développée

fi

Fréquence de l'émergence de l'intelligence

fc

Probabilité que cette civilisation ait accès à la radioastronomie

L

Durée durant laquelle ces civilisations sont détectables

Les fervents défenseurs de la thèse extraterrestre se sont assagis depuis les années 1970. A l'époque Carl Sagan estimait N=1 million et pour Franck Drake N = 10000. Mais étant donné que nous pouvons nous détruire à tout moment et devant le manque d'indices extraterrestres, la plupart des exobiologistes estiment aujourd'hui, à l'instar de S.Shklovsky, Robert Rood et James Trefil, que N peut être égal à 1 : nous sommes peut-être seuls dans l'univers.

En 1946, Michael Hart et Enrico Fermi, le fameux physicien qui contribua à mettre au point la pile atomique s'étaient demandés "Mais où sont-ils donc ? " à propos des émissaires extraterrestres. Si aucun contact n'a encore été établi, si on écarte le problème lié au temps, de nombreux scientifiques de renom considèrent qu'il se peut très bien que ces sociétés aient choisi d'autres voies que l'essor technologique, quitte à y venir par après. A la "question de Fermi-Hart" Newman et Sagan[2] répondent que ces civilisations ne se montrent pas au vu de notre immaturité ou nous considèrent comme un "zoo galactique".

En 1961, Sébastien Von Hoerner expliquait que ces civilisations n'ont peut-être pas envie de communiquer ou n'en ont jamais eu l'intention car leur planète est perpétuellement couverte de nuages; elles sont peut-être en proie à l'autodestruction, provoquée par un plafonnement de la science et de la technologie, par une dégénérescence biologique ou une stagnation volontaire du progrès. Ces solutions sont forts pessimistes. 

A l'inverse, si ces civilisations existent bien et depuis des millions d'années, il devrait être possible de détecter des signaux dans un rayon de quelques milliers d'années-lumière. Mais le temps de réponse atteint des formes vraiment inadaptées : déjà la liaison Terre-Mars exigeait 21 minutes d'interruption. Pour les amas d'étoiles proches cela demanderait 40000 ans. Si notre but est de dialoguer, ce moyen de communication est irréaliste.

N'ayant pas encore rencontré de civilisations extraterrestres, quelques conclusions apparaissent déjà dans les esprits les plus pessimistes :

- Nous sommes seuls,

- Ils connaissent des problèmes de vol,

- Ils sont passés à une époque où l'homme n'existait pas,

- Ils sont présents dans la banlieue terrestre mais ne se manifestent pas,

- L'environnement du système solaire leur est hostile,

- Le cosmos est tellement vaste, pourquoi viendraient-ils ici précisément ? Car il y a mille ans à peine, il n'y avait aucun signe de technologie sur Terre, ou si peu.

Comment s'y prendraient-ils pour explorer la Galaxie ? Pour répondre objectivement à cette question, Fred Hoyle, Carl Sagan[3] et leurs collègues proposaient un schéma type, la diffusion :

- Ils établiraient tout d'abord des relais entre les étoiles.

- Ensuite ils formeraient des colonies à la recherche de planètes favorables où ils pourraient bâtir de nouvelles civilisations.

- Puis effectuant des navettes, des voyageurs partiraient à la découverte de nouveaux mondes.  

Pour les physiciens Michael Hart et Franck Tipler, ils pourraient coloniser toute la Voie Lactée en quelques centaines de millions d'années après avoir fait le premier bond en dehors du système planétaire. Pour James Trefil, coauteur avec Robert T.Rood d'un célèbre livre[4] sur la question, cette colonisation pourrait s'effectuer en 30 millions d'années. Notre Galaxie existant depuis 10 milliards d'années, cette évolution a donc bien eu le temps de se manifester et plusieurs vagues colonisatrices auraient déjà dû atteindre la Terre.

La mise en quarantaine de notre planète est envisageable s'il n'existe qu'une ou deux civilisations extraterrestres. Mais si ces civilisations pullulent, l'une d'entre elle peut parfaitement décider de visiter le "zoo" terrestre. Les guerres sont peu probables, le plus fort empêchant cette situation de se produire.

Un argument plus sérieux met en évidence la singularité de notre existence. La vie émergea sur Terre il y a quelques milliards d'années. Aujourd'hui il n'existe aucune trace du passage de civilisations extraterrestres sur notre sol, ni "soucoupe volante", ni usine, ni déchet, ni empreinte, ni quoi que ce soit qui n'ait été fabriqué par l'homme.

Si la probabilité de cet événement est quasi nulle - nous y reviendrons plus tard à propos des énigmes archéologiques - elle est d'autant plus infime si nous considérons la probabilité d'existence de deux civilisations technologiquement avancées au même instant dans l'Univers. C'est pourquoi de la bouche même de Tipler[5], "si nous n'avons jamais rencontré ces visiteurs, c'est qu'ils n'existent pas". Quelques années plus tard, Trefil et Sagan exprimaient le même sentiment.

Pour Robert T.Rood de l'Université de Virginie, une civilisation se développerait dans la Galaxie tous les 1.7 millions d'années. S'ils ne prennent pas contact avec nous conclut-il, "c'est que, franchement, ils s'en moquent". Si de son propre aveux il ne croit pas vraiment tout ce qu'il dit, il ajoute cependant, "Tout ce que je me risque à dire, c'est que le nombre de civilisations est indéterminé. [...] En l'absence de preuves concluantes, je demeure agnostique, tout en estimant que la recherche d'intelligences extraterrestres est légitime et doit être poursuivie". 

Son collègue James S.Trefil est moins optimiste, estimant qu'il ne doit pas y avoir grand monde dans la Galaxie eu égard à l'extrême lenteur de l'évolution. A son avis N = 1, c'est-à-dire que nous sommes seuls, mais vu le degré d'incertitude sur chaque facteur de l'équation, N peut-être égal à 2 ou 3. Comme son collègue toutefois, il "préconise de poursuivre un modeste programme de recherche des intelligences extraterrestres [...] puisque dans un cas pareil, il est toujours bon de risquer un pari, surtout lorsque les coefficients d'incertitude sont élevés". 

Appuyée par des astrophysiciens et des biochimistes, leur idée a fini par recevoir un écho favorable auprès des responsables de la NASA et du Congrès. Aujourd'hui nous tentons officiellement d'écouter les signaux de l'espace. Des périodes de deux mois comme le fit Franck Drake en 1960 sont bien sûr trop brèves pour réussir une entreprise de cette envergure. Les projets SETI (BETA, SETI@home et autre ALMA[6]) sont nos seuls moyens. Si le moindre mot était entendu, il vaudrait plus que tous les bruits de couloirs et les expériences de laboratoire.

Le projet Cyclops : 1000 antennes de 100m de diamètre chacune, l'ensemble mesurant environ 16 km de diamètre. Actuellement le projet ALMA de l'ESO consistant en un réseau de 64 paraboles de 12 m de diamètre est le seul projet qui s'en rapproche. Il travaille toutefois sur des fréquences millimétriques. Documents NRAO scannés par l'auteur.

L'exploration de la Galaxie est un sujet porteur. Sans fondement expérimental, il y a toutefois matière à spéculation. Prenons par exemple l'idée de Michael Papagiannis.

S'il existe dit-il un système planétaire pour chaque million d'étoiles dans la Voie Lactée (1/106) et si parmi celles-ci il n'existe qu'une civilisation technologiquement avancée pour 1000 systèmes planétaires, avec ses 100 milliards d'étoiles (elle en contient au moins 250 milliards), selon la formule de Drake il peut exister 100 civilisations rien que dans notre Galaxie.

Si nous considérons que chaque planète habitée de notre Galaxie lance un vaisseau tous les 5 ans (soit 20 lancements par an) et qu'il n'y ait qu'une chance sur mille pour qu'il vienne sur Terre, rien ne les empêche d'installer une "base avancée" sur un astéroïde ou une cité orbitale. A partir de là, il leur suffirait de lancer de petites sondes dans le système solaire ou dans la banlieue terrestre pour expliquer les observations actuelles.

Sans nécessairement souscrire à la théorie de la "base avancée", son idée fut supportée en 2001 par l'ingénieur Scot Stide du JPL qui pense que nos visiteurs pourraient nous envoyer des objets manufacturés à l'image de nos sondes spatiales, ce qu'on appelle des artefacts extraterrestres (SETA). I l proposa un protocole d'étude à ce sujet baptisé "System Solar SETI" ou S3ETI.

Pour sa part, le physicien théoricien et futurologue Michio Kaku de la Cité Universitaire de New York imagine plutôt que ces civilisations nous enverraient des sondes de Von Neumann, c'est-à-dire des sondes robotisées capables de s'auto-répliquer.

Semblable à un virus colonisant un corps beaucoup plus grand que lui, au fil du temps le volume d'espace exploré par les trillions de sondes de Von Neumann augmenterait dans toutes les directions à une vitesse proche d'une fraction de celle de la lumière. De cette manière, même une galaxie de 100000 années-lumière de diamètre pourrait être complètement explorée en l'espace d'un demi-million d'années.

En théorie c'est possible mais rien ne le prouve. Et supposer a priori comme Papagiannis et ses défenseurs que toutes les civilisations extraterrestres technologiquement avancées sont suffisamment intelligentes pour avoir résolu les problèmes de propulsion et de voyage interstellaire est encore plus spéculatif.

Ainsi que nous l'avons dit, dans ces conditions pourquoi limiter leur savoir aux seules technologies que nous pouvons extrapoler de nos connaissances et ne pas considérer d'emblée qu'elles maîtrisent les trous de vers par exemple; ce n'est pas plus ou moins spéculatif que de prétendre que ces civilisations existent ! Dans ces conditions, cette civilisation n'aurait même pas besoin de "base avancée" ou de lancer des sondes de Von Neumann et pourrait planifier ses voyages directement depuis ses bureaux de réservation situés au centre de la Voie Lactée ! Pourquoi pas ?

Réfléchir de la sorte ne plaide pas en faveur de l'existence des civilisations extraterrestres, que du contraire. Calculer des probabilités en extrapolant déjà des valeurs statistiques purement théoriques ne respecte pas la démarche scientifique qui exige une confirmation par l'expérience à chaque étape du raisonnement.

Nous connaissons le taux de formation des étoiles mais déjà dans une moindre mesure celui des exoplanètes. Nous savons également que la vie est apparue sur Terre. Mais nous ignorons totalement la probabilité d'existence d'exoplanètes telluriques, le rythme d'émergence d'organismes vivants ni celui d'éventuelles civilisations extraterrestres. Il peut y en avoir une dans la Galaxie comme une seule dans tout l'Univers. Reconnaissons que fonder ses arguments sur de tels calculs laisse la porte ouverte à toutes les idées pseudoscientifiques.

A l'heure actuelle nous ne possédons pas l'expérience qui nous permettrait de déterminer chacun des facteurs de la formule de Drake. Tous les arguments invoqués par les défenseurs de la thèse extraterrestre sont donc présentés de manière ad hoc à renforcer et protéger leur théorie des attaques extérieures.

En fait, en avançant l'argument que nos éventuels visiteurs ont besoin d'une technologie très sophistiquée pour expliquer nos notifications d'OVNI, leurs défenseurs ne font que renforcer l'idée que les visites d'extraterrestres sont hautement improbables.

Une autre théorie fut proposée dans l'ouvrage "Cosmic Connection"[7] de Carl Sagan qui cite l'hypothèse tendancieuse du physicien Hong-Yee Chiu qui a calculé les besoins qu'entraînerait une exploration spatiale intergalactique pour expliquer les observations d'OVNI auxquelles nous assistons. Il arrive aux conclusions invraisemblables que les planètes de 100000 galaxies seraient nécessaires pour satisfaire cette industrie. L'exploitation des couches superficielles des étoiles jaunes et rouges épuiserait 1% des étoiles de la Voie Lactée ! Cette démonstration est non seulement irréaliste mais elle confirme l'improbabilité physique de telles visites.

Il est aussi évident que l'on peut concevoir le monde extraterrestre à partir de conceptions non conventionnelles, mais ce serait rejeter en masse les lois qui gouvernent l'univers. Jusqu'à ce jour il est vain de vouloir modifier le monde sans rejoindre les projets de Merlin l'Enchanteur.

Mais comment cela se fait-il qu'ils ne nous aient pas encore trouvé parmi les 250 milliards de soleils que contient la Galaxie ? C'est peut-être justement en raison de sa taille démesurée et de leurs moyens technologiques limités. S'il existe d'autres êtres pensants alleurs dans l'Univers, nous avons matière à nous émerveiller. Mais dans ce cadre cosmique on se sent seul. Carl Sagan disait juste : "la recherche d'une civilisation intelligente extraterrestre, c'est la recherche de nous-mêmes". Nous y reviendrons dans le dossier consacré à la bioastronomie.

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[1] W.Heisenberg, "La Partie et le Tout", Albin Michel, 1972, p94.

[2] W.Newman et C.Sagan, "Galactic civilizations : population dynamics and interstellar diffusion", Icarus, 46, 1981, p293.

[3] W.Newman et C.Sagan, Icarus, 46, 1981, op.cit.

[4] R.Rood et J.Trefil, "L'Univers : sommes-nous seuls", Belfond-Science, 1985, p230-245.

[5] F.Tipler, Quaterly Journal of the Royal Astronomical Society, 21, 1980, p267.

[6] Le programme "Cyclops" définit en 1971 consistait à bâtir pas moins de 1000 antennes semblables dont la parabole ferait 100 mètres de diamètre, identique à celle de l'Effelsberg en Allemagne, la plus grande orientable à ce jour ! Ce projet nécessitait un investissement colossal : 10 milliards de dollars... Si l'on sait que le radiotélescope le plus performant à l'heure actuelle, l'interféromètre en Y du Very Large Array (VLA) dont les bras de 20 km s'étendent dans le désert du Nouveau Mexique a une résolution de la seconde d'arc à 6 cm de longueur d’onde et que l'antenne d'Arecibo peut détecter une civilisation à 15000 a.l., ce Cyclops en serait la synthèse. Cf B.Oliver et J.Billingham Eds, “Project Cyclops”, NASA-Ames, CR 11445, 1973.

[7] C.Sagan, "Cosmic Connection ou l'appel des étoiles", Le Seuil, 1975, p243.


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