La pollution lumineuse

La fée électrique (I)

Aah que nos grands-parents étaient heureux d'être nés à "l'âge de l'électricité", la lumière éclairant les rues et les habitations ! Mais entre éclairer et noyer de lumière, la nuance est...éblouissante, au grand dam des astronomes pour lesquels un site plongé dans l'obscurité est un prérequis à toute exploration du ciel.

Le ciel de la ville de Tongres (B) en décembre 2000...

La lumière qui tombe du ciel présente en effet un contraste si faible que la moindre lumière parasite cache son éclat qui ne peut plus émerger du bruit de fond ambiant. C'est la même raison pour laquelle on ne peut observer les étoiles en plein jour, sauf exception, comme je l'explique dans une autre page.

Certains d'entre vous ont certainement déjà été abusés par de beaux horizons situés non loin de leur domicile. Une autoroute qui passe à 20 km n'apparaît pas durant la journée, mais la nuit alors, quel débauche de lumière ! Depuis quelques décennies cette lumière pose en effet de sérieux problèmes en astronomie, tout le moins pour ceux qui observèrent le ciel de nuit dans le spectre visible. Car il existe une série d'activités qui peuvent se pratiquer de jour et qui ne souffrent pas de cette pollution telle la radioastronomie ou l'étude du Soleil par exemple.

La pollution lumineuse. Ci-dessus une vue générale plutôt étonnante des Etats-Unis. Chaque petit point lumineux est une ville de plus de 100000 habitants. Les plus brillants s'étendent sur plus de 100 km. Ci-dessous un gros-plan de la ville de Los Angeles en 1908 et en 1988 vue du Mont Wilson. Documents KPNO.

A l'heure où les politiciens luttent pour contrôler les dépenses d'énergie, une étude réalisée en 2001 par des chercheurs italiens et américains et compilée par Pierantonio Cinzano de l'université de Padoue révèle que les deux-tiers de la population du monde et 99% des habitants des Etats-Unis subissent une pollution lumineuse durant la nuit. Pire, plus des deux-tiers des Américains et la moitié des citoyens Européens ne peuvent plus discerner la Voie Lactée à l'oeil nu, même lors des nuits claires et "noires". L'expression "have a clear and dark sky" (Ayez une nuit claire et noire) n'aura bientôt plus de sens.

Ainsi que le montre l'image globale de la Terre présentée ci-dessous, tous les pays industrialisés sont touchés par ce phénomène, y compris les campagnes car certains pays voient affluer des dizaines de milliers de touristes et doivent construire des voies d'accès rapides sur leur territoire. L'Europe est particulièrement concernée, en particulier la Belgique qui présente le réseau routier le plus dense et le mieux éclairé au monde ! Mais ce n'est pas pour autant que les accidents y sont moins fréquents, leurs causes n'ayant la plupart du temps rien à voir avec l'éclairage public.

L'activité nocturne de la Terre...

Cliquer sur l'image pour l'agrandir (1200x2400). Ce document exceptionnel du projet DMSP a été publié en 2000 par le département HEASARC de la NASA-GSFC.

Grâce aux observations des satellites DMSP réalisées entre 1996-97, Pierantonio Cinzano et son équipe ont repris le travail commencé par Roy Garstang de l'Université du Colorado et publié dans les années 1980 et 1990. Leur but est de développer une méthode pour étudier à l'échelle mondiale l'évolution de la pollution lumineuse et ses effets.

Cinzano et son équipe ont calibré les données de brillance en utilisant des relevés effectués à partir d'observatoires terrestres et ont calculé l'effet des aérosols et de la topographie sur la propagation de la lumière dans l'atmosphère. Un premier résultat a été publié en l'an 2000 sur le site de P.Cinzano. Ses conclusions furent publiées en 2001 dans les Monthly Notices de la Royal Astronomical Society

L'Europe sous les lumières

Etat de la pollution lumineuse en Europe en 2001. A gauche les couleurs correspondent au rapport entre la brillance artificielle du ciel et sa brillance naturelle : <1.1% (noir), 1.1-3.3% (bleu), 3.3-10% (vert), 10-30% (jaune), 30-90% (orange), >90% (rouge). Cliquer sur l'image pour charger une image de 388 KB. Nos principales villes et leurs banlieues sont dans le rouge. Pauvres astronomes... A droite le résultat que cela donne à Luxembourg à 2 km d'une autoroute dans un petit village à 7 km de la capitale durant la conjonction de la Lune avec Vénus, Mars et Saturne le 24 avril 2004. La dominante rouge peut heureusement être supprimée comme en témoigne cet autre document. Photographie réalisée au moyen d'un appareil digital Canon PowerShot S30, pose de 15 sec à 50 ISO. Documents P.Cinzano et T.Lombry.

Mis à part les services publics dont le rôle est de veiller à ce que l'éclairage public fonctionne..., certaines sociétés n'hésitent pas non plus à éclairer le ciel de nos villes au moyen de puissants phares halogènes ou de lasers de plusieurs milliers de watts. Cette publicité n'est pas très appréciée par la communauté des astronomes car pour mille kW ainsi dispersés dans l'atmosphère c'est plusieurs magnitudes que vous perdez dans un quadrant de 90° autour de la source d"émission et il va sans dire que de telles actions, même temporaires, contrecarrent la bonne marche d'un programme d'astronomie, j'entends bien sûr à des fins scientifiques, tous les observateurs assidus ne bénéficiant pas nécessairement d'un site d'observation idéal.

Projets démesurés d'architectes. A gauche 250 lampes halogènes de 4 kW ont entouré Tongres (B) pour fêter l'an 2000... Cliquer sur l'image de gauche pour lancer une animation QuickTime de 271 KB. Au centre New York commémorant l'attentat du 11 septembre 2001 à Manhattan. A droite Singapour by night... Documents Tongres 2000, Th.Too et Bob Atkins.

Si cette situation vous concerne, et même si vous êtes un amateur isolé, des solutions sont envisageables. L'idéal est de trouver un arrangement avec les commanditaires ou de tenter une conciliation avec le responsable de votre commune. Il est arrivé que des responsables communaux aient acceptés de placer des caches sur les lampadaires, d'interdire la projection de spots halogènes vers le ciel (cf les discothèques) ou exceptionnellement d'éteindre une série de lampes sur demande.

Il est toutefois difficile à un amateur isolé de faire valoir ses "droits à l'obscurité" auprès d'une commune sur base d'arguments purement liés à une activité qu'il ne pratique pas assidûment ou sans bénéficier du support d'associations nationales ou internationales reconnues. 

Si cette approche à peu de chance de réussir, je vous conseille de contacter l'International Dark-Sky Association, IDA, et d'évoquer votre problème auprès de son responsable régional, telle l'Association Nationale pour la Protection du Ciel Nocturne (ANPCN) en France. Leur site web reprend la législation, les normes et les actions réalisées dans différentes communes. Ces associations peuvent vous aider à rédiger des pétitions, proposer des solutions avec lesquelles vous pourrez constituer un dossier que vous ferez valoir auprès de vos représentants locaux.

Spectre d'émission de l'éclairage public

Lampe au sodium basse pression

Lampe au sodium haute pression

Lampe aux vapeurs de mercure

Mais il s'agit souvent d'un combat disproportionné, du pot de fer contre le pot de terre. Bien souvent, surtout dans les grandes agglomérations, le bien-être de la communauté l'emporte sur votre droit individuel. Si aucune solution n'est envisageable, comme bon nombre d'amateurs vous devrez vous résigner à subir cette pollution lumineuse. Dans ce cas je vous conseille d'acheter un filtre anti-pollution lumineuse (LPR) pour réduire son effet ainsi que je l'explique dans un  rapport détaillé écrit en anglais. Ce type de filtre est très efficace et si l'on peut dire, vous réconciliera avec la pollution lumineuse !

Prochain chapitre

L'usage des filtres anti-pollution lumineuse

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