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En juillet 1965 la sonde spatiale Mariner 4 frôla Mars à moins de 10000 km et révéla une surface accidentée remplie de cratères, mais il n'y avait aucune trace de canaux ni d'intelligence extraterrestre. Le temps des Martiens était révolu et avec lui les aventures de Flash Gordon sur Mars (1938) et toutes les "Chroniques martiennes" si épiques (Ray Bradbury, 1950). Même les "petits hommes verts" cachés derrière les pulsars ont fait long-feu en 1967 et depuis beaucoup de scientifiques ont reculé d'un pas avant d'avancer des idées à propos d'éventuelles formes de vie extraterrestres.
Désormais quand les astronomes au sens large entendent un signal suspect
grâce à leurs radiotélescopes, ils pensent d'abord à des interférences ou des objets naturels avant de penser à un
message codé émis par une civilisation extraterrestre avancée. Quand ils pensent aux "petits hommes verts"
ils sont tout aussi prudents et préfèrent dans un premier temps penser à des créatures
primitives comme des protozoaires, des colonies de microbes ou des mousses.
Nous
allons voir que beaucoup d'environnements peuvent en effet abriter des créatures
unicellulaires par exemple, alors qu’une civilisation avancée est
improbable car celle-ci impose toute une évolution très contraignante
qui pèse sur son existence même.
La
recette d'un monde vivant est liée à une telle variété d'ingrédients, qu'il y a un nombre de combinaisons pratiquement
infini de concevoir la vie à partir de deux cellules procréatrices ou de
l'agencement de leurs atomes. A fortiori, les êtres qui émergent doivent revêtir
des formes très variées et surprenantes. L'image la plus simple est celle de
l'évolution de l'homme. En trois millions d'années, Lucy a appris à marcher,
puis à parler, à peindre et à se projeter dans l'avenir. Sa physionomie et
son comportement se sont graduellement modifiés au point qu'en la voyant nous
prendrions peut-être peur. Pour sa part, Lucy serait plus effrayée encore que
vous et moi. Mais nous pouvons nous contenter de regarder nos enfants pour déceler
à quel point la nature déborde d'imagination. A fortiori les extraterrestres
que nous contacterions seraient difficilement "classables" dans un
arbre génétique ordinaire et ne pouvant expliquer leur réalité nous éprouverons
ce que Lucy aurait ressenti en nous voyant : de l'angoisse, la peur de l'ignorance et de
l'inconnu. L'évolution
consista au développement hasardeux de quelques êtres - nous nuancerons cette
proposition un peu plus loin -, certains subirent des mutations et développèrent
des aptitudes qui renforcèrent leur indépendance et leurs chances de survie. Sur Terre le rythme de
l'évolution de la
vie est très lent. La Terre a porté des microbes, des algues et des poissons
durant plus de 3.5 milliards d'années avant d'aboutir à l'explosion du
Cambrien. L'Homme est apparu au terme
d'une très délicate évolution jonchée de cadavres et d'espèce
éteintes. Nous nous sommes épanouis en 3 millions d'années, ce qui est
par contre excessivement rapide. Qu'en est-il
ailleurs ? Nous n'en savons rien. Certains disent que les chances qu'un même événement
se reproduise ailleurs dans l'univers, même dans des conditions similaires,
sont très faibles, probablement nulles, en vertu des lois du hasard. D'autres
leur rétorquent que dame Nature a plus d'imagination que cela. Un point
nous est acquis : si les conditions physico-chimiques sont toutes différentes
de celles que nous connaissons sur Terre,
le résultat se rapprochera probablement des créatures qui hantent quelquefois nos
rêves plutôt que celles d'un lieu paradisiaque, quoique tout soit
relatif. Du
fait de la grande sensibilité de l'évolution aux conditions initiales, la
morphologie d'éventuels êtres extraterrestres n'aura rien de comparable à celle de
l'homme ou des êtres qu'il côtoie. Il sera toutefois bon de déterminer
quelles types de créatures nous pouvons rencontrer sous certaines
conditions environnementales particulières (planète de faible ou forte
gravité, planète océanique, etc). Un
alien de MIB. Loin de nos références biologiques c'est pourtant une
créature de type terrestre qui respire de l'oxygène. Si
des êtres extraterrestres devaient débarquer sur Terre, ils
devront nécessairement s'adapter à notre milieu un peu comme les
créatures de "MIB". Soit l'environnement leur sera
hostile et dans ce cas ils se protègeront derrière un scaphandre
ou une autre interface d'isolement (au pire ils éviteront notre
planète) soit ils devront appartenir à une espèce de type
terrestre, capable de respirer de l'oxygène atmosphérique.
Sinon, H.G. Wells nous a démontré avec ses fameux Tripodes
martiens que les conditions de vie terrestres leur seront fatales.
Même Richard Burton auteur de "Mars Attack !" pense que
les extraterrestres peuvent mourir à cause de certaines
modulations sonores... Mais il ne faut pas chercher si loin une
issue fatale. En explorant l'Amérique et en emportant leurs
microbes avec eux, les premiers explorateurs ont contaminé
beaucoup de populations autochtones pour ne citer que les Indiens
qui n'avaient pas nos défenses immunitaires. Face à une
civilisation extraterrestre la mise en quarantaine sera une
question de survie pour les deux civilisations. A
propos de scaphandre, je ne veux pas dire que les extraterrestres nous
ressembleront. La faculté d'adaptation des
organismes démontre que l'anthropomorphisme est une notion créée par certains
biologistes en manque d'imagination. Tous les biologistes et paléontologistes modernes
vous diront que la diversité des formes de vie n'est pas liée à la génétique
fondamentale mais apparaît comme une adaptation à l'environnement. Du
protozoaire solitaire au comportement de nos sociétés, toutes les formes de
vie évoluent vers un stade qui assure leur symbiose avec leur biotope. Le
simple déplacement spatial de l'agencement des éléments au niveau moléculaire
crée une modification des propriétés du corps, qu’il soit inerte ou vivant.
Comme nous le préciserons plus loin, une molécule aromatique peut avoir du goût
alors que son isomère peut-être un poison. Les molécules organiques par
exemple s'agencent en formes cycliques hexagonales reliées les unes aux autres
par des liaisons carbones fixées à 120°. A de hautes températures la matière
inerte restaure une symétrie plus régulière pour offrir de nouvelles propriétés
physiques; des cristaux, solides et de forme orthorhombique à température
ambiante peuvent devenir élastique et plus dense sous une forme cubique. Une
solution sursaturée en milieu clos redevient active dans un système ouvert. La
mer, l'air et la terre contiennent des organismes plus ou moins
complexes auxquels on prête peu d'attention mais qui pourraient
peupler la majorité des planètes propices à la vie sans
abriter la moindre créature évoluée. De gauche à
droite différentes variétés
d'algues, une abeille et des fleurs
de montagne. Il
y a malgré tout certains facteurs convergents, qui à l'instar des lois de la
nature semblent guider l'évolution. A l'échelon inférieur, il y a tout
d'abord l'instabilité quantique et thermique, les liaisons chimiques et la
gravitation qui président à l'assemblage des atomes et des molécules de façon
identique dans tout l'univers observable. Sans l'intervention de ces forces à
certains niveaux d'énergie et sur un certain spectre, toute construction inerte
et plus tard vivante est vouée à l'échec.
A l'échelon le plus élevé, les
facteurs communs entre deux civilisations seront peut-être les organes des sens
et la mobilité, sans lesquels personne ne peut évoluer ; la vision, le toucher
et la pensée, l'écriture ou le langage qui peuvent en découler. Si une
civilisation est parvenue à un stade technologiquement avancé par rapport à
nous, on peut en déduire que sa morphologie se rapprochera de celle des êtres
humains ou d'autres mammifères, si l'on pose, a priori, que
les propriétés de l'univers sont homogènes. La
convergence morphologique Il
y a enfin la dynamique de l'évolution que l'on découvre quand on explore
des continents isolés comme l'Amérique du Sud (Amazonie, Galapagos) ou
l'Australie (Tasmanie) qui sont restés longtemps à l'écart des autres
populations. Loin de toute influence étrangère, sur ces continents la
vie a trouvé des solutions uniques que l'on ne retrouve nulle part
ailleurs, pensez au kangourou. Partout
on observe soit une convergence de l'évolution, une différenciation, une
évolution en parallèle voire encore une coévolution de processus quand
il est question de ressources ou d'un rapport prédateur-proie ou de
parasitisme. La convergence est bien sûr le phénomène le plus
spectaculaire de la nature. Elle explique la manière dont des dispositifs
semblables se retrouvent chez différentes créatures n'ayant aucun ancêtre
commun. L'évolution parallèle décrit le cas où des espèces ou des
genres ayant une ascendance commune mais ayant évolué indépendamment
ont trouvé des solutions identiques en réponse aux mêmes contraintes
environnementales. Les
mammifères placentaires (singe cercopithèque) comme les
marsupiaux (kangourous rouges) ont trouvé une méthode
équivalente pour assurer la gestation et la survie des
petits jusqu'au sevrage. Citons
parmi de nombreux exemples la faculté de voler qui a évolué séparément
et plusieurs fois chez les insectes, les ptérosaures, les oiseaux et les
chauffes-souris; l'oeil évolué des vertébrés et ceux des céphalopodes;
l'écholocation chez les chauves-souris, certains oiseaux, les phoques et
les cétacés; l'utilisation de l'électricité chez certains poissons; la
convergence chez les mammifères placentaires et les marsupiaux. Ce
phénomène s'observe également au niveau molécule au cours de la
réplication dans des tubes à essai. Même chez l'homme le biologiste
Richard Dawkins affirme que certaines personnes aveugles
"voient" inconsciemment par écholocation avec leurs joues; elles
entendent les changements subtiles de bruits leur permettant de sentir les
obstacles sur leur chemin. Si
les yeux du poulpe sont le résultat d'une modification des cellules de la
peau, chez un vertébré il s'agit d'une modification des cellules du
cerveau. Nous pouvons même transformer les pattes d'une mouche en antenne
ou rendre la vue au protée par génie génétique. La convergence de
l'évolution est un facteur dont nous devons tenir compte quand nous
discuterons des éventuelles formes de vie extraterrestres. Il ne faut
donc pas croire que tous les extraterrestres auront le "cerveau en
ébullition" mais ils peuvent très bien avoir le "coeur sur la
main" ou "l'estomac dans les talons" ou n'avoir pas de
coeur du tout et pourtant être amicaux... Le
principe anthropique et l'évolution cosmique Sous
ce vocable ésothérique se cache en fait une observation statistique a
posteriori qui prétend que les événements n'arrivent pas de façon
aléatoire. Ce thème discuté en détail dans un
autre article stipule dans sa
version faible que l'évolution de l'Univers a débuté dans l'indétermination
et le hasard, cherchant une orientation à travers le temps. Un concours
judicieux de circonstances, une structure atomique prête à subir des
changements plus complexes forma les molécules, les étoiles. Rassemblées
en galaxies, elles ont édifié soleils et planètes pour aboutir à
l'apparition de la vie et à l'émergence d'observateurs. Les conditions
qui préludent à la vie semblent limitées à notre région de l'Univers,
même si l'on admet a priori l'universalité des lois de la
nature. Malheureusement
ce principe n'explique pas la raison d'être des constantes fondamentales
de la physique. Pour le physicien Heinz Pagels le principe anthropique n'a
rien d'étonnant et n'a aucune valeur scientifique, et d'autant moins aux
yeux d'une civilisation extraterrestre. Pour
Brandon Carter, auteur du principe antrhopique fort, si nous existons et
nous posons ce genre de questions, c'est parce que toutes les lois de la
physique sont les mêmes partout, que les conditions physiques ou
chimiques qui régissent les lois n'accordent que peu d'arbitraires. L'aboutissement
de la vie aurait été déterminé dans une petite fourchette de
variations, rendant les lois de la nature immuables, ne tolérant pas le
hasard pour aboutir à l'Homme. Ainsi, l'Univers ne permettrait le développement
de la vie que sous l'inspiration d'un Créateur, seul habilité à choisir
les lois qui nous gouvernent. Malheureusement
cette version forte, en faisant appel à une notion de finalité, court à
sa perte. Si les lois de la physique auraient pu être multiples, même
les lois qui gouvernent l'Univers seraient en désaccord avec la théorie
quantique de l'état singulier du Big Bang et son évolution ultérieure. Il
semble donc que les seules variations possibles aient été celles d'un
choix d'Univers parmi différentes configurations initiales. Cela nous ramène
à sa version faible,
c'est-à-dire celle de l'évolution cosmique chère à Carl Sagan et
Hubert Reeves. L'émergence
de l'intelligence Les Asgards, une civilisation de type II de Kardashev
dans la série
"Stargate SG-1". Les
créatures évoluées vivant sur une planète lointaine appartiennent à deux
catégories : les prédateurs et les proies. Selon la société dont il
est question cela se traduit par une compétition entre deux
"classes sociales" : les
chasseurs et les chassés ou les maîtres et les esclaves. Moyennant
certaines réserves on peut également y associer les dirigeants et
les travailleurs dans la mesure où les seconds sont brimés ou
contraints d'effectuer certaines tâches par la classe dirigeante. Mais
ici se greffe également des comportements sociaux et économiques
sur lesquels il serait trop long de s'étendre. Sur Terre cette
règle est une loi naturelle depuis que le monde vivant existe. Les
fourmis élèvent des pucerons, les lionnes chassent les antilopes, l'homme va jusqu'à exterminer sa propre
espèce et une poignée d'entre eux sont au commandes du système. Pour
une intelligence inférieure à la nôtre, la vie est une lutte permanente
pour la survie. Nous y avons en partie échappé en domestiquant la
science et la technologie. Les créatures qui disposent d'un grand
cerveau, habiles et qui sont autonomes éviteront plus facilement que les
autres les pièges tendus par les prédateurs. Mais
même ici, une société animale plus évoluée que la nôtre mais
incapable de développer une technologie évoluée (pensons à des mammifères
marins ou volants de la taille d'une baleine) peut parfaitement évoluer
durant des millions d'années sans subir de grands changements. Et si elle
atteint une taille suffisante elle peut même être à l'abri des
prédateurs qui, bien que très agiles et agressifs, ne peuvent plus
blesser les monstres pacifiques qu'ils sont devenus. Mais
ces équilibres sont fragiles. A chaque changement d'un paramètre
(climat, ressource, population, etc) les prédateurs en profiteront comme
les proies. Et un feedback va se déclencher : si les proies deviennent
plus intelligentes, la sélection naturelle sélectionnera immédiatement
les prédateurs les plus intelligents pour rétablir l'équilibre. Il peut
ainsi s'établir une sorte de "course aux armement" que
connaissent bien les biologistes. Discuter
du polymorphisme sur une autre planète que la nôtre relève d'un pari
pascalien. Si par le passé certains astronomes étaient plus conciliant
envers la vie extraterrestre (Percival Lowell, Camille Flammarion, etc),
aujourd'hui la science a recentré le débat et plus aucun scientifique ne
voit de petits hommes verts ou gris nul part. Deux camps s'affrontent
toutefois dans ce débat. D'un
côté certains biologistes considèrent la question comme
"n'avançant à rien" car jusqu'à présent nous n'avons pas la
moindre preuve d'existence d'une autre forme de vie dans l'univers. Il
serait également inutile d'envisager des créatures extraterrestres à
sang chaud, se nourrissant d'aliments sucrés et respirant de l'oxygène.
Certains astrophysiciens voudraient également imposer en préliminaire à
toute discussion que l'on définisse un modèle complet de biosphère, de
biotope et de biocénose, que l'on détermine la classe de l'étoile, son stade
évolutif, la structure géologique et le modèle climatique de
l'exoplanète considérée, etc., bref de fixer tous les paramètres
astrophysiques avant même d'imaginer l'existence de la moindre forme de
vie sur cette planète. Les créatures
extraterrestres chimériques de Bob Eggleton. Malheureusement
en suivant ces deux démarches et à force de rester le nez au-dessus de
leurs équations ou dans leurs éprouvettes, ils ne risquent pas de découvrir des
"petits hommes verts". D'un
autre côté nous trouvons les
exobiologistes. Ils prennent la question de la vie dans l'univers sous
un autre angle. Ils ne cherchent pas à déterminer les conditions
initiales (ils peuvent le faire et le font évidemment en
laboratoire), mais le plus souvent ils recherchent plutôt les molécules
synthétisées dans l'espace, les
planètes ayant atteint un stade prébiotique ou ayant développé
une chimie extraterrestre et certains vont même jusqu'à écouter les
signaux d'éventuels civilisations extraterrestres. Cette
démarche est bien sûr la plus prometteuse bien que les chances
de réussite soient minimes. C'est aussi la seule qui nous
permette de décrire les éventuelles formes de vie
extraterrestres, ces créatures que la biologie n'ose même pas
reconnaître comme vivantes car exclues de l'arbre phylogénique
terrestre, et donc chimériques par définition à l'image des
créatures fantasques de Bob Eggleton présentées à gauche ou
celles de George Lucas. Toutefois
nous ne pouvons pas non plus emboîter
le pas des exobiologistes et disserter dans l'inconnu. Il nous faut
quelques bases de référence, ne fut-ce que pour bien cerner l'objet de
notre débat. Les
conditions initiales Nous
ne pouvons pas procéder à la manière d'un biologiste ou d'un
astrophysicien en définissant toutes les conditions initiales de notre
modèle ni inversement inventer des créatures de science-fiction comme
pourrait les imaginer un exobiologiste sortant d'un rêve éveillé.
Compte tenu de toutes les combinaisons possible, la première
solution est trop lourde et trop complexe à cerner, la seconde sans grand
intérêt. Mais
on ne peut pas non plus discuter des formes de vie extraterrestres ou de
leurs biotopes à l'aveuglette, sans définir un certain nombre de
conditions physico-chimiques initiales. Nous partirons de quelques postulats élémentaires
en nous accordant malgré tout une importante marge de manoeuvres pour
explorer tous les climats possible et les nombreuses formes de vie
potentielles qui pourraient peupler ces terres du ciel. La
vie Ainsi
que nous l'avons définie précédemment, en quelques mots la vie
est une entité faite d'atomes et de molécules organisés en cellules
formant un organisme qui peut-être simple ou complexe, microscopique, à
notre taille ou géant.
C'est
une entité homéostatique visant à préserver son état et ses
fonctions. Elle se reproduit, faisant des copies d'elle-même sans être
programmée, de manière sexuée ou asexuée. Elle grandit et se
développe, tire son énergie de son environnement et rejète ses déchets
en offrant la particularité de pouvoir maintenir voire réduire son
entropie grâce à son organisation. Elle répond à des stimuli et
s'adapte à son environnement. Toute
entité qui ne satisfait pas l'un de ces critères n'est pas considérée
comme vivante dans le sens biologique du terme. Robots et androïdes sont
exclus de cette famille et appartiennent au monde des machines. Il est
toutefois envisageable que dans un lointain avenir, à une époque où des
organismes cybernétiques seront aussi communs que nos prothèses, nos
ordinateurs ou nos appareils domestiques actuels, le qualificatif d’être
vivant soit étendu aux cyborgs. Mais
à n’en pas douter cela fera l’objet de longues discussions sur l'éthique
et le statut d'être humain. Il peut toutefois exister
des structures "vivantes" mais que nous ne pouvons pas
reconnaître. Elles peuvent par exemple évoluer à un autre rythme
(beaucoup plus lentement ou beaucoup plus rapidement que nous), elles
peuvent revêtir une forme d'énergie que nous ne considérons pas comme
émanant d'une forme de vie ou utiliser des processus qui nous paraissent
inertes et ne pas relever d'un organisme vivant. L'unité
de base Les
organismes terrestres complexes ou intelligents sont construits à partir
de molécules de carbone qui assurent toutes les fonctions biochimiques.
Nous avons vu à propos de la chimie du
silicium que le carbone est un atome versatile et très abondant. Le
silicium pourrait assurer certaines de ses fonctions, y compris dans des
molécules hybrides carbone-silicium. Dans un premier temps nous
discuterons des propriétés d'un monde organique fait de carbone, à
l'image du nôtre, et donc de créatures dont le métabolisme épouse ou
se rapproche en tous cas de ce que nous connaissons sur Terre. Nous
prendrons toutefois le temps de discuter de la vie à base de silicium et
de ses étonnantes facultés. Discuter d'autres molécules de base serait
encore plus spéculatif. Neurone se développant sur un tissu de culture déposé sur le substrat d'un processeur Motorola 68000. Document KCL. L'information
génétique Sur
Terre l'acide désoxyribonucléique (ADN) contient l'information
génétique nécessaire à la formation des autres structures qui assurent
les fonctions métaboliques et de reproduction. Etant donné que cette
information est une caractéristique fondamentale de la vie et de la
manière dont elle se reproduit sur Terre, il est probable qu'une
éventuelle forme de vie extraterrestre disposera d'une forme quelconque
de système stockant et reproduisant cette information. Structure
de l'ADN La
molécule d'ADN
est constituée
d'une très longue chaîne constituée de 6
milliards de paires de nucléotides ou base.
Entièrement déroulé, chez l'homme, l'ADN mesure 1.20m
de longueur. Chaque nucléotide se compose d'un acide
phosphorique (P), d'un sucre (S) et de plusieurs bases :
adénine (A,
thymine (T), guanine (G)
et cytosine (C).
Les nucléotides forment ainsi une double
hélice inversée qui s'enroule de nombreuses
fois sur elle-même. La répétition de ces 4 lettres
dans un ordre forme le matériel génétique d’un
individu. La disparition d’un seul acide aminé de
cette chaîne peut déclencher des maladies
infectieuses, parfois héréditaires. Cliquer sur
l'image pour l'agrandir. Document ESG/MIT
adapté par l'auteur. Le
solvant Sur
Terre, l'eau est un solvant universel qui intervient dans toutes les
réactions biochimiques. D'autres molécules peuvent la remplacer
partiellement comme l'ammoniaque, le méthane, l'acide sulfurique ou fluorhydrique. Nous nous limiterons aux propriétés de l'eau dont la
présence est confirmée sous forme de glace ou d'aérosols sur plusieurs
autres corps du système solaire (Lune, Mars, Jupiter, Europe, les
comètes, etc). En outre on ignore jusqu'où peut aller la vie en
présence d'autres solvants. La
température Toute
forme de vie ne survit qu'en présence d'un solvant liquide à
température ambiante. C'est une condition sine qua non de la biochimie.
Considérant l'eau cela nous conduit à explorer uniquement les planètes
où la température oscille entre 0 et 100°C. Dans le cas particulier des
acides et du silicium, le biotope sera tout à fait différent. Nous
prendrons le temps d'en discuter. L'eau
: sous forme de gouttes de rosée sur une pétale de
fleur et sous forme cristalline. Seule la première
forme est compatible avec le développement de la vie
telle que nous la connaissons. La
pression Idéalement
toute forme de vie requiert des pressions et des températures qui
permettent au solvant d'exister dans les trois principaux états de la
matière (solide, liquide, gazeux). A nouveau l'eau, sous toutes ses
formes, nous impose certaines contraintes, mais moins sévères que celle
de la température. Sur Terre la vie peut parfaitement se développer
entre la stratosphère et les abysses. Il devrait en être de même
ailleurs. L'énergie Tout
organisme vivant et même certains corps inertes (cristaux) ont besoin
d'énergie pour se développer et s'organiser. La principale source
d'énergie est le rayonnement d'une étoile. Elle peut toutefois être complétée par
différentes formes d'énergies se développant sur la planète hôte :
énergie hydrothermale, géothermale, marée motrice, éolienne, etc. Une
société avancée pourrait également dompter d'autres formes d'énergies
naturelles (magma, radioactivité, éclairs, ouragans, trombes d'eau, etc). De
manière générale les conditions climatiques doivent être considérées
différemment selon que nous considérons les conditions d'apparition de
la vie et les conditions de son évolution. Tout créature évoluée
souffre du froid, de la chaleur et de la pression alors qu'un protozoaire
supporte des écarts plus importants tandis que la chimie prébiotique ne
souffre pratiquement d'aucune contrainte pourvu que l'eau soit disponible
et un peu d'énergie. Ces différences rendent une planète viable ou
hostile à la vie. Les
cellules Selon
notre définition de la vie, pour peu qu'elle soit évoluée, une créature
extraterrestre devrait être bâtie à partir d'unités simples similaires
à nos cellules. A mesure qu'elle grandira, son volume grandira plus
rapidement que sa surface (fonction du cube plutôt que du carré de sa
taille). Ce paramètre place une première contrainte sur la taille des
organismes. En effet, lors des échanges avec le monde extérieur, les
substances migreront par diffusion, un phénomène qui dépend largement
de la surface des pores, des distances à parcourir et des différences de
concentrations d'un milieu à l'autre. Si l'organisme devient très grand,
la distance de centre à centre ou entre extrémités augmentera et la
diffusion sera ralentie voire interrompue. Pour maintenir une distance de
diffusion acceptable, l'organisme doit disposer d'un grand nombre de
petites cellules plutôt que d'une seule très grande. On peut donc en
conclure qu'une créature extraterrestre plus grande qu'un microbe sera
nécessairement pluricellulaire, un métazoaire tout comme nous. Il est
difficile d'imaginer une unité simple viable mesurant une année-lumière
comme "Star Trek" nous l'a proposé dans son épisode "Le
Syndrome Immunitaire". Certains diront que le neurone peut mesurer jusqu'à un mètre de longueur (dans
un organe moteur) et on pourrait en imaginer de gigantesque reliés sous
forme de tresses dans un réseau informatique hybride carbone-silicium. A
l'heure de la cybernétique ce projet est du domaine du possible, mais
replacé dans l'ensemble de la biosphère, cette cellule spécialisée
10000 fois plus grande que la normale est comme l'on dit une exception qui
confirme la règle. L'organisme
et la sélection naturelle Toute
forme de vie évolue par sélection naturelle. Sa physiologie est dictée
par l'influence de son environnement (concentration des gaz
atmosphérique, constitution du milieu marin, température, pression, humidité,
gravité). Cet organisme doit extraire l'énergie de son environnement,
donc se nourrir et éliminer les déchets de son métabolisme.
Tout
forme de vie évoluée (vertébré placentaire par exemple) doit transporter des matières (solides, liquides ou
gazeuses) dans son organisme, les distribuer à chaque cellule et en
extraire les déchets. Ces actions sont assurées par quelques organes
vitaux comme le coeur, une ramification de vaisseaux sanguins ou
similaires, un système de filtration comme les reins et des poumons ou
une trachée pour
alimenter les cellules en oxygène ou en gaz offrant les mêmes
propriétés. Pour
survivre, cet organisme évolué doit disposer de sens (vue, odorat, toucher, etc) afin
d'obtenir des informations sur son environnement et répondre aux stimuli
les plus divers (présence d'un précipice, du feu, d'une odeur, d'un ennemi, etc).
Elle devra donc disposer d'un cerveau, centre névralgique du système
pour traiter toutes ces informations. Elle devra disposer de membres pour
capturer ses proies et se déplacer ou pour porter ses détecteurs
sensoriels.
Toute
forme de vie est conçue pour se reproduire, de manière sexuée ou
asexuée. Sans sexualité cette espèce serait stérile et vouée à
l'extinction. Quel
que soit l'écosystème envisagé, les types de biocénose et de biotope
considérés (y compris la symbiose et le parasitisme évoqués
précédemment), l'édifice du vivant extraterrestre
sera probablement bâti sur une structure écologique similaire à celle
qui s'est développée naturellement sur Terre à travers les multiples
chaînes alimentaires et les niches écologiques. Tout organisme sera
intégré dans son biotope et ce jusqu'au niveau des
écosystèmes. Les espèces
productrices donneront de la nourriture aux espèces consommatrices, les
consommateurs ou les prédateurs mangeront les producteurs ou les proies,
tandis que les nécrophages ainsi que l'action biochimique du milieu
décomposeront les déchets et recycleront les substances dans
l'environnement sous forme d'atomes et de molécules assimilables.
Enfin,
la taille des populations est une donnée physique déterminée par de
nombreux facteurs parmi lesquels la taille du biotope et des organismes,
la quantité de nourriture disponible (proies, fruits, etc), la
sensibilité aux maladies, l'influence du climat et d'autres facteurs
environnementaux qui touchent la thermodynamique. En fonction de ces
paramères, le bilan énergétique au sein de chacun de ces processus
pourra être différent de ceux observés sur Terre. Les
caractéristiques et les limites de notre modèle étant précisées, voyons
de quelles manières d'éventuelles créatures extraterrestres répondant
à ces critères peuvent évoluer dans différents
biotopes, sous des gravités faibles ou fortes, sur des planètes
liquides, glacées, désertiques ou dans la jungle la plus sauvage, voire même sous
d'autres conditions inconnues. La
population est un ensemble d'organismes appartenant à une même
espèce. La communauté est l'ensemble des populations animales et
végétales attachées à un biotope. L'écosystème est
l'ensemble formé par la biocénose (communautés) et le biotope
(environnement). La biocénose, ou partie vivante d'un
écosystème, est constituée de toutes les populations d'êtres
vivants habitant la biosphère. Prochain
chapitre L'effet
d'une faible et d'une forte gravité |
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