La Terre, une planète fragile

Le Protocole de Kyoto (VI)

Nos responsables ont été informés de l'état critique de notre environnement dans les années 1970. Mais poussés par le vent du succès économique et leur image publique, ils n'y ont prêté aucun intérêt durant plus de 10 ans jusqu'au jour où les scientifiques leur ont montré les tendances, chiffres à l'appui.  

Il apparut rapidement que 6 états seulement produisaient 50% des émissions de gaz à effet de serre : par ordre d'importance il s'agit des Etats-Unis, de l'Australie, de la Corée du Sud, du Japon, de la Chine et de l'Inde. C'est alors que l'écologie trouva un terrain fertile et devint l'arme politique et économique que nous connaissons, même si fondamentalement ce mouvement relève plus de la philosophie de vie que de l'action politique.

"Pour ou contre" l'écologie, aujourd'hui cela importe peu car nous sommes tous embarqués dans le vaisseau Terre et nous subissons tous à plus ou moins grande échelle les actions néfastes de nos voisins (et même les nôtres à l'occasion lorsque le vent ne souffle pas dans la bonne direction !).

L'écologie est aujourd'hui enracinée dans notre culture depuis une bonne génération et représente une certaine image de l'Occident et de la bonne conscience de l'humanité envers son environnement. Malheureusement, les individus et les gouvernements n'agissant généralement que sous la pression, il a bien fallut qu'une instance supranationale se décide à prend le taureau par les cornes et nous dicte notre façon d'agir, quand et comment. C'est dans ce contexte qu'ont été organisées les conférences sur le climat ou sur le développement durable.

Objectifs fixés à la conférence de Kyoto de 2001

Réduction (-) ou Augmentation (+) des émissions des gaz à effet de serre

+10%

+8%

+1%

 0%

-5%

-6%

-7%

-8%

Islande

Australie

Norvège

Nouvelle Zélande, Russie, Ukraine

Croatie

Japon, Canada, Hongrie, Pologne

Etats-Unis

Europe, Bulgarie, Tchéquie, Estonie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Monaco, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suisse

A gauche, le vice-président Al Gore pendant la conférence de Kyoto en mars 2001 en compagnie de son homologue japonais. Alors qu'Al Gore défendait l'écologie en 1993 comme en témoigne son livre, 8 ans plus tard, sous l'instigation du Président Bush, Jr, il refusa catégoriquement toute réduction du gaz carbonique au nom de son économie florissante. Son homologue Japonais, malgré la crise politique et financière que connaissait le Japon accepta une réduction de 5% de ses émissions de gaz carbonique d'ici 2012. Depuis ce jour, Al Gore se bat pour changer la mentalité américaine. Son action eut des échos jusqu'en Europe. A droite, l'humour de Plantu dans le journal le Monde résuma toute la situation :"La situation est grave mais nous ferons le moins possible !"...

En mars 2001, 37 nations se sont réunies à Kyoto pour entériner les décisions prises lors des conférences antérieures sur le réchauffement global et la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Le but de cette réunion était de ratifier une réduction de 8% de six gaz à effet de serre entre 2008 et 2012. En cas de succès, ces accords seraient reconduits pour une nouvelle période de 4 ans et ainsi de suite.

On constata malheureusement que la plupart des pays présents n'avaient mené aucune action depuis 20 ans ! Les Etats-Unis avaient initialement accepté une réduction de 7% mais refusèrent en 2001 d'appliquer le Protocole pour protéger leur économie (tout comme le Japon et l'Australie) et parce que les pays émergeants tels que la Chine et l'Inde ne sont pas concernés !

Arrivés en force en non pas un ni même deux, mais trois ou quatre jets privés, ils s'accordaient tout au plus sur le tri des déchets ménagers, la taxation des produits polluants, la détaxation des véhicules écologiques, brefs sur de nouvelles dépenses mais bien peu d'économies, tout à l'image de leurs fanfaronnades. En raison de ce manque d'actions ce n'est plus de 5% qu'il faut aujourd'hui réduire l'émission de ces gaz mais de 8%... Les intérêts personnels des Américains passent même avant l'intérêt de la planète... Un scandale dont le Président Chirac se fit l'écho solennellement au nom des nations qui avaient signé le protocole d'accord 20 ans plus tôt à Rio.

S'il reste heureusement quelques villes et villages qui ont échappé à pollution industrielle, d'autres, comme ici New York, mais ce pourrait être Mexico, Shang-Hai ou Nairobi, polluent pour bien deux. Document DEC/NY.

Mais une fois encore, David allait vaincre Goliath. Le 23 juillet 2001 après plusieurs jours d'âpres négociations l'accord de Bonn vit la concrétisation des objectifs fixés à la conférence de Kyoto : 35 pays moins les Etats-Unis (et bien sûr la Chine et quelques centaines d'autres) ont accepté de ratifier le Protocole de Kyoto, une façon diplomatique d'imposer aux Etats-Unis et aux pays émergeants le souhait de la majorité.

Mais le succès est bien relatif quand on sait que les Etats-Unis qui ne représentent que 5% de la population mondiale demeurent les plus grands pollueurs de la planète avec 25% des émissions de gaz carbonique, suivis par la Chine, le Japon et la Russie. 

En fait le Protocole ne pouvait entrer en application que si 55% des pays représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre des pays développés ratifiaient le Protocole. En pratique, si les Etats-Unis, la Chine ou la Russie avait accepté l'accord, le Protocole de Kyoto serait entré en application immédiatement... Mais il faudra attendre 4 années supplémentaires.

Telle était la situation en 2001. Comme l'écrivit avec humour le caricaturiste Plantu (ci-dessus), "la situation est grave mais nous ferons le moins possible ! ".

Ce que les grands états industriels ne voulaient pas comprendre c'est que si nous n'agissons pas aujourd'hui et si on ne tient pas un discours volontariste dès maintenant, il y aura non seulement des conséquences sur le climat mais également au niveau industriel et économique.

A lire : L'après-Kyoto

Ainsi que l'ont démontré les scientifiques, le gaspillage énergétique est la principale donnée du problème. Aussi le but des conférences sur le climat est-il de demander au monde politique de prendre la décision de stabiliser et si possible diminuer la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le défi est gigantesque comme le sont tout autant les conséquences si nous n'agissons pas. Le fait de stabiliser ces effets impose une réduction de 80% des émissions ce qui revient à diminuer les émissions actuellement de 4 à 5 fois.

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