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La Terre, une planète fragile

Ciel bleu, mer turquoise et plage de sable blanc à Tuvalu. Souvenez-vous bien de cette image car bientôt cet atoll paradisiaque va disparaître, noyé sous deux mètres d'eau.

Les réfugiés de l'environnement (IV)

Sous l'effet du réchauffement climatique, les atolls du Pacifique sont les premiers endroits touchés par l'élévation du niveau des mers. Mais cette élévation des eaux est inégale à travers le monde et à Hawaïi par exemple, les habitants peuvent témoigner qu'ils n'observent pas d'élévation du niveau de la mer. On peut donc se demander pourquoi cette élévation n'est pas identique partout sur la planète ?

Variation du niveau des mers

Trois facteurs influencent localement le niveau de la mer :

- la température : les eaux chaudes se dilatent plus rapidement que les eaux froides et occupent donc plus de volume. Par conséquent, le niveau des mers augmente plus sous les Tropiques

- le vent : les vents dominants dans une région diminuent ou amplifient le niveau de la mer et l'amplitude des vagues

- les courants océaniques : le réchauffement du climat peut induire des changements dans les courants océaniques et affecter localement le niveau de la mer.

De plus, la forme des côtes et les paramètres tectoniques peuvent également influencer la réponse locale au changement du niveau de la mer.

Notons que le niveau de la mer peut se mesurer simplement avec une règle (une gauge), mais il ne représente pas nécessairement le "niveau zéro" qui dépend non seulement des marées et des facteurs précités mais également du niveau de référence. Mais quel est ce niveau de référence ? Il existe par exemple le niveau des fluides définit par l'équation d'équilibre de Laplace mais très théorique, le niveau plus réaliste définit par rapport au géoïde, le niveau zéro hydrographique établit pour les cartes maritimes, le niveau moyen à mi-marée, le niveau moyen MSL des cartes britanniques (mesuré à Newlyn en Cornouailles entre 1915 et 1921), le niveau français mesuré par le Marégraphe de Marseilles depuis 1883 ou par l'IGN en 1969, etc.

Aujourd'hui, toutes ces références sont obsolètes et ont été remplacées par des mesures précises du niveau la mer par satellite, notamment par TOPEX/Poséidon lancé en 1992 complété par Jason en 2001 et Jason-2 en 2008 qui permettent d'obtenir des mesures instantanées mais également d'établir des moyennes et des différences entre deux périodes.

A gauche, taux de changement du niveau des mers en 1992 et 2012. Sur cette période, l'élévation moyenne est de 3.27 mm/an. A droite, différence du niveau moyen des mers en 2011 par comparaison à la période 1993-2011. Documents CLS/Cnes/Legos/T.Lombry et NOAA.

Comme on le voit sur le graphique présenté ci-dessus à gauche, en moyenne pour l'ensemble du globe, entre 1992 et 2012 le taux d'élévation du niveau moyen de la mer fut de 3.27 mm/an, soit deux fois plus qu'entre 1870 et 1993 où il atteignit 1.70 mm/an selon le CSIRO. En première lecture, on pourrait conclure qu'au siècle dernier le niveau des mers augmenta d'environ 1.7 m et qu'en 2100 le niveau des mers pourrait augmenter de 3.2 m... Or les habitants des îles de l'archipel de Tuvalu par exemple situé dans le Pacifique pourraient nous dire qu'entre 1880 et 1980, localement la mer s'éleva d'environ 12 cm selon les mesures du CNRS. Nous sommes au moins 15 fois plus bas que la valeur estimée. Comment expliquer cette différence ? En fait ce n'est pas ainsi qu'il faut interpréter les mesures car les océans ne fonctionnent pas comme une seule masse liquide en équilibre. En réalité, malgré le fait que les océans soient connectés, comme on le voit sur la carte présentée à droite, on observe des différences d'élévation assez importantes d'un endroit à l'autre, variant en moyenne entre -20 et +20 cm en 2011. Ces valeurs ne correspondent pas pour autant aux valeurs réelles observées en ces différents lieux car il s'agit d'une moyenne anuelle; on peut donc mesurer localement des élévations instantanées dix fois supérieures par exemple (voir plus bas) mais qui sont lissées dans les statistiques car elles sont peu fréquentes.

De manière générale, entre 1870 et 1993 le niveau moyen des mers augmenta d'environ 1.70 mm tous les ans, passant du niveau 0 en 1870 à 190 mm en 1993. Notons que durant cette période, les mesures étaient réalisées au moyen de gauges. Entre 1993 et 2012, l'élévation s'est accélérée, atteignant 3.27 mm par an. Si on prend 1993 comme niveau zéro de référence, en 2012 le niveau moyen des mers atteignit 55 mm de plus. Ces mesures furent effectuées par satellite et les valeurs sont globalement deux fois plus élevées que celles mesurées avec des gauges et nous allons voir que ces valeurs moyennes élevées sont encore loin de la réalité que vivent les insulaires.

Inventaire des zones inondées

Grâce aux mesures altimétriques effectuées par le satellite Jason, on constate que dans le Pacifique sud, en Polynésie, l'eau s'élève en moyenne de 2 mm par an mais peut être localement dix fois plus rapide que la moyenne mondiale. Ce phénomène n'est pas sans conséquence sur la vie des insulaires. Faisons un bref inventaire de la situation.

Sur l'archipel de Kiribati (2.5°S, 172° E) par exemple, constitué de 33 îles, les atolls émergent à 5 m seulement au-dessus du niveau de la mer. Sur certaines îles, les palmiers ont les pieds dans l'eau et les plages de sable blanc comme le récif ont disparu sous l'assaut des vagues.

Dans des pays où la survie dépend des humeurs de la nature, l'eau de mer est à ce point envahissante que certaines îles devront bientôt être évacuées.

Dans l'archipel des Maldives (3.15° N, 73° E) par exemple, en quelques décennies le niveau de la mer a augmenté de plus de 1.5 m ! Les plages disparaissent, les jetées sont englouties et les rues de la capitale sont inondées. Les canalisations se brisent sous l'assaut des vagues et les eaux usées se déversent directement dans la mer. La survie de ces communautés est condamnée à quelques années tout au plus. Indirectement le tourisme voit ses jours comptés dans cette région. Aujourd'hui, les habitants se réfugient sur les îles les plus hautes, ce qui leur donne un délai de 10 à 20 ans pour envisager des solutions plus durables.

Le Paradis sur Terre

Si nous n'agissons pas tout de suite pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, dans tous les archipels où les îles émergent à 5 mètres à peine au-dessus du niveau de la mer, les plages paradisiaques auront disparu au prochain siècle et avec elles la manne finance que représentent les touristes.

Bahamas,Eleuthera

Tuvalu

Maldives, Embudu

Indonésie, Doloda

Seychelles, La Digue

Tahiti

Documents AFP, sswebdesign, shc, voyages-photos.

Comme dans toutes les îles à fleur d'eau du Pacifique, non seulement l'eau monte, mais les rares terres fertiles disparaissent ainsi que les cultures et lors des grandes marées, les nappes aquifères sont envahies par l'eau salée. Dans ces conditions il est impossible de cultiver et de vivre sur ces îles pourtant paradisiaques. Parallèlement à la montée des eaux, il y a une pénurie d'eau potable (surtout en été) et on observe une augmentation des maladies de peau chez les enfants suite à la contamination des eaux douces. Tous ces effets sont désastreux et ont déjà conduit une fraction de la population à quitter à regret sa terre natale pour des îles plus accueillantes.

L'archipel de Tuvalu (8° S, 178° E) à son tour devient une terre d'exil et connaît aujourd'hui une situation critique qui se répétera dans les années à venir dans les îles Marshall, en Indonésie, sur les côtes indiennes notamment. Effleurant à 2 m à peine au-dessus du niveau de la mer, Tuvalu subit dramatiquement l'effet du réchauffement climatique. Sur certaines îles de Tuvalu, le littoral a perdu plus de 10 mètres de plage et beaucoup de palmiers ont été renversés par l'érosion. Les habitations construites en bordure de plage seront bientôt inondées. Aujourd'hui, lors des grandes marées d'équinoxes, certaines îles sont noyées sous l'eau de mer alors qu'il n'y avait que quelques flaques voici une décennie. Les cultures traditionnelles sont envahies par l'eau salée et dépérissent.

A consulter : South Pacific Island Reports (fichiers PDF)

South Pacific Sea Level and Climate Monitoring Project, Australia

Tuvalu sous les flôts. Quand on parle de "Tuvalu" on entend généralement toute la région Pacifique qui s'étend entre les îles Marshall, Christmas (Kiritimati) et les Fiji. A gauche, inondation dans la capitale, Funafuti. A droite, comme un mauvais présage, le 28 février 2006 une marée exceptionnelle a recouvert la pelouse du centre météorologique de Funafuti. Document Dr. Mark Hayes. Neuf îles et 11000 habitants sont concernés par la montée des eaux et devraient être évacués. La Nouvelle Zélande et l'Australie discutent encore de la manière dont ils vont gérer ces réfugiés.

Actuellement, à Tuvalu le niveau de la mer augmente de 3 mm par an, soit 50 % de plus que la moyenne observée au cours du XXe siècle. Par endroit l'eau s'élève de 3 cm par an ! A ce rythme dans quelques années, tout l'archipel devra être évacué !

Avec un PNB de 20 millions de dollars par an et un PIB par habitant de 1100$, dérisoire (20 à 30 fois moins qu'en Europe), ces populations désespérées appellent aujourd'hui la communauté internationale au secours ! Nous pouvons bien les secourir après le sinistre que nous avons provoqué !

Ces insulaires aimeraient aussi profiter de la vie comme les Occidentaux. Mais leur offre-t-on une chance de s'exprimer et agissons-nous en conséquence ? Aux Maldives par exemple, bien que le pays très soit touristique, le gouvernement ne dispose pas de suffisamment d'argent pour bâtir des barrages, des digues mobiles ou pour déplacer sa population en lieu sûr. Il a déjà investi tout ce qu'il pouvait pour renforcer la digue qui entoure aujourd'hui la capitale Malé ou pour stabiliser les plages de sable blanc mais il ne peut pas faire plus. L'Europe et le Japon notamment financent ci et là la construction d'habitations en lieu sûr, mais les Etats-Unis comme l'Australie restent sourds aux doléances de ces populations.

Voici quelques années, 43 pays insulaires se sont constitués en association pour faire entendre leur voie auprès de l'ONU. Leur but est d'infléchir la politique des Etats-Unis concernant ses émissions de gaz carbonique. Rappelons que les Etats-Unis émettent encore 30 % du gaz carbonique mondial. Mais il semble que personne n'entende les plaintes des insulaires pour lesquels la montée inexorable des eaux correspond à du terrorisme orchestré par l'Occident.

A gauche, l'atoll de Malé, capitale de l'archipel des Maldives, entourée de sa digue. Cet ouvrage pharaonique protège les 85000 habitants du déferlement de vagues de 2 à 3 m de hauteur. Personne ne veut imaginer ce qui se passera si les vagues sont plus hautes... Le gouvernement n'a pas d'argent pour la réhausser et les autres nations s'en désintéressent. A droite, Tuvalu, perle du Pacifique, sera sous les eaux dans un siècle. Documents Fansshare et SPTO.

Si le réchauffement climatique est le principal responsable de cette situation - et donc les pays riches, Australie comprise -, la seconde cause est liée à l'activité d'entrepreneurs peu scrupuleux qui n'hésitent pas à abattre les palmiers pour étendre les terres constructibles. Mais en agissant ainsi ils accélèrent le phénomène d'érosion. Même le ministre Tuvalu des ressources naturelles semble ne pas avoir conscience de ce phénomène, lui qui fit agrandir son terrain de Funafuti en 2003 en abattant des centaines de palmiers et en creusant le corail ! Malheureusement sans la protection de ces barrières naturelles, bientôt ses terres auront un goût de sel...

Dans quelques années, les habitants de Tuvalu devront quitter définitivement leur archipel pour s'installer à Fiji située 1000 km plus au sud ou plus loin encore, en Nouvelle Zélande ou en Australie. Beaucoup d'habitants et d'étudiants ont déjà fait le pas.

Ces sociétés insulaires composées de pêcheurs voyent ainsi progressivement disparaître leurs terres, leurs revenus et bientôt leurs coutumes et leurs racines qui seront délaissées au profit d'un style de vie qui leur est étranger.

Si rien n'est fait pour arrêter le réchauffement climatique, Tuvalu sera l'un des premiers archipels du Pacifique à disparaître sous les eaux. Ses habitants vont perdre leur racine et leur culture. Comme le disait à propos un reporter, bientôt l'ONU devra créer un nouveau statut pour ces gens "réfugiés de l'environnement".

Car actuellement ce statut n'existe pas. Selon l'ONU, la condition de réfugié dépend du respect des Droits de l'Homme et donc du fait qu'il y ait ou non persécution. Or, dans ce cas d'espèce, les insulaires concernés par la montée des eaux ne sont pas persécutés pour des motifs religieux, ethnique, politique, la guerre, etc. On ne peut donc pas les prendre en charge dans le cadre de la Convention de Genève, d'où le désintérêt de certaines grandes nations à leur égard.

Les insulaires du Pacifique ne sont pas les seuls à avoir les pieds presque dans l'eau. La même situation se répète à travers le monde. Dans le Parc National Sundarbans au Bengladesh, 7500 ha de mangrove ont été noyés, le phénomène étant aggravé par la subsidence dans le delta. Au Viet-Nam, les espèces vivant dans les mangroves se transforment suite à l'invasion de l'eau salée. En Inde, jusqu'à présent le site du Grand Rann de Kutch dans le Gujarat constituait l'endroit le plus isolé du pays. Les lacs salés saisonniers rassemblaient notamment une immense population de flamands roses et abritait les 2000 derniers ânes indiens. Cette région est aujourd'hui envahie par la mer détruisant à jamais ces sanctuaires. 

Un matin d'hiver dans le parc du lac Louise en Floride. Document Maria Figueroa Rodriguez.

Même état d'alarme aux Etats-Unis. Depuis 1938, un tiers des marais de Chesapeake Bay (Blackwater National Wildlife Refuge) ont disparu sous les eaux et on s'attend à ce que toute la région soit inondée d'ici 2030. En Floride, dans la réserve de Waccasassa Bay State Preserve, les palmiers choux et d'autres arbres sont en train de tomber, victime de l'eau salée et des marées. 

En Europe, dans une moindre mesure, la Camargue connaîtra le même sort ainsi que les Pays-Bas, mais ces derniers s'y sont déjà préparés, ayant une longue expérience de la maîtrise des marées (digues, barrières anti-inondations, maisons flottantes, etc).

Enfin, ainsi que nous l'expliquerons, les régions polaires ne sont pas épargnées. Dans le Grand Nord, depuis quelques années  les Inuits subissent de plein fouet le réchauffement climatique. La glace fondant sur le littoral, les phoques disparaissent et avec eux les stocks de nourriture. Pour les Inuits, ce n'est pas seulement un changement climatique auquel ils assistent mais à un changement de culture !

Rappelons également que les ouragans accentuent l'érosion et les risques d'inondations. Ils sont en effet alimentés par le réchauffement climatique du fait qu'ils se développent lorsque la température de l'eau dépasse 26°C. Ainsi il se crée une réaction en chaîne autoentretenue qui conduira inévitablement à la disparition de toutes les terres basses d'ici quelques décennies.

Aujourd'hui, 40 à 50% de la population mondiale vit à moins de 100 km de la mer. Même si nous arrêtons tout de suite les émissions de gaz à effet de serre, le niveau de la mer continuera à s'élever durant plusieurs siècles du fait de l'inertie thermique de l'océan.

En 2100, les modèles prédisent que la plupart des pays verront une partie de leur territoire noyés sous les eaux. L'Europe n'échappera pas à la règle. En corollaire, plus d'un milliard d'habitants des régions côtières devront trouver un nouveau logis. Or à l'heure actuelle on ne sait pas ou nous pourrions les reloger car nous devons conserver des terres pour l'usage agricole et d'autres pour préserver la nature. Quelle que soit la solution, on peut déjà prédire une flambée des prix des loyers et un enrichissement sans précédent des entreprises de construction.

A n'en pas douter, dans un siècle la physionomie de toutes les régions côtières et du Pacifique sera toute différente d'aujourd'hui et les pays riches auront le triste privilège d'en porter la responsabilité.

La politique

En 2000, on estimait que 25 millions de personnes avaient été déplacées suite à la montée des eaux. En 2012, 30 millions de personnes ont été déplacées suite au réchauffement climatique. C'est 50 fois plus que le nombre de réfugiés fuyant les guerres (~600000 en 2013 selon l'UNCHR) !

En 2100, on estime qu'il y aura 200 millions de réfugiés climatiques, dix fois plus que le nombre de réfugiés politiques !

Les pays "du Nord", les riches Occidentaux sont en grande partie responsable de cette situation. Or comme on dit, "la maison brûle mais on regarde ailleurs"; telle pourrait être la devise des pays nantis face à la situation dramatique que vivent des dizaines millions de déplacés. En effet, il est urgent que les pays occidentaux notamment prennent leurs responsabilités. Mais si ce n'est pas sous la contrainte et le regard désapprobateur des médias, peu de pays acceptent encore d'acceuillir ces réfugiés.

Dans la mesure où ces flux migratoires ne se voient pas autrement que par quelques regroupements de réfugiés aux frontières ou lors d'accidents en mer évoqués dans les médias, la plupart des États sont encore indifférents au sort de ces populations ou disent carrément qu'ils ne veulent pas les recevoir comme l'Australie (ni aucun étranger sans travail ou moyen de subsistence) ou feignent l'indifférence pour ne pas les aider !

Même l'Europe a mis des mois et des années pour accepter les régugiés du Moyen-Orient et d'Afrique et encore aujourd'hui, le sujet reste sensible et les accords varient en fonction des gouvernements. L'humanité n'est pas une vertu politique !

Si la montée des eaux et le blanchiment du corail dans le Pacifique sud semblent éloignés de nos préoccupations occidentales, voyons concrètement ce qui se passerait dans nos pays riches, en l'occurrence en Europe, suite au réchauffement du climat. Les effets sont très inattendus, mais somme toute, inévitables.

Les effets des fortes chaleurs en Europe

Dans les régions européennes, les simulations climatiques indiquent que dans les années à venir nous pourrions subir des étés caniculaires (températures supérieures à 32°C durant plus de trois jours consécutifs) une année sur deux et parfois plusieurs fois dans l'année alors que jusqu'à présent il s'agissait de phénomènes exceptionnels (1976, 2003, etc).

En pratique, vers 2100 on estime par exemple que nous pourrions subir 10 fois plus de canicules qu'aujourd'hui. Cette hausse de température qui semble inéluctable aura de nombreux effets pervers dont on parle encore assez peu.

Globalement les zones climatiques se décaleront d'au moins 10° vers les latitudes polaires, portant les climats méditerranéens aux latitudes tempérées et les climats tropicaux au niveau des pays méditerranéens. La Belgique connaîtra le climat de la Provence où des étés de 40°C deviendront la norme plutôt que l'exception !

A voir : Bulletin Météo de 2050 (sur le blog, 2014)

A gauche, carte des anomalies de température en Europe en juillet 2001 comparée à juillet 2003. Les écarts atteignirent 10°C dans le sud-est de la France. En 2003, même en Belgique la température atteignit 40°C durant plusieurs semaines. C'est un record historique qui provoqua le décès de 3000 personnes âgées, rien qu'en France. Ce genre de situation pourrait se répéter plusieurs fois par décennie voire plusieurs fois par an. A droite, au cours de la conférence du COP20 qui s'est tenue à Lima en 2014 , Météo France en collaboration avec l'OMS ont présenté le bulletin météo du 18 août 2050 pour différents pays afin de sensibiliser les représentants des pays présents sur l'urgence de réduire le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère au risque de voir l'effet de serre s'emballer. Documents NASA Earth Observatory et Météo France.

Plus généralement, ce changement climatique signifie que durant la période estivale l'Europe devra s'adapter à la chaleur. Bonne nouvelle ! Non, pas vraiment ! Car ce phénomène présentera plus de désagréments que d'avantages. En effet, nous devrons tout d'abord adapter nos habitations à des écarts plus importants de température en été et en hiver sans pour autant gaspiller plus d'énergie (meilleure isolation). Localement, dans les pays tempérés, le revêtement des routes devra être remplacé par un matériau moins sensible aux variations de température et à la chaleur.

En été dans le sud-est de la France par exemple, beaucoup de cours d'eau seront à sec et l'eau sera encore plus rationnée qu'aujourd'hui. Les cultures étant privées d'eau, la production agricole sera affectée, le rendement chutera de plusieurs dizaines de pourcents et on doit s'attendre à de nombreuses pertes d'exploitation voire des faillites dans le monde agricole dans les décennies à venir.

Les régions viticoles remonteront vers les pays aujourd'hui tempérés au détriment des régions méditerranéennes dont les cépages deviendront plus secs. Des vins de renom pourraient ainsi disparaître. De manière générale les agriculteurs devront adapter leurs cultures à la sécheresse et les agronomes devront repenser le rendement des céréales, des fruits et des légumes en les rendant plus résistants à la chaleur.

Nos médecins et nos vétérinaires devront soigner de nouvelles maladies, en particulier celles apportées des régions tropicales (ébola, fièvre du Nil, etc). Lorsque les conditions climatiques seront propices à l'apparition de smog au-dessus des villes (inversion de température dans les basses couches et forte humidité ou forte chaleur associée à la fumée industrielle), les médecins seront amenés à soigner plus de personnes prises des voies respiratoires par la forte concentration de polluants atmosphériques qui affectera principalement les bébés, les enfants et les vieilles personnes, plus sensibles aux affections que les jeunes adultes. Dans ces conditions, en cas d'accident chimique (explosion d'un dépôt de pétrole par exemple), la pollution par les hydrocarbures sera amplifiée avec tous les risques cancérigènes que cela pourrait induire.

Nos régions gagnant 5 à 10° en été, certains oiseaux migrateurs ne migreront plus vers les Tropiques et des insectes nuisibles habitant actuellement l'Afrique envahiront nos contrées. Ce déplacement des colonies a déjà commencé.

La végétation s'adaptera également pour résister à la chaleur : les chênes verts et les pins par exemple seront plus nombreux au détriment des hêtres. Les mondes végétal et marin seront également envahis ou parasités par de nouvelles espèces plus résistantes venant des pays chauds. L'augmentation du niveau des mers changera la physionomie de nos côtes, en particulier de la France dont la Camargue et plusieurs régions de la côte Atlantique ainsi que de la Manche dont la côte belge disparaîtront sous les eaux... D'autres villes, situées à plus de 20 km des côtes deviendront les nouvelles cités balnéaires.

En 1910 (gauche) et en 1920 (droite), alors que Londres était en pleine révolution industrielle, la combustion effrenée de charbon créa beaucoup de pollution et la ville fut envahie par le smog, un mélange de fumée de charbon (smoke) et de brouillard (fog). Rappelons que cet air vicié peut tuer aussi facilement qu'une épidémie. Ainsi, en 1952 il y eut 4 jours de smog à Londres qui entraînèrent le décès d'environ 4000 personnes. Suite à cet accident, en 1956 le Parlement a voté le "Clean Air Act", obligeant toute la population à réduire sa consommation de charbon. Cette loi fut également appliquée aux Etats-Unis suite à des incidents sanitaires survenus à Los Angeles et Donora. Aujourd'hui, du fait de l'extension de la City, la situation ne s'est évidemment pas améliorée mais les autorités sont bien décidées à réduire les émissions polluantes dans l'air. Documents The Children's Society et National Maritime Museum/Portcities.

Le réchauffement climatique pourrait enfin entraîner un arrêt quasi instantané du courant chaud du Gulf Stream au large des côtes européennes. Selon Wallace S. Broecke de l'Université de Columbia, le "tapis-roulant" du Gulf Stream est généré non seulement par les différences de température de l'eau en surface et dans les profondeurs mais également par sa salinité. Selon des simulations récentes, un changement de salinité de 1% suite à la fonte de la glace d'eau douce du pôle Sud ou des glaces d'un fleuve comme le Saint Laurent pourrait interrompre le tapis-roulant du Gulf Stream. Son eau chaude ne passerait plus au large de l'Europe, nous privant d'une énergie équivalente à... un million de centrales électriques ! Son activité nous concernant au premier chef, voyons les conséquences de ce phénomène en détail.

Les effets d'un arrêt du Gulf Stream

En analysant la fréquence et la durée des variations climatiques au cours de la dernière période glaciaire, on s'est étonné des fluctuations parfois importantes et rapides de la température dans l'hémisphère Nord. On pensait jusqu'alors que le climat variait très lentement au fil des millénaires. Après plus de dix années d'études et de scepticisme, les scientifiques devaient bien se rendre à  l'évidence : Wallace Broecke avait raison. Les fluctuations rapides du climat observé en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest furent la conséquence d'une interruption du tapis-roulant du Gulf Stream.

Le phénomène se serait produit de très nombreuses fois dans le passé, entraînant chaque fois une variation de la calotte de glace du pôle Nord qui a augmenté et s'est rétrécie au rythme de l'arrêt et du redémarrage du Gulf Stream. Le tapis-roulant du Gulf Stream se serait ainsi arrêté pour la dernière fois il a environ 13000 ans, à la fin de la dernière période glaciaire, lorsque d'immense quantité d'eau douce ont été libérées par la fonte des glaces au cours du dégel du fleuve Saint Laurent au Canada. Il fallut attendre 1200 ans et la dispersion de l'eau douce dans l'Atlantique pour que le tapis-roulant redémarre. Entre-temps des coléoptères habitués à un régime plus chaud ont disparu.

Jusqu'à présent, l'océan a pu absorber cette eau douce additionnelle mais personne ne sait combien de temps et quelle quantité d'eau douce l'océan peut ainsi absorber. On estime qu'il faudrait un volume d'eau douce 70 à 80 fois le débit annuel de l'Amazone pour interrompre le Gulf Stream, l'équivalent de la quantité totale de pluie qui tombe sur la terre en un an.

Prédictions en ligne : Global and Hemispheric Temperature

La fonte du pôle Sud et des glaciers, ici celui de Glacier Bay National Park en Alaska, provoquera une diminution de la salinité des océans avec pour conséquence un arrêt possible du courant du Gulf Stream. Dans cette éventualité, privée de sa chaleur, l'Europe septentrionale subira de plein fouet les effets des courants polaires avec des hivers aussi rigoureux qu'au Canada ou en Sibérie. Toute l'économie européenne en sera bouleversée. Documents Q.T.Luong et SuperStock.

Si la glace de l'Antarctique disparaît, les conséquences climatiques pourraient être catastrophiques à l'échelle mondiale. Voyez plutôt. Le refroidissement entraîné par l'arrêt du courant du Gulf Stream serait plus conséquent que l'augmentation de température entraînée par l'effet de serre. Les régions septentrionales de l'Europe et principalement la France, la côte ouest de l'Angleterre, la Belgique et dans une moindre mesure l'Allemagne subiront cet effet de plein fouet et connaîtront des hivers aussi sévères que ceux du Canada, de Sibérie ou du nord du Japon avec des chutes de neige pouvant dépasser 1 m de hauteur en une seule nuit !

Notre économie en sera profondément affectée. Tout le nord-ouest de l'Europe subirait des blizzards, des tempêtes de neige de 8 m de hauteur avec des températures nocturnes pouvant descendre jusque -22°C. La Manche et la côte ouest de l'Europe seraient prises dans les glaces, bloquant toutes les activités portuaires. C'est une situation catastrophique que le nord-est de l'Angleterre a déjà connu au XXe siècle. Selon les climatologues cela pourrait se produire... tous les 7 ans ! Il va sans dire qu'une telle situation mettrait rapidement les pays à genoux.

D'autres simulations montrent que l'impact de l'arrêt du Gulf Stream aurait des répercutions à l'échelle mondiale, principalement sur la quantité de pluie dans les régions tropicales. Dans la pire des situations, sans eau, la forêt d'Amazonie pourrait se transformer en prairie... Si les ordinateurs ne se trompent pas, espérons seulement que nos prévisionnistes se soient trompés.

Dans d'autres régions, certains experts soutiennent que l’augmentation du gaz carbonique diminuera tellement la température hivernale que nous assisterons plutôt à une accélération du refroidissement de la Terre avec pour conséquence, une augmentation des glaces polaires et des hivers bien plus rudes qu’aujourd’hui. Cette théorie se trouve toutefois très isolée.

Comment éviter ce réchauffement climatique ? A priori c'est impossible car nous subissons actuellement les premières conséquences des actions inconsidérées de nos grands-parents. Même si nous arrêtons instantanément toute pollution, le réchauffement climatique a démarré et tel un volant d'inertie il faudrait attendre plus d'un siècle pour l'arrêter et revenir à un régime normal. En fait, les effets les plus pervers à venir sont imprévisibles : d'une saison à l'autre nous pourrions passer d'un climat tempéré à l'hiver le plus rigoureux que nous ayons connu depuis 100 ans, suivi par des étés caniculaires, et cela pourrait durer 100 ans ! Rappelons que la climatologie est une science du long terme et ne peut pas affirmer qu'il y aura ou non une canicule l'année prochaine ou si elle se répétera chaque année. C'est désolant, mais le temps est régis par la thermodynamique et les dures lois quasi indomptables de la théorie du chaos.

Retour de la période glaciaire

Ceci dit, à plus grande échelle et à très long terme tout semble indiquer que la prochaine glaciation surviendra dans 25000 ans avec le retour d'un maximum glaciaire dans 60000 ans.

La prévision pour le moins surprenante de l'une des tendances climatiques globales pour les prochains millénaires : une baisse sévère des températures qui conduira à la prochaine glaciation dans 25000 ans. Document Douglas V. Hoyt. A droite, l'aspect que pourraient avoir nos pays lors du prochain maximum glaciaire. Photographie prise en Antarctique (proabablement à la fin des années 1990) par Maria Stenzel/NGS.

Le volume des glaces atteindra alors 25 millions de km3, soit 8 fois plus qu'à l'heure actuelle. Si l'effet de serre se renforce à long terme, la période glaciaire sera retardée de 15000 ans et le maximum glaciaire se verra amputé d'au moins 7 millions de km3 de glace. En fait, si l'effet de serre est renforcé, la calotte polaire boréale Groenland compris - pourraient disparaître.

Un contrôle stricte de l'emploi des combustibles pourrait améliorer ces effets néfastes mais pas assez rapidement pour les éliminer. La reforestation à grande échelle par exemple est une solution qui permet de piéger le gaz carbonique, mais cette tâche est tellement vaste qu'elle équivaut à planter une nouvelle Amazonie en l'espace de 50 ans ! Cet exemple est peut-être utopique mais sur le principe il correspond bien au défi qui nous attend si nous ne changeons pas nos habitudes en matière d'écologie.

Les modèles numériques sont malheureusement très incomplets. Les experts croient par exemple que les âges glaciaires les plus récents n'évoluent pas en fonction de l'effet de serre mais obéissent à des quantités saisonnières d'insolation[7] qui, nous le savons, dépendent des petites variations de l'inclinaison de l'orbite terrestre. Ces perturbations cycliques sont le résultat de l'interaction Terre-Lune dont l'origine est gravitationnelle. Son influence est très importante. Tous les modèles paléoclimatiques tiennent compte de cette insolation, ne fut-ce qu'implicitement, les fluctuations du CO2 amplifiant tout le phénomène.

Prochain chapitre

Les effets visibles du réchauffement

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[7] J.-C.Gérard et L.François, Nature, 326, 1987, p577.

[8] E.Sundquist, Science, 259, 1993, p934.


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