La photographie numérique

L'objectif : grand angle, zoom et télé (VI)

Zoom autofocus Nikon DX de 17-55 mm f/2.8G IF-ED. Il est vendu 1600 €. S'il est trop cher, vous pouvez vous rabattre sur le zoom 18-70 mm f/3.5-4.5G IF-ED à 380 €. Bien sûr on ne joue plus dans la même cour.

Les systèmes optiques utilisés dans les APN sont similaires à ceux des appareils traditionnels. Ils se caractérisent toujours par leur longueur focale et leur ouverture qui conditionnera leur luminosité.

La longueur focale associée à la taille du capteur photosensible détermine le champ angulaire de l'appareil photo et donc indirectement la dimension du sujet.

L'objectif "standard" ou "normal" est celui dont la longueur focale correspond approximativement à la diagonale du capteur photosensible. Pour le format 24 x 36 mm offrant une diagonale de 43.27 mm il s'agit de la focale de 50 mm, pour un capteur APS de 30.15 mm de diagonale il s'agit de la focale de 28 mm et pour un capteur de 13x18 mm offrant une diagonale de 22.20 mm il s'agit de la focale de 24 mm. Cette optique est appelée à tord standard car l'oeil humain présente un champ de vision beaucoup plus étendu que les 47° de cette optique et correspond en réalité au champ d'un objectif de 18 à 21 mm de focale (90-120°, bien que totalement flou aux extrémités du champ).

Les optiques offrant une focale inférieure à 50 mm (24x36) sont classées parmi les grands angles. Elles couvrent un champ de vision variant entre 50 et 90° environ. On classe parmi les "super grands angles" les optiques de 21 mm et inférieures dont le champ dépasse 90°. La première dénomination à toutefois tendance à se généraliser. Il faut citer à part le "fish-eye" qui couvre un champ panoramique de 180°. Cet objectif est avantageusement remplacé par des appareils spéciaux réalisant des images panoramiques par défilement. Leur avantage est de ne pas déformer la perspective (bien qu'un logiciel comme Nikon Capture 4 puisse la rectifier).

Les optiques offrant une focale supérieure à 50 mm (24x36) sont classées parmi les téléobjectifs. De part le grandissement qu'ils entraînent, leur champ est réduit à quelques dizaines ou quelques degrés. Leur longueur focale n'a pas vraiment de limites puisque certains photographes fixent le boîtier de leur APN sur des télescopes pour photographier le ciel, leur lunette ou leur télescope ayant une longueur focale résultante qui atteint plusieurs mètres. Mais cela reste un usage très spécialisé ainsi que nous le verrons dans les autres articles de ce dossier.

Les téléobjectifs se divisent également en différentes catégories :

- le téléobjectif de focale fixe ou discrète (100, 200, 300 mm, etc)

- le téléobjectif à portrait offrant une grande ouverture (85 mm f/1.8 par exemple),

- le téléobjectif à miroir ou catadioptrique très compact (1000 mm f/10 et mesurant à peine 15 cm de longueur)

- l'objectif macro destiné aux prises de vues rapprochées (5-40 cm du sujet) à fort grossissement (1:1-1:10)

Il faut ajouter à cette liste l'objectif zoom qui couvre plusieurs focales de manière continue (18-70, 35-105, 80-300 mm, etc). 

L'objectif zoom et macro de 18-70 mm f/3.5-5.6 DT équipant le Sony Alpha DSLR-A100.

La plupart des APN vendus avec un zoom (comme le 18-70 mm de Sony par exemple présenté à gauche) proposent d'office une fonction macro (10-30 cm selon la focale), le constructeur ayant greffé un groupe de lentille mobiles permettant des prises de vues rapprochées.  L'agrandissement dépasse rarement 1:3. Pour atteindre 1:10 il faut en général un soufflet et travailler en studio.

Les zooms restent intéressants par leur polyvalence mais c'est parfois un inconvénient car les modèles grands publics et donc bas de gamme présentent souvent une forte distorsion aux focales extrêmes et leurs images présentent un sérieux manque de netteté dans les détails, indépendamment de la résolution atteinte par le capteur.

Evitez aussi d'utiliser le zoom "numérique". Un zoom est une optique à focale variable c'est-à-dire que ce sont des groupes de lentilles qui se déplacent dans l'optique. La mise au point de l'autofocus, la mesure TTL et le champ du flash sont adaptés en conséquence. En revanche, comme son nom le suggère, un zoom "numérique" est une méthode logicielle qui réalise un recadrage, parfois un grossissement par interpolation des pixels dans la région centrale de l'image. Quand il y a interpolation, cela implique une perte de résolution et une image qui devient nécessairement floue. A fort grossissement, l'image perd tout son piqué et c'est à peine si elle conviendrait à des paparazzi. Sur la plupart des APN la fonction zoom numérique peut être désactivée.

On qualifie également les zooms de 3x, 5x, 10x, etc. Cette notion prête à confusion car elle ne définit pas le grossissement physique, tout au mieux le tirage, mais l'amplitude (range) entre la focale minimale et maximale du zoom. Ainsi un zoom 80-200 mm par exemple présente une amplitude de 11x car 11*18~200. Usage à déconseiller.

Le deuxième paramètre est le rapport focal ou l'ouverture relative de l'optique, le fameux nombre f. Il varie généralement entre 1.2 et 22. Il s'agit du rapport entre la longueur focale (f) et le diamètre libre (diaphragmé, D) de l'optique. Plus le chiffre est petit plus l'ouverture du diaphragme est grande et laisse passer de lumière. En corollaire, une petite ouverture relative (petit f) exigera un temps d'exposition plus court qu'une grande ouverture relative (f:22) car cette dernière ferme le diaphragme et ne laisse passer que très peu de lumière. En revanche, une grande ouverture relative (f:11-22) permettra d'agrandir la profondeur de champ et d'obtenir des images nettes sur une plus grande profondeur, d'autant plus étendue que la mise au point sera réalisée à grande distance ou sur l'infini.

L'ouverture relative est donc très importante car elle affecte la luminosité des images. Dans une même gamme de focales choisissez toujours l'objectif offrant le plus petit rapport d'ouverture. Dans des conditions de faible éclairement, un diaphragme de gagné divise le temps de pose par deux.

Champ couvert par l'objectif d'un APN

Le champ couvert par un objectif d'APN obéit à la relation:

A = 2 * Arc Tg ( D / 2F )

où D est la taille du capteur CCD et F la longueur focale du système optique, tous deux exprimés en mm.

Pour une optique de 50 mm de focale utilisée avec un capteur CMOS APS-C de 23.7 x 15.2 mm, nous obtenons : 2 * ATN (23.7/(2*50)) = 26° 40'. Pour un grand angle de 28 mm, nous obtenons 45°52'. 

Ces valeurs sont inférieures au champ réel de ces optiques (74° dans le cas du 28 mm) car elles sont montées sur des APN dont la surface du capteur est inférieure au format 24x36 mm.

Qualité des optiques

Tous les "verres" dont sont fabriqués les lentilles n'ont pas la même qualité. Il existe des verres en plastique, en polycarbonate et des verres fabriqués à partir de cristaux de fluorine par exemple et d'éléments rares. Les prix varient en conséquences car la manière de les tailler et leurs propriétés (poids, dimensions, corrections optiques, etc) sont toutes différentes. On y reviendra à propos de la qualité des APN haut de gamme qui utilisent souvent des optiques à la hauteur des performances du boîtier.

Les maîtres-opticiens ont toujours plus de difficultés pour tailler des verres présentant un court rapport focal plutôt qu'un long car il devient difficile de les corriger pour toutes les aberrations optiques qui s'amplifient à mesure que le rapport d'ouverture diminue. Ils y parviennent néamoins très bien mais cela exige des verres spéciaux, les uns à très grande dispersion (SD), les autres à très faible dispersion (ED), des ménisques asphériques, etc, toujours très chers. Grâce à ces astuces, ils disposent de plus de latitudes pour corriger les aberrations de premier et deuxième ordre.

Le fish-eye Pentax DA 10-17 mm f/3.5-4.5 IF-ED. Cette optique zoom procure un champ de 180° à 10 mm de focale (490 € en 2006).

En outre, plus il y a de lentilles dans un système optique plus il y a de réflexions internes et donc de perte de lumière, quand celle-ci n'est pas absorbée par des matières de mauvaise qualité ou ajoutent des couleurs (comme c'est parfois le cas du polycarbonate). Quand on sait qu'un zoom comme le Sigma 17-35 mm f/2.8-4 DG asphérique conçu pour les APN compte jusqu'à 16 lentilles en 13 groupes, il est prudent de jeter un oeil sur la quantité de lumière qui traverse l'objectif. On peut avoir des surprises.

Les lois de l'optique nous disent que chaque surface de verre en contact avec l'air peut produire une réflexion. Une lentille peut ainsi perdre environ 4% de lumière par réflexion. Ainsi, un système de 16 lentilles non traitées ne transmet que (0.96)16 = 52% de la lumière ! Ceci explique déjà pourquoi une optique contenant beaucoup de lentilles donne des images plus sombres qu'une optique de même focale contenant deux fois moins de lentilles. C'est particulièrement apparent dans les oculaires et les optiques zooms comparées à des optiques discrètes équivalentes. Heureusement, dans le cas du Sigma évoqué, plusieurs lentilles sont groupés.

Pour réduire cet inconvénient et augmenter le contraste, les lentilles sont recouvertes d'un revêtement anti-réflexion, un multicouche de quelques microns qui annule les réflexions parasites par opposition de phase et permet de récupérer environ 3.5% de lumière sur chaque élément de lentille. Si toutes les surfaces des lentilles de notre Sigma étaient en contact avec l'air et traitées multicouche, il présenterait au moins 92% de transmission ! Ce sont les dénommations FMC, SMC, HFT et autre UHT qui caractérisent une optique. Il existe différentes catégories de traitement que nous développerons dans l'article consacré aux coatings, revêtements anti-réflexions et dispersions. Une optique dont chaque élément air-verre est traité (super multicouche ou fully multicoated) se reconnaît à ses réflexions internes vertes et pourpres. Selon la qualité des lentilles et du traitement multicouche, le prix des objectifs se répercutera sur la facture.

Soleil : attention danger !

Il ne faut jamais oublier qu'une optique placée sur un appareil photo représente une puissante loupe pour les rayons du Soleil. Si un éclat de verre ou une simple lentille peut déjà déclencher un incendie, on image sans problème les dégâts que peut entraîner un objectif orienté vers le Soleil. 

Plus d'un photographe ont relaté des expériences fumeuses où les parois de la chambre noire avaient fondu, le miroir fut endommagé comme on le voit sur ces images ou, après avoir relevé le miroir manuellement, ont constaté que l'obturateur de leur APN avait été brûlé parce que l'appareil était resté sans couvercle face au Soleil !

La première précaution à prendre avec un appareil photo placé au Soleil est donc de toujours s'assurer que le bouchon est placé sur l'objectif lorsque vous ne l'utilisez pas.

Quant à photographier directement le Soleil avec un appareil photo, n'y pensez même pas, sauf au lever ou au coucher du Soleil ou encore à travers une nappe de brume. En temps normal, si vous utilisez un zoom ou un téléobjectif, vous devez le protéger avec un filtre solaire constitué d'une feuille de Mylar ou d'un filtre gris neutre d'une densité de 4 ou 5, laissant donc passer 1/10000eme de la lumière du Soleil au maximum. Si vous n'utilisez pas cette protection, non seulement vous allez griller votre appareil mais vous risquez de vous brûlez la rétine et d'être aveugle pour le restant de vos jours.

Facteur de grossissement et "crop factor"

Nous disions en introduction qu'il n'y avait pas de différence fondamentale entre les optiques traditionnelles et numériques. Si c'est exact concernant la conception (chaque optique est adaptée au format de son capteur photosensible), en fait il y en a une et d'importance, c'est le "facteur de grossissement".

Le terme est placé volontairement entre guillemets car lorsqu'on utilise une optique traditionnelle sur un APN, parler de "facteur de grossissement" est une erreur en français. Les Anglo-saxons utilisent le terme "crop factor" (voir lien ci-dessous) qui représente en effet mieux l'idée d'un recadrage de l'image qu'est censée signifier la terminologie française.

Ainsi que nous l'avons expliqué, les capteurs photosensibles sont souvent plus petits que la surface d'un film de 35 mm, c'est généralement du format APS-C. Si vous utilisez des optiques classiques qui n'ont pas été conçues pour les APN, leur champ couvrant une surface supérieur au cercle circonscrit par le capteur, le cadrage sera limité à la partie centrale du champ, donnant l'impression que l'image est agrandie dans une proportion comprise entre 1.3 et 2 selon les modèles, comme l'explique les schémas suivants.

A lire : The digital crop factor of digital SLR's, F.Kamphues

Couverture d'un objectif en fonction du format. 1 - un objectif classique est conçu pour couvrir le format d'une image 24 x 36 mm. 2 - L'objectif d'un APN est conçu en fonction du format du capteur numérique. Les objectifs Nikkor DX par exemple sont prévus pour le format APS-C. 3 - Le fait de monter un objectif classique sur un APN donnera l'impression que l'image est agrandie entre 1.3 et 2x selon le capteur car ce dernier ne couvre qu'une fraction du champ original. 4 - Inversement, l'utilisation d'une optique (grand angle en général) prévue pour un APN sur un appareil photo classique peut produire du vignetage. Document T.Lombry.

Ainsi, le champ angulaire couvert par un objectif de 50 mm classique utilisé sur un APN au format APS-C correspond au champ d'un... 75 mm traditionnel, celui de 28 mm correspond à celui d'un 42 mm traditionnel ! Autrement dit, un objectif classique utilisé sur un APN couvre un champ plus étroit que sur une émulsion argentique ! 

Pour les anciens photographes qui travaillaient avec des boîtiers argentiques, ce recadrage apparaît dans le viseur de l'APN et après la prise de vue sur le moniteur LCD (sur les réflex), si bien que vous ne pouvez pas l'ignorer. En revanche, si vous n'avez aucune notion du champ que peut couvrir votre objectif, vous ne vous rendrez pas compte de cet effet qui sera pour ainsi dire transparent, mais bien réel.

Selon les marques, ce recadrage va réduire le champ de votre optique de 30 à 100% (facteur de grossissement de 1.3 à 2x). C'est en ce sens qu'on dit qu'un 300 mm est équivalent à un 480 mm ou un 600 mm, car il cadre comme ce dernier, mais en réalité la puissance de l'optique ne change pas.

Si on veut être strict sur les termes, ainsi que nous l'avons dit, le "facteur de grossissement" est mal nommé. La focale de votre objectif est indépendante du format du capteur : votre grand angle de 28 mm reste un 28 quelle que soit la taille de la surface sensible. Sa focale correspond à la distance comprise entre l'axe du centre optique des lentilles (considérées comme unique) et le plan focal où se forme l'image lorsque la mise au point se fait à l'infini. En d'autres termes, sur une optique discrète le tirage est fixe et ne produit donc aucun grossissement.

Quand on parle de "facteur de grossissement", il faut comprendre "il cadre comme une optique 1.5x fois plus longue" (crop factor) car il s'agit bien d'un recadrage lié à la taille du capteur. Le terme français est tellement inadapté qu'il ne s'écoule pas un mois sans que la question ne soit discutée sur les forums consacrés aux APN, preuve de la bétise que nous avons faite en adoptant cette terminologie.

Le téléobjectif Olympus Zuiko de 300 mm f/2.8 ED équivalent à un 600 mm. Les optiques de cette gamme "Top Pro" reçurent l'award de l'EISA en 2006. Son prix est aussi au top : 7200 € ttc. Canon et Nikon proposent une optique équivalente au 2/3 du prix.

Pour éviter toute ambiguïté, les constructeurs indiquent les focales réelles sur leurs objectifs complétées, sur les catalogues, par leur "équivalent" classique quand c'est nécessaire. Ainsi un 300 mm classique utilisé sur un APN Nikon au format DX est un "équivalent 450 mm", mais en aucun cas sa focale passe à 450 mm, pas plus que sa puissance (cfr les graphiques) !

En pratique, tous les objectifs Nikon classiques utilisés sur un APN au format APS-C (DX) présentent un "grossissement" de 1.5x, il est de 1.6x sur la majorité des Canon série D (EOS 10D, etc) et peut atteindre 2x chez Olympus. Seuls les Canon série 1D et 5D, l'ancien Kodak DSC 14n et le nouveau Nikon D3 présentent un facteur de grossissement identique à celui du format 24x36, taille du capteur oblige.

Il existe heureusement des optiques adaptées au format réduit des capteurs des APN. Il s'agit par exemple des optiques Nikkor DX, Canon EF ou EF-S, Sigma EX, Tamron Di-II, etc. Dans ce cas, l'image retrouvera son champ classique à un degré près. Essayez autant que possible de tester l'optique sur votre APN avant achat; mieux vaut se tromper au magazin que de le constater à domicile sur des tirages qui ne correspondent en rien au champ de vision que vous espériez obtenir !

Inversement, si vous utilisez une optique conçue pour un APN sur un appareil photo traditionnel, le champ sera réduit avec un risque de vignetage, principalement avec les objectifs grands angles.

Compte tenu de la taille des capteurs (FF ou APS-C) et des caractéristiques des optiques adaptées à ces formats, on peut en déduire que l'usage d'un capteur FF ou APS-C présente l'un et l'autre certains avantages. Ainsi, le capteur "full frame" du Canon 5d, du Nikon D3 ou D700 offre l'avantage de réduire le bruit électronique avec les sensibilités élevées (très utile quand il y a peu de lumière ambiante) et d'offrir un meilleur piqué aux optiques adaptées à ce format (surtout celles offrant une très grande ouverture). L'autre avantage est que le format "full frame" va privilégier les courtes focales, tandis que le format APS-C favorisera les longues focales, y compris les optiques macro.

Autofocus

Grâce à une miniaturisation toujours plus poussée, la plupart des optiques sont équipées d'un système autofocus dont le moteur est soit intégré à l'optique soit au boîtier. Cette assistance à la mise au point peut être désactivée ou, sur certains modèles, elle s'adapte à la longueur focale de l'optique.

L'autofocus est un système télémétrique qui peut-être actif ou passif. Dans un système actif, l'APN envoie un signal infrarouge (ou ultrasonique) sur le sujet qui renvoie un écho permettant à l'appareil d'estimer sa distance et de réaliser la mise au point grâce à un servomoteur. Le faisceau est divisé en plusieurs beams qui peuvent ou non se croiser selon les appareils.

Le système passif divise artificiellement l'image du sujet en autant de rayons qui sont focalisés sur des capteurs CCD placés au fond de la chambre noire comme l'explique ce schéma d'Edgar Bonet et ce dessin préparé par Nikon. Dans ce cas l'APN n'émet aucun signal. Il analyse seulement une fraction de la lumière réfléchie vers le bas par le miroir réflex. Si les images multiples sont centrées sur chaque capteur, le sujet est correctement mis au point, si l'image s'étale et est décalée cela signifie que la mise au point n'est pas réalisée à la bonne distance.

Plus il y a de points d'autofocus plus le dispositif est souple. Trois points de mesure sont un minimum et une valeur toute à fait acceptable pour des photos de groupe par exemple. L'avantage d'avoir de nombreux points de mesure et sur une large zone du viseur est de vous donner plus de souplesse lors de la prise de vue car cela vous évite de devoir tourner l'appareil si le sujet s'écarte de la zone centrale. Le nombre de points d'autofocus varie entre 5 et 45 selon les performances de l'APN.

Si le sujet n'est pas éclairé, l'autofocus passif ne peut pas fonctionner. Dans ce cas, l'APN utilise un éclairage d'appoint. Et c'est un sacré spot qui porte bien au-delà de 20 mètres. Pour la discrétion c'est bien sûr raté ! Si la lumière est suffisante et que le sujet n'est pas caché dans les broussailles, l'appareil est capable d'effectuer une mise au point très précise. Notons aussi qu'avec le temps, le servomoteur est devenu plus silencieux.

On parle d'autofocus "servo" (AF Servo) lorsque l'appareil assure la mise au point automatique et de manière continue sur des objets en mouvements. On l'utilise principalement pour la photographie d'action (sportive ou des animaux). Quand ce mode est sélectionné (menu "AI Servo" chez Canon ou "Continuous" chez Nikon) il suffit d'appuyer à mi-course sur le déclencheur pour qu'il s'active.

Boutons de débrayage de la baïonnette et de l'autofocus (AF/MF) sur le Canon EOS 20D.

En théorie un autofocus servo-assisté est capable de suivre un mobile jusqu'à 50 km/h environ ce qui impose un temps de réaction supérieur à 0.072 sec (~1/14e). Or en pratique, le temps maximum total que peut prendre un autofocus pour se verrouiller atteint 1/4 de seconde, et même 1 seconde dans des conditions difficiles. Au mieux, dans cet exemple notre autofocus est donc 3 fois trop lent.

Si ce système procure un avantage lorsque la visibilité est mauvaise, on comprendra qu'il y a au moins trois circonstances dans lesquelles il vaut parfois mieux le désactiver.

Tout d'abord lorsque le sujet se déplace rapidement, que ce soit vers l'observateur ou dans le même plan. Si l'autofocus est lent et prend une seconde si pas davantage pour se verrouiller sur un objet, si votre sujet se déplace à 100 km/h, en 1 seconde il aura parcouru 27 m et aura quitté le champ avant que vous ayez eu le temps de déclencher ! Au mieux l'image sera floue. Si l'autofocus est dix fois plus rapide, vous pouvez obtenir des images nettes à condition d'utiliser une vitesse d'obturation très rapide et une grande profondeur de champ (petite ouverture), deux paramètres qui ne vont pas souvent de paire.

La photographie sportive ou d'action en général requiert des méthodes de prise de vues particulières où il faut anticiper les mouvements du sujet ou se déplacer avec lui pour éviter d'obtenir des images floues ou filées. Si les vitesses d'obturations élevées, les systèmes d'autofocus prédictifs et les systèmes anti-secousses résolvent une partie du problème, mieux vaut éviter d'ajouter à cette difficulté celle de la mise de la point. En fait, une fois de plus, seuls les APN de milieu et haut de gamme se sortent honorablement de ces difficultés.

Le deuxième cas se présente lorsque le sujet principal n'est pas dans l'axe optique ou lorsqu'il s'intercale entre d'autres objets sur lequels peuvent buter les systèmes autofocus actifs comme passifs (par exemple un animal caché dans les broussailles ou  placé derrière une cage). Un système peu performant va localiser un objet proche de l'axe de visée mais soit trop rapproché soit trop éloigné par rapport au plan du sujet. Si vous n'avez pas mémorisé la mise au point sur le sujet, son image sera floue.

Le dernier cas, assez similaire au précédent, est celui de la macrophotographie. L'autofocus ignore en général où est le sujet, si c'est la feuille ou l'insecte, et risque de faire une mise au point sur un plan trop rapproché ou plus éloigné. S'il se déplace dans un champ très détaillé, l'AF servo peut même perdre totalement le contrôle et confondre l'avant-plan avec l'arrière-plan. Etant donné que la profondeur de champ est généralement limitée à quelques centimètres, l'image à de fortes chances d'être floue.

A moins d'utiliser du matériel haut de gamme, dans ces trois cas particuliers mieux vaut désactiver l'autofocus et assurer manuellement la mise au point. Sur certains APN, certains automatismes seront inactivés dans la foulée faute de pouvoir corréler les informations d'exposition avec la distance en fonction de la focale de l'objectif. Compte tenu des faiblesses de ce dispositif, vous ne serez donc pas étonnés d'apprendre que plus d'un photographes ont désactivé définitivement leur autofocus et ne réalisent leur mise au point que manuellement quitte à se voir pénaliser par des modes d'exposition limités. Encore une foi, rien ne vaut du matériel professionnel pour pallier à ces carences.

La baïonnette

Il s'agit d'un astucieux système de fixation mécanique permettant de solidariser un objectif au boîtier. Parmi les premiers appareils à baïonnette citons le Leica M3 (baïonnette M) sorti en 1954, le Nikon F (baionnette F) sorti en 1959 et le Pentax K dont la baïonnette du même nom est déjà citée en 1971 mais qui sera officiellement présentée à la Photokina en 1975. Aujourd'hui le brevet de Leica est tombé dans le domaine public.

Depuis de nombreuses années ce mécanisme est associé à des contacts électriques pour assurer le transfert des paramètres de prise de vue (diaphragme, etc) au boîtier des appareils dotés d'automatismes. Plus récemment, avec l'invention de l'autofocus, la baïonnette a été complétée par de nouveaux contacts et une prise de force. Cela conduisit au brevet Pentax KA notamment.

La baïonnette KAF2 à 12 contacts du Pentax K10D de 10.2 Mpixels. Elle est compatible avec les anciennes optiques KAF et KA. Pentax a toutefois élaboré des optiques DA "digitales" dont le champ est plus adapté au format de son capteur proche de l'APS-C.

Aujourd'hui les montures à baïonnette assurent un échange total des signaux dans les deux sens entre optique et boîtier grâce à des contacts supplémentaires.

La baïonnette est-elle compatible entre optiques de marques différentes ? Il faut préciser compatibilité mécanique ou électrique. Car si on tient compte des contacts, ce n'est même pas toujours compatible au sein d'une même marque !

Compatibilité entre fabricants

Tout dépend du constructeur car tous n'ont pas créé de baïonnette propriétaire. Les baïonnettes M, F et K par exemple ont été reprises par d'autres fabricants. Ainsi Fujifilm et Zeiss exploitent la baïonnette Nikon, Samsung celle de Pentax, Leica et Panasonic celle d'Olympus et Kodak utilise celles de Canon et Nikon. La baïonnette M de Leica est utilisée par de nombreux fabricants parmi lesquels Voigtlander, Bessa, Epson et de nouveau Zeiss.

Les fabricants ayant conservé une baïonnette propriétaire sont Canon, Leica, Nikon, Olympus, Pentax, Sigma et Sony/Minolta, bref les marques historiques.

En fait vous n'avez pas beaucoup de chances de récupérer vos optiques si vous passez d'une grande marque à l'autre. Cela paraît évident mais il faut le préciser. A ma connaissance il n'existe pas de bague d'adaptation entre marque, Canon vers Nikon, Olympus vers Pentax ou Sony et réciproquement, à l'exception d'une optique Nikon/Nikkor sur un boîtier Canon EOS (vendue par Qoopix Photo sur eBay) mais on perd malgré tout la présélection de diaphragme automatique.

La raison de cette incompatibilité est simple, en partageant ce genre de brevet, c'est toute la gamme d'optiques d'une marque qui passe à la concurrence. Et comme le but d'une entreprise est de développer ses bénéfices, ce n'est pas vraiment en partageant son savoir-faire qu'elle y parviendra. Raison pour laquelle la conception doit rester propriétaire. Et dans le cas contraire, c'est souvent le plus grand qui absorbera le plus petit.

Il existe bien quelques bagues de conversion (par ex. la bague Nikon BR 3 qui est un inverseur baïonnette/52 mm à vis notamment utilisé en macro avec une bague allonge ou un soufflet, etc) mais il sera exclu de récupérer les contacts, d'autant qu'avec les années, ils sont devenus deux fois plus nombreux. 

A défaut de trouver la bague compatible avec votre optique, certains amateurs un peu bricoleur n'ont pas hésité à fabriquer leur propre bague d'adaptation. A défaut, vous pouvez faire appel aux compétences d'un tourneur qui vous fabriquera la pièce sur mesure. Périodiquement les lecteurs du forum Nikon Passion par exemple décrivent la manière dont ils ont adapté leur optique à leur APN. Et si vous ne trouvez pas la solution en francophonie, en anglais baïonnette se dit "bayonet" et consultez par exemple le forum très complet de DPReview.

Compatibilité au sein de la marque

Au sein même d'une marque, la compatibilité électrique vers le haut n'est pas garantie par la force des choses mais presque assurée totalement. Les constructeurs se doutent bien que leurs clients ont investi parfois beaucoup d'argent pour acquérir des optiques de qualité, parfois plus que dans leur boîtier, et souhaitent donc les conserver en dépit de l'évolution du marché. Cette garantie de suivi participe à la réputation de la société et son respect des attentes du public.

Ainsi les objectifs Pentax K et KA créés dans les années 1975-80 sont encore utilisables sur les APN Pentax les plus récents tel le K20D de 14.6 Mpixels (1100 € boîtier nu 2008), sauf le couplage à pleine ouverture et le zoom motorisé de certaines optiques.

Chez Nikon, une optique autofocus (par ex. Nikkor AF-S VR 300 mm f/2.5 IF-ED) est compatible avec tous les appareils récents de la marque (sauf les modèles prévus pour le F3-AF tel le 80 mm f/2.8 et 200 mm f/3.5 IF-ED). Même chose pour les optiques manuelles (AI, AI-S) sauf que la mesure d'exposition ne fonctionnera qu'avec les modèles F6, ceux des séries Dx et Dx00. Si vous souhaitez utiliser ces optiques manuelles sur un D80 par exemple, la mesure d'exposition ne sera pas transmise au boîtier. Dans de rares cas et justement pour les optiques Nikkor AI et AI-S, certains revendeurs dont je n'ai malheureusement pas la liste (cf leur service technique ou le Support Nikon) peuvent toutefois modifier l'optique pour assurer cette compatibilité.

A lire : Les gammes Nikkor (Nikon Passion)

Document T.Lombry Document T.Lombry

A gauche, aspect de la baïonnette F du Nikon Nikkormat FTn (1965), à droite celle du Nikon D80 (2006) dont voici un gros-plan. Très peu et en même temps beaucoup de choses ont changé en 41 ans. Peu car la baïonnette est identique mais beaucoup car entre-temps l'électronique et les automatismes sont passés par là. La compatibilité des objectifs du FTn (donc non pilotés par CPU) avec le D80 par exemple n'est assurée qu'en mode d'exposition manuelle mais le posemètre ne fonctionne pas. A l'inverse, ce boîtier accepte encore les optiques AI et AI-S actuelles. Les optiques Nikkor un peu plus récentes mais toujours non-CPU attachées à un D80 ne pourront utiliser que partiellement le système de mise au point électronique qui généralement ne peut être utilisé qu'à f/5.6 ou supérieur. Pour les optiques AF, la matrice 3D couleur et une partie des fonctions i-TTL ne fonctionnent pas. Il faut disposer d'optiques D AF, G ou DX pour avoir un support total des fonctions sur le D80.

Enfin, il peut arriver que le constructeur sacrifie sur son produit d'appel certains automatismes. Ainsi le Nikon D40 sorti en 2006 et destiné au grand public est si petit que Nikon a dû limiter ses performances pour rester sous la barre des 500 € boîtier nu. Il ne peut donc accepter que des objectifs à moteur d'autofocus incorporé (AF-S). En supprimant le moteur du boîtier, Nikon a économisé un certain nombre de composants et limité son prix. Vu la panoplie d'optiques proposée par Nikon, ce n'est pas un retour en arrière, d'autant moins que le constructeur a proposé un nouvel objectif zoom de 18-55 mm pour ce réflex. Cette optique bénéficie par ailleurs d'éléments de lentilles apochromatiques ED qui réduisent parfaitement l'aberration chromatique.

Pour résumer la situation, avant d'acheter quoi que ce soit, et d'autant plus si vous disposez encore d'anciennes optiques, réfléchissez bien au modèle d'APN et aux nouvelles optiques que vous voulez acheter ainsi qu'aux applications que vous envisagez, car plus tard, après paiment de la facture il sera trop tard pour faire marche arrière et vous serez pour ainsi dire verrouillé à la marque aussi surement qu'une baïonnette. Faites le bon choix !

Prochain chapitre

Les mesures de lumière et les corrections d'exposition

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ