Au-delà de la Voie lactée

La classification des galaxies (III)

Grâce à la découverte d’Edwin Hubble, nous savons aujourd'hui que l'univers contient d'innombrables galaxies semblables à la Voie Lactée. Toutes ces galaxies se situent à des distances supérieures à 2 millions d'années-lumière,l'Amas Local excepté. Elles sont donc très pâles et occupent généralement un champ de quelques minutes d'arc seulement sur la voûte céleste. Les plus faibles d'entre elles se distinguent à peine parmi les étoiles de la Voie Lactée situées au premier plan.

Grâce aux multiples photographies réalisées au télescope du mont Wilson, en 1925 Hubble[15] proposa un système de classification des galaxies qu'il modifia légèrement en 1936 dans son livre "The Realm of the Nebulae" avec l'introduction des types SO et SB0 pour tenir compte de galaxies au-delà du type E7 n'ayant pas de structure spiralée.

A lire : The classification of Spiral Nebulae, Edwin Hubble

The Observatory, Vol. 50, 1927, pp276-281 (PDF de 519 KB)

Trois magnifiques galaxies. A gauche, NGC 1097, une galaxie SBb située dans le Fourneau dont voici une image du noyau prise par le VLT. Cette galaxie de magnitude 10.3 et 9.4' de diamètre est située à 45 millions d'années-lumière et abriterait un trou noir. Au centre, M101 alias NGC 5457, une galaxie Sc située dans la Grande Ourse. De magnitude 8.2, elle présente un diamètre apparent voisin de celui de la pleine Lune (28.5'). Se situant à 25 millions d'années-lumière, cette galaxie présente un diamètre réel de 1700000 années-lumière et abrite 1 trillion d'étoiles dont 100 millions de type solaire ! Elle contient également des étoiles géantes bleues, des géantes rouges, de nombreuses sources stellaires de rayons X et environ 3000 amas d'étoiles. Cette image est un compositage RGB de 51 photographies prises entre 1994 et 2003, y compris par des observatoires au sol. L'image originale est à ce jour la plus grande (16000 x 12000 pixels) et la plus détaillée que nous aillons d'une galaxie. A droite, NGC 5866, une toute petite galaxie lenticulaire (SO) de 0.5' de diamètre et de magnitude 16.5. Vue de profil, on voit admirablement bien la bande de poussière équatoriale. Cette galaxie est située à 44 millions d'années-lumière dans le Dragon. Son diamètre est de 60000 années-lumière. Document VLT, HST et HST/Hubble Site.

La séquence présentée consiste en une série de galaxies elliptiques allant de la forme globulaire (E0) à lenticulaire (E7), et deux séries parallèles de galaxies spirales, normales (S) et barrées (SB). Chaque série est subdivisée en trois sections, a, b, c en fonction de l'ouverture des bras (ouverts, intermédiaires, serrés).

Cette classification met en évidence une série évolutive dont la progression semble très logique. Ainsi la transition SO et SB0 est fermement établie, de même que l'évolution des galaxies élliptiques E0 en type plus tardif E3 ou E5. Les galaxies irrégulières sont considérées comme la continuation du type Sc.

La classification de Hubble est la suivante :

- Les galaxies elliptiques, qui présentent une symétrie de rotation complète. Elles sont souvent extrêmement denses que les plus grands télescopes sont parvenus à séparer en étoiles distinctes. Elles sont classées E0 à E7 selon l'aplatissement du disque. Notons que pour le type E7, l'orientation des axes principaux par rapport à l'axe de visée est toujours inconnu. Nous pouvons citer M32 et NGC 205 les deux satellites de M31, M60, M85, M86, M87, M88, M89 appartenant à l'amas de la Vierge et dont une centaine de membres sont aisément accessibles à l’amateur. La plupart d'entre elles se trouvent au centre des grands amas de galaxies qu'elles illuminent de leurs feux.

- Les galaxies spirales, classées S, à noyau important et à bras réguliers et peu développés, ou à noyau moins développé et à bras importants, classées Sa, Sb et Sc. Citons M31, M33, M51, M81, M104 parmi celles présentant la plus belle morphologie.

La classification des galaxies

Selon E. Hubble

Cliquer sur l'image pour l'agrandir. Document T.Lombry

- Les galaxies spirales barrées, classées SB, dont les bras partent de l'extrémité d'une barre qui traverse le noyau et classées SBa, SBb, SBc selon l'ouverture des bras. C'est aussi la population la plus nombreuse. La Voie lactée, M58, M83, M95 et M96, NGC 1300 et NGC 1360 appartiennent à cette classe, auxquelles il faut ajouter le Grand Nuage de Magellan, classé SB(s)m.

- Les galaxies lenticulaires, classées S0, qui n'étaient pas reconnues dans le document de 1925 de Hubble seraient une forme intermédiaire entre les galaxies elliptiques E7 et les spirales. L'hypothèse proposée par Hubble sera confirmée empiriquement par voie photographique en 1950. Ces galaxies sont symétriques et ne présentent pas de structure spirale ni  de barre centrale. Elles présentent un gros noyau central et un disque aplati. Elles ne contiennent pas de gaz ni de poussières. Citons M84, NGC 2685, NGC 3115 et NGC 4477.

- Les galaxies irrégulières, classées I, telles M82, le Petit Nuage de Magellan, NGC 2976 qui n'ont pas de forme définie, dans lesquelles se développe une Population I d'étoiles bleues supergéantes. Elles ne représentent que quelques pourcents de toutes les galaxies.

Ces catégories sont complétées par l'adjectif “pec” de peculiar lorsque leur morphologie est anormale (superlumineuse, anneau interne ou externe, en interaction avec un compagnon, etc) ou "d" s'il s'agit d'une galaxie naine (dwarf).

La morphologie des galaxies

Quelques représentantes emblématiques des différentes catégories de galaxies. De gauche à droite et de haut en bas, NGC 1316 (E), M84 (SO), M83 (S), NGC 1300 (SB), M82 (Irr) et NGC7742 (Seyfert,pec). Documents VLT, NOAO, Subaru et HST.

En 1959, Gérard de Vaucouleurs[16] révisa la classification des galaxies de Hubble pour tenir compte de caractéristiques plus subtiles mais très importantes pour comprendre leur dynamique. De Vaucouleurs introduisit le type Sd et le type magellanique (m) pour assurer la transition entre les galaxies spirales et irrégulières; les galaxies supergéantes (cD) dont le corps elliptique s'entoure d'une enveloppe d'étoiles très étendue; les spirales à distorsion ovale ou faiblement barrées (SAB); les galaxies présentant un anneau (ring) autour du noyau d'où partent les bras (S(r)) et celle dont les bras partent directement du noyau (S(c)); les galaxies qui présentent un anneau externe, souvent une extension des bras spiraux qui se rejoignent (RS); enfin les galaxies intermédiaires entre les lenticulaires SO et les spirales SA (A).

La classification des galaxies

Selon G. de Vaucouleurs

La classification volumétrique (3D) proposée par Gérard de Vaucouleurs en 1959 introduit tous les cas intermédiaires entre les galaxies spirales non barrées (SA) et les spirales fortement barrées (SB) tout en maintenant l'évolution entre la classe E et les classes S et I. Des traits secondaires apparaissent tels qu'un anneau intérieur (r) ou extérieur (R) et si les bras spiraux partent directement du noyau. Documents T.Lombry et Combes et Buta, 1996.

La classification de Vaucouleurs s’étend dans les trois dimensions et forme un volume lenticulaire :

- sur l'axe longitudinal se trouve la classification étendue de Hubble, E0-E7, SO-, SO°, SO+, Sa, Sb, Sc, Sd, Sm, Im

- sur l'axe transversal sont reprises les caractéristiques de l'anneau qui entoure le noyau, AB(s), AB(rs), AB(r)

- sur l'axe vertical ont été reprises les distinctions entre les galaxies normales et les barrées A, AB, B.

Ainsi, pour chaque classe spirale de l'axe “x” et pour ses types intermédiaires, on peut découper une tranche dans la classification révisée de Vaucouleurs qui se décompose en 8 secteurs auquel s'ajoute un modèle mixte au centre, SAB(rs).

Image RGB de la galaxie spirale NGC 1350 de type Sa(r) située dans la constellation du Fourneau à 85 millions d'années-lumière. Elle s'éloigne de la Voie lactée à 1850 km/s. Document VLT.

C'est ainsi que la galaxie spirale NGC 1350 présentée à gauche était jusqu'à présent classée parmi les spirales barrées SBa-b. Aujourd'hui sa classification a été révisée et elle appartient dorénavant à la classe Sa(r), c'est-à-dire une galaxie faiblement spiralée présentant un anneau intérieur d'où partent les bras. Située à 85 millions d'années-lumière dans la constellation du Fourneau, cette galaxie est visible dans un petit télescope à la magnitude 11.2. Elle mesure 130000 a.l. de diamètre soit un peu plus que la Voie Lactée.

En nombre, environ 65% des galaxies ont une forme spirale, 10% sont elliptiques et 25% lenticulaires. Parmi les galaxies spirales, les 2/3 sont barrées dont une moitié faiblement, l'autre fortement barrée. 

L'exemple résumant le mieux la classification est à nouveau le lointain Quintet de Stephan. Il rassemble : NGC 7318a (E2), NGC 7317 (E4), NGC 7320 (Sa), NGC 7319 (Sb) et NGC 7318 (SBb).

A télécharger : Le catalogue NGC2000 de J.Dreyer révisé

Fichier Excel de 5.1 MB préparé par l'auteur

A propos de la morphologie des galaxies

Il existe une corrélation entre la morphologie des galaxies et leur constitution. Grâce à l'hydrogène atomique (HI), nous pouvons dresser la carte radioélectrique non seulement de la Voie lactée mais également de toutes les galaxies. Ainsi, parmi les galaxies spirales observées en lumière visible, un tiers d'entre elles épousent le profil radioélectrique, pour citer parmi les plus connues M31, M51 et M81. 

Etant donné que le milieu est très peu excité, le courant neutre provient avant tout des collisions entre atomes. C'est ainsi qu'en analysant la raie à 21 cm, les radioastronomes peuvent découvrir la structure spirale d'une galaxie irrégulière par exemple ou découvrir que les bras des galaxies spirales sont un véritable piège pour le gaz froid. 

En revanche, la force du vent interstellaire qui souffle dans une galaxie elliptique ne permet en général pas d'y déceler des masses de gaz neutre. Ces galaxies abriteront donc moins d'étoiles de deuxième ou troisième génération que les galaxies spirales. Les seuls elliptiques ayant des régions HI sont d'ordinaire associées à un compagnon spiralé.

A gauche, le coeur de M51 photographié en infrarouge proche par le télescope Hubble. Une telle activité visible tant en lumière blanche qu'en infrarouge suggère que son noyau pourrait abriter un trou noir. A droite, le disque d'accrétion constitué de poussières entourant la radiosource NGC 5128. Documents The Hubble Heritage Project et NASA/STSCI/HST.

Le plus bel exemple est la galaxie NGC 5128 autour de laquelle gravite un disque d'accrétion composé de gaz moléculaire et de poussières. A l'inverse, les bras des galaxies spirales contiennent de nombreux "trous HI" qui sont en corrélation avec les régions HII où se forment les étoiles.

Il faut toutefois faire quelques remarques importantes. La première, toute cette classification a été établie sur base du rayonnement visible émis par les galaxies. Ces images révèlent les populations jeunes d'étoiles (Population II) mais très peu d'étoiles âgées. C'est très récemment que l'astronomie infrarouge s'est développée. Le premier détecteur fut développé dans les années 1960 par Franck Low et cette technique est aujourd'hui utilisée dans la plupart des hauts-lieux de l'astronomie, y compris à bord des télescopes spatiaux (HST, Spitzer, etc).

Classe spectrale et morphologie des galaxies

Morphologie

 E      SO    Sa     Sb     Sc         I

Classe spectrale

G5     G2     G1     F9     F6     A5-F0

En scrutant le ciel en infrarouge proche (1-30m), les astronomes sont confrontés à de nouvelles difficultés : la galaxie NGC 253 par exemple du Sculpteur qui ressemblait à une spirale serrée en lumière blanche présente soudainement en infrarouge une barre centrale. La présence d'étoiles âgées lui donnent l'aspect d'une galaxie spirale barrée ! Idem pour les radiogalaxies, telle Cygnus A dans laquelle S.Djorgovski a découvert un noyau en infrarouge ou les galaxies de Seyfert[17]. Enfin, plus près de nous à l'image du noyau Galactique,  M31 présente un noyau warpé induit par le déplacement d'une autre galaxie et grâce au télescope Hubble on a découvert qu'il était en fait constitué de deux composantes.

A gauche, la découverte du double noyau de la galaxie d'Andromède M31 par le HST. L'image couvre une région qui s'étend sur 40 années-lumière. Au centre, après rectification M31 apparaît comme une belle galaxie spirale quasi circulaire sur cette image infrarouge prise par le satellite ISO. A droite, les extensions inattendues de la galaxie irrégulière M82 photographiée en infrarouge par le Télescope Spatial Spitzer. Documents T.R.Lauer/KPNO/NOAO/HST, ESA/ISO/ISOPHOT/M.Haas et al et Spitzer.

Deuxième remarque, pour les galaxies les plus proches, les mesures réalisées ces dernières années révèlent que les mouvements des étoiles ne sont pas souvent en accord avec le classement des galaxies auxquelles elles appartiennent. En effet, ce n'est qu'en tirant profit des télescopes de 8 et 10 m d'ouverture ainsi que des télescopes spatiaux que les astrophysiciens ont pu résoudre le noyau de certaines galaxies proches et découvert qu'ils tournaient... dans le sens opposé à celui du reste de leur galaxie ! Dans plusieurs cas, ce phénomène serait lié à l'absorption d'une autre galaxie mais on ne peut pas généraliser cette théorie.

Enfin, à grandes distances, au moins 8 milliards d'années-lumière, les galaxies semblent jusqu'à 6 fois plus brillantes qu'aujourd'hui bien que nous ne puissons observer l'entiereté de leur structure qui reste très pâle voire invisible à cette distance.

Quoiqu'il en soit, toutes ces découvertes ébranlent quelque peu nos idées sur l'évolution des galaxies. Si l'astronomie infrarouge révolutionne déjà notre conception de l'évolution galactique, seul l'avenir nous dira si la classification de Hubble et celle de de Vaucouleurs devront être mises à jour...sans oublier les nouvelles structures mises en évidences par les télescopes spatiaux Hubble, Spitzer et bientôt le JWST, sans parler des télescopes géants comme le futur GMT !

Prochain chapitre

Les amas de galaxies

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 -


[15] Transactions of the I.A.U., 2, 1925, Commission 28; Astrophysical Journal, 64, 321, 1926 - Pour être exact, en dressant sa classification Hubble n’avait pas eu l’intention de mettre en évidence une série évolutive. Ce n’est que bien des années plus tard, après avoir catalogué des dizaines de milliers de galaxies que l’on a remarqué que la progression qu’il avait imaginée pouvait correspondre à l’évolution de certaines galaxies. Lire E.Hubble, "The Realm of the Nebulae", Yale University Press, 1936/1985 - A.Sandage, “Hubble Atlas of Galaxies”, Carnegie Institute of Washington, 1961/1984.

[16] G.de Vaucouleurs, Handbook of Physics, 53, 1959, p275. Voir également Galactic Rings, Combes et Buta, 1996.

[17] M.de Grijp et al., Nature, 314, 1985, p240 - S.Djorgovski et al., Astrophysical Journal Letters, 372, 1991, L67.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ