Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

 

 

Les appareils photos numériques en astrophotographie

La Voie Lactée photographiée en Nouvelle Zélande par Mark Gee. Panorama à 180° constitué de 20 images exposées chacune 30 sec à 3200 ISO prises avec un APN Canon EOS 5D Mark III équipé d'un objectif grand angle EF 24 mm f/2.8.

Introduction (I)

Avec les progrès continus réalisés dans les domaines de la microélectronique et de l'informatique, un appareil photo argentique ne peut plus rivaliser avec les performances d'un appareil numérique tant le second apporte de la souplesse lors la prise de vue et du traitement d'image sur ordinateur.

En effet, comparée aux performances d'un film, une caméra CCD ou le photocapteur d'un appareil photo numérique (APN) est 100 fois plus sensible aux faibles lumières sans présenter les inconvénients du film (instabilité des couleurs, échec à la loi de réciprocité lors des longues poses, zones rapidement surexposées, développement en laboratoire, etc).

Ajouté à la facilité d'utilisation, il allait de soi que tous les photographes allaient un jour passer à la photographie numérique.

Les contraintes de l'astrophotographie numérique

Le domaine de l'astrophotographie reste toutefois très particulier car les conditions de prises de vue et notamment la luminosité des sujets n'a rien à voir avec celle des sujets traditionnels. De plus d'ordinaire l'astrophotographe amateur doit disposer d'un d'une lunette ou d'un télescope s'il souhaite photographier les corps célestes en haute résolution.

L'astrophotographe travaille dans des conditions très difficiles : hauts contrastes dans le cas du Soleil et des objets planétaires ou au contraire très faibles contrastes et pratiquement aucune lumière, de l'ordre de 10-6 lux ou un million de fois moins que la pleine Lune quand il s'agit d'étoiles de magnitude 5. Quant à la photographie des petites galaxies pâles, les conditions sont encore plus sévères.

Cette technique de prise de vue requiert des photocapteurs très sensibles, réagissant rapidement, si possible de grande taille pour couvrir un champ étendu, offrant une haute résolution et des pixels de petites tailles pour une bonne définition.

Le système doit générer le moins possible de bruit thermique ou d'effets de bord (blooming, lueur, etc) et ne réaliser aucun traitement d'image pour préserver l'information et pouvoir la traiter ultérieurement.

Le système de prise de vue doit supporter des temps d'expositions variant de l'instantané à plusieurs heures selon le sujet. 

La mise au point doit être très précise et le système doit pouvoir soit exploiter un système de filtres colorés ou réaliser des photographies en couleurs.

En option le système doit disposer d'un système de refroidissement du capteur et être piloté depuis un ordinateur (par un câble USB, série ou même Wi-Fi). Il doit évidemment se raccorder à un télescope, en tenant éventuellement compte d'une projection oculaire ou d'une Barlow.

A voir : La Galerie des chefs-d'oeuvre

A gauche, M57 photographiée par Lionel Blanc au foyer d'un télescope Skywatcher de 254/1200 équipé d'un APN Canon EOS 350D sans filtre IR bloquant. 40 images de 3 minutes. L'agrandissement est un crop à 100%. A droite, NGC891 photographiée par Bernard au foyer d'un C8 f/8 équipé d'un APN Canon EOS 350D d'usine. 63 images de 180 sec à 800 ISO.

Aujourd'hui seules les caméras CCD dédiées à l'astrophotographie répondent à ce cahier des charges; elles ont été fabriquées dans ce but. Par conséquent, a priori les APN réflex et compacts n'ayant pas été fabriqués dans cette perspective, on doit s'attendre à rencontrer leurs limites en astrophotographie. 

Or les APN utilisent également des capteurs CCD ou CMOS très sensibles et atteignent aujourd'hui une très haute résolution et une définition équivalente aux grains d'AgBr de la photographie argentique.

Les APN génèrent également peu de bruit thermique jusque 400 ou 800 ISO tandis que sur la plupart des modèles réflex les automatismes sont débrayables et ils supportent le format RAW.

Enfin, l'avantage de l'APN sur la caméra CCD est d'enregistrer des images en couleurs et il est polyvalent, l'amateur pouvant utiliser son APN pour la photographie traditionnelle.

Voyons tout d'abord les performances des APN réflex de dernière génération et voyons s'ils satisfont au cahier des charges de l'astrophotographie.

Les APN réflex

Au début des années 2000 il était difficile d'utiliser un APN réflex en astrophotographie. Non seulement ils étaient chers (plus de 1000€ sans optique) mais pour des raisons techniques ils n'étaient pas adaptés à la photographie des objets célestes à faible contraste comme les galaxies et les nébuleuses.

Progrès technologique oblige et suivant les effets de la loi de Moore, tout changea en 2003 et 2004 avec la sortie des premiers réflex Canon et Nikon à moins de 1000 € objectif compris. A ce prix, l'astrophotographie en haute résolution s'offrait aux amateurs moins fortunés.

Canon EOS-350D

Mais il faudra attendre 2005 et la sortie du Canon EOS 350D (8 Mpixels) pour que les amateurs se lancent pour de bon dans l'aventure de l'astrophotographie au moyen d'un APN réflex.

En effet, devant l'intérêt du public, des bricoleurs ont découvert que moyennant une petite modification au niveau du capteur, ce réflex (comme tous les autres en fait) devenait sensible jusqu'au proche infrarouge (1200 nm) et s'adaptait donc à la photographie des nébuleuses brillantes rayonnant en hydrogène alpha notamment. C'est la raison pour laquelle encore aujourd'hui, plus d'un astrophotographe ont conservé leur Canon 350D défiltré.

Un APN destiné à l'astrophotographie en haute résolution doit réunir les spécifications techniques suivantes :

- un capteur photosensible de haute résolution (8-10 Mpixels minimum) afin de pouvoir isoler (crop) ou agrandir certains portions de l'image sans atteindre la pixelisation

- une sensibilité spectrale étendue, notamment au-delà de 656.28 nm (raie de l'hydrogène alpha).

- supporter le format RAW pour préserver la qualité de l'image et avoir plus de souplesse lors du traitement

- des automatismes débrayables (autofocus, optionnellement la mesure d'exposition)

- un mode d'exposition manuel

- la pose B

- une choix de sensibilité étendu (ISO)

- un réducteur de bruit thermique

- un stabilisateur d'image pour les photos instantanées

- un mécanisme permettant de relever le miroir réflex sans vibration

- un moyen de verrouiller le miroir en position haute pour les longues expositions

- la soustraction d'une image noire ("dark frame") pour supprimer le bruit thermique des images brutes

La plupart des APN de dernière génération satisfont à ces exigences et même plus (mode Live View, HD vidéo, espace de couleurs RGB, etc), à l'exception de la "dark frame" non disponible sur beaucoup de modèles et de leur sensibilité spectrale bridée.

Nous allons passer en revue certains de ces critères, expliquer pour quelles raisons ils sont nécessaires et déterminer leurs limites.

L'image noire

L'enregistrement d'une image noire ("dark frame") à la prise de vue consiste à réaliser une image avec le capuchon placé sur l'objectif pour n'enregistrer que les pixels chaudes du capteur. Pour un résultat optimal, cette image noire doit être enregistrée en désactivant le réducteur de bruit et toute autre fonction de traitement d'image (effet spécial, rotation, etc) et doit être réalisée avant chaque photographie du ciel.

Cette image sera ensuite soustraite de l'image du sujet afin de supprimer les défauts générés par le capteur (lueurs brillantes, trame, etc).

Cette image est optionnelle car l'amateur peut encore réaliser cette opération ultérieurement, sur ordinateur. Il peut même s'en passer s'il travaille uniquement en format JPEG et réduit la taille des images de 50%, l'algorithme de compression lissant ces imperfections.

Sensibilité au proche IR

Le principal problème qu'on rencontre avec un APN est sa sensibilité spectrale limitée, mal adaptée au rayonnement des nébuleuses d'émission qui présentent un pic à 656.28 nm, dans la fameuse raie de l'hydrogène alpha (Cf. le spectre de l'hydrogène de la série de Balmer).

M20 photographiée par Xavier Ambs au foyer d'une lunette apochromatique William Optics FLT 132 sur monture Losmandy G11 équipée d'un APN Canon EOS 350D modifié et muni d'un filtre Baader BCF. 75 images de 120 sec.

Encore aujourd'hui, les APN réflex Canon ont la faveur des astrophotographes amateurs. En effet, c'est actuellement le seul constructeur qui a spécialement élaboré un APN en tenant compte des contraintes techniques de ce domaine d'application.

Ce fut notamment le cas du Canon EOS 20D sorti en 2005 qui présente une sensibilité spectrale jusque 700 nm et est capable de visualiser l'image au dos de l'appareil lorsque le miroir réflex est relevé. Heureusement, depuis la sortie de ce modèle, il existe des solutions alternatives adaptées à toutes les marques.

En effet, comme l'explique ce document d'Olympus, par nature le capteur d'un APN est sensible du spectre UV au proche IR, d'environ 250 nm à 1200 nm, spectre au-delà duquel il perd son rendement et toute efficacité.

Si un verre ordinaire est opaque au rayonnement UV en-dessous de 390 nm, pour limiter la sensibilité du capteur au seul spectre visible les fabricants d'APN ont placé un filtre "IR bloquant" ("hot mirror") devant le capteur photosensible.

Si cela améliore la netteté des images, ce filtre pose un gros soucis aux astrophotographes. En effet, dans la raie de l'hydrogène alpha la transmission du filtre tombe à 16%, insuffisant pour enregistrer le rougeoiement des nébuleuses d'émission dans de bonnes conditions.

Jusqu'à présent l'alternative consistait à utiliser une caméra CCD mais ce système impose une connexion à un ordinateur et une certaine expérience technique.

On peut toutefois utiliser un APN mais à condition de retirer ce filtre IR bloquant (passe-bas) et le remplacer par un verre transparent ou un filtre de même épaisseur (par exemple un Baader BCF transparent de 430 à 700 nm). Consultez l'article consacré à la photographie infrarouge pour plus de détails.

Notons qu'en général, en retirant le filtre IR bloquant on retire également le système de réduction des poussières et parfois même le filtre anti-aliasing.

A présent que la question de la sensibilité spectrale est résolue, un APN ainsi modifié est tout à fait adapté à l'astrophotographie du ciel profond. Voilà une excellente nouvelle même, il faut bien le dire, si elle s'accompagne d'une facture de quelques centaines d'euros pour effectuer cette modification !

A lire : Quantum efficiency (Olympus)

Sensibilité et efficacité des capteurs photosensibles

Le capteur d'un APN est sensible de 390 à 1100 ou 1200 nm. Notez l'absorption des verres en UV.

Ajoutons que les capteurs photosensibles récents présentent également des pixels suffisamment petites pour obtenir des images en haute définition sans laisser apparaître l'effet de la diffraction. L'effet de lueur diffuse ("amp glow") autour des objets brillants ou lié à des défauts du capteur est également réduit tandis que les micro-lentilles fixées sur les photosites améliorent également le rapport signal/bruit.

La mesure d'exposition

Selon le sujet à photographier, le mode d'exposition automatique de l'APN peut ou ne pas être utilisé. En photographie planétaire par exemple, qu'il s'agisse de photographier le Soleil, la Lune ou les planètes brillantes, l'exposition étant généralement instantanée, on peut se fier aux indications de l'APN. Au besoin on peut utiliser les compensations d'expositions (par ex. -1 à +1 EV) si l'appareil à tendance à surexposer ou sous-exposer l'image du sujet.

Le capteur de lumière devient inutile quand la durée d'exposition dépasse quelques secondes, notamment pour le ciel profond et les objets pâles comme les comètes. Dans ce cas il est conseillé de désactiver la mesure d'exposition automatique et de travailler en mode manuel.

Canon EOS 5D Mark III équipé d'un grand angle EF 24 mm f/2.8 IS USM.

Sensibilité et bruit thermique

L'astrophotographie à longue pose des objets pâles impose de trouver un compromis entre sensibilité et temps d'exposition ; si on veut préserver la finesse des images et donc utiliser une faible sensibilité (80-400 ISO), selon le sujet le temps d'exposition peut devenir très long et requérir un système d'entraînement très performant (les meilleurs systèmes limitent le filé à 1 ou 2 pixels au niveau du capteur).

Si en revanche on augmente la sensibilité (800-1600 ISO), sur les modèles d'entrée de gamme on risque de voir appaître le bruit thermique et des pixels colorées sur toutes les images à la place des plus fins détails.

En effet, comme les caméras CCD, les APN présentent un courant d'obscurité généré par les électrons durant les longues expositions. Ces électrons sont également enregistrés par le capteur photosensible et parasitent les images, même en l'absence totale de lumière. Le problème est accentué avec la technologie CMOS.

Si certains APN récents et haut de gamme (tel le Canon 5D ou le Nikon D3) disposent d'un système d'imagerie performant capable de préserver la finesse des images même à très haute sensibilité (25800 ISO !), ils ne sont pas à l'abri du bruit thermique.

Le complexe M42-M43 photographié par Philippe Durville au foyer d'un télescope de 210 mm f/4 équipé d'un APN Nikon D70. 25 images de 5 minutes.

Ce bruit thermique augmente avec la sensibilité mais également à mesure que le temps d'exposition augmente, d'où la nécessité de réaliser une "dark frame" pour chaque image. En soustrayant cette image noire de l'image brute et en répétant cette procédure sur des dizaines d'images, on diminue le "bruit de fond" thermique qui est aléatoire et on augmente le rapport signal/bruit du sujet.

Tous les APN récents disposent d'une fonction de réduction de bruit (NR) ajustable. Faut-il l'activer ? En théorie elle réduit le bruit thermique mais sa désactivation peut présenter un avantage. Si le bruit thermique du capteur CCD ou CMOS est plus apparent, l'image gagne paradoxalement en détails dans les faibles lumières. C'est surtout visible lorsque vous agrandissez les images. Il y a donc un compromis à trouver entre le temps d'exposition et la définition en fonction de la luminosité du sujet.

En fait, la seule alternative consiste à réaliser plusieurs dizaines d'images du même sujet et les additionner ensuite sur ordinateur en prenant soin de leur soustraire l'image noire. Dans le cas du ciel profond, les expositions peuvent se limiter à 5 minutes par image, quitte à en réaliser 20 ou 50 en une séance pour s'assurer une bonne qualité d'image après traitement. Si ce travail de prise de vue est un peu fastidieux et requiert de la précision, c'est la meilleure façon de limiter les effets du bruit thermique.

Ceci dit, alors qu'il y a quelques années Canon était très en avance sur ses concurrents dans ce domaine, avec l'aide de Sony, aujourd'hui Nikon ainsi que les autres grands constucteurs proposent des systèmes d'imagerie (capteur, processeur et logiciel) offrant une qualité d'image pratiquement équivalente.

Le format RAW

Les caméras CCD sauvegardent les images dans un format non compressé et non traité (TIFF) afin de préserver la qualité des plus petits détails. De manière similaire, un APN dédié à l'astrophotographie peut avantageusement tirer profit du format RAW.

Seul problème, une poignée d'APN compressent d'office ce format et effectuent un léger prétraitement d'image, tel le Nikon D70. Pour éviter cette compression non désirée, nous verrons un plus bas que sur cet APN et d'autres modèles il n'y a pas d'autre solution que d'éteindre l'appareil juste avant que l'image soit sauvegardée sur la carte-fash.

Il est important d'utiliser un format RAW non compressé et non traité car lui seul permet ensuite d'avoir sur ordinateur toute liberté pour traiter l'image, notamment de modifier les paramètres de prise de vue et faire ressortir tous les détails qui pourraient être noyés en format JPEG.

Notons que les réglages effectués à la prise de vue peuvent toujours être modifiés ultérieurement sur les images RAW à condition d'utiliser le logiciel de traitement d'image RAW fourni par le fabricant (Capture NX2 pour Nikon, Digital Photo Professional pour Canon, etc) ou certains logiciels de dernière génération (Bibble, DxO, Photoshop CS ou CC, etc). 

En revanche, ces réglages sont appliqués irréversiblement aux images JPEG (d'où l'activation de nombreuses fonctions à la prise de vue, telle que la balance des blancs, le contrôle d'exposition, etc).

Toutefois, un problème de couleurs peut se poser lorsque les fichiers RAW sont traités par un logiciel tiers (Aperture, Camera Raw, Lightroom, etc) où l'image subit généralement un traitement basé sur des réglages différents, propres à chaque application et parfois très éloignés des conditions réelles de prise de vue. C'est pour cette raison que certains logiciels de traitement d'image de dernière génération disposent d'une base de données d'APN et d'optiques afin d'exploiter au mieux les informations relatives à la prise de vue.

A lire : Review of Imaging software (sur ce site)

A gauche, la Rosette, NGC2244 photographiée par William J. Shaheen au foyer d'une lunette apochromatique TEC de 140 mm f/7 équipée d'un APN Nikon D50 sans filtre IR bloquant. 4h36m de pose au total. Au centre, M8 et M20 photographiées par Emmanuel Beaudoin au foyer d'une lunette apochromatique Astro-Physics EDT 105 f/4.5 équipée d'un APN Canon ESO 350D muni d'un filtre IR bloquant Hutech type I, spécial astro transparent de 375 à 700 nm. Compositage de deux images totalisant 18 minutes d'exposition à 800 ISO. A droite, NGC7000 photographiée par Jean-Yves Gruffat au foyer d'une lunette William Optics Zenithstar 66 SD équipée d'un APN Canon ESO 350D sans filtre IR bloquant mais muni d'un filtre Astronomik CLS (anti-pollution). 20 images de 5 minutes à 400 ISO complétées par 11 images noires.

La balance des blancs

Les APN réalisant des photographies en couleurs, les tonalités vont avant tout dépendre de la balance des blancs, plus que du temps d'exposition ou de la couleur du fond du ciel (pollution lumineuse, présence d'aurores, etc).

En effet, même si le capteur photosensible ne fait pas de différence entre les longueurs d'ondes qu'il enregistre, le processeur d'image a été programmé pour rendre les couleurs en fonction d'une certaine température de couleur définie par la balance des blancs.

Si vous laissez l'APN déterminer seul la balance des blancs (mode "Auto"), il faut savoir que le "blanc" servant de référence peut osciller entre 2500 K et 10000 K avec toutes les conséquences que cette variation de température de couleur peut avoir sur le rendu. Autrement dit, en fonction du choix effectué par le capteur, les images risquent de présenter une dominante jaune, cyan ou magenta si la sélection est mal adaptée au sujet.

Tempérons toutefois cet effet car de nos jours le logiciel des APN est suffisamment intelligent pour déterminer seul quelle est la température de couleur la plus adaptée en fonction des conditions de prise de vue. Tant pour la photographie planétaire que du ciel profond, il est souvent préférable d'utiliser une balance des blancs automatique que d'essayer l'une ou l'autre valeur préprogrammée (lumière du jour, tungstène, etc) comme en témoignent les tests présentés ci-dessous.

Trois images de M42 prises avec un Nikon D2H muni d'un objectif de 400 mm f/4 fixé sur une table équatoriale. Exposition de 240 secondes à 200 ISO, réduction de bruit activée. De gauche à droite, avec une balance des blancs fixée sur 'Direct sunlight", "Incandescent" et "Auto". Document Lombry.

Notons que pour les sujets brillants (Lune et planètes), il est parfois préférable d'effectuer une balance des blancs manuelle sur le limbe de l'astre afin d'obtenir des couleurs aussi proche que possible de la réalité.

Précisons que si par advertance on oublie de changer la balance des blancs, en format JPEG on peut parfois la rectifier par traitement d'image en modifiant notamment la tonalité et la saturation des couleurs, mais le résultat n'est jamais optimal. En revanche, une mauvaise balance des blancs n'a aucun effet contraignant en format RAW car on peut toujours la corriger lors du traitement du fichier RAW.

Mise au point

En fonction du couplage du boîtier au système optique, plusieurs facteurs peuvent influencer la mise au point des APN réflex.

1. Le registre ou distance au plan focal

N'importe quel APN réflex ne peut pas être fixé derrière un télescope ou utiliser les objectifs d'une marque concurrente. Une bague d'adaptation et d'autres accessoires venant souvent s'interposer entre le boîtier et le télescope, ces dispositifs mécaniques ainsi que la grandeur du registre peuvent empêcher certains APN de réaliser une mise au point lorsqu'ils sont fixés derrière un télescope.

Un APN comme un appareil argentique présente une certaine distance appelée registre ("flange focal distance") entre l'anneau de métal formant la monture du boîtier (ou l'arrière de l'objectif) et le plan focal du capteur (ou du film). Cette distance fixe varie d'un constructeur à l'autre. Voici quelques mesures :

Monture Registre (mm) Monture Registre (mm)

Olympus E

Olympus OM

Canon FD

Canon ES, ES-F

Sony/Minolta

Minolta SR

:    38.67

:    46.00

:    42.00

:    44.00

:    44.50

:    43.50

Sigma SA

Pentax K

Nikon F

Leica R

M42 (vis)

Monture T (vis)

:    44.00

:    45.46

:    46.50

:    47.00

:    45.46

:    55.00

Ainsi qu'on le constate, les boîtiers Canon à monture FD présentent un registre 2 mm plus court que les boîtiers Canon EOS, eux-mêmes étant 2.5 mm plus courts que les boîtiers Nikon. Cela peut avoir son importance dans le choix d'un APN ou d'un téléojectif concurrent dédié à l'astrophotographie.

Quand on sait que la position du point focal varie environ comme le carré du rapport focal du télescope, à laquelle s'ajoute un facteur lié au carré du facteur d'amplification du miroir secondaire du télescope, sans parler des (micro) déplacements possible du miroir primaire durant le suivi stellaire, on comprendra que toute erreur de mise au point sera amplifiée sur le capteur d'un APN.

2. Photographie en parallèle (piggyback)

Le même problème de registre se pose pour l'astrophotographie en parallèle sur un télescope (ou si l'APN est fixé sur une monture équatoriale portable). Si vous utilisez l'objectif d'une marque concurrente sur votre boîtier, en raison de la distance différente du registre et de l'usage d'un adaptateur, il est possible que vous soyez dans l'impossibilité d'effectuer une mise au point à l'infini.

Vous devez également tenir compte du facteur de grossissement ("crop factor") du capteur de l'APN. Variant entre 1.26x et 2x selon les constructeurs, ce facteur augmentera d'autant la distance focale de l'objectif et "ralentira" d'autant sa "vitesse" en allongeant le temps d'exposition.

A voir : Ciel et Espace (forum Pixelistes)

A gauche, M42 photographiée par Steven Noyes avec un Canon EOS 40D muni d'un téléobjectif de 400 mm f/2.8 IS USM fixé sur une monture Losmandy G11. 30 images d'une minute à 1600 ISO plus 30 images de 30 secondes à 200 ISO complétées par la soustraction de 99 images noires. Au centre, l'éclipse de Lune du 3 mars 2007 photographiée en Slovénie par R.Palčič, T.Špenko et B.Vasiljevič au foyer d'une lunette Pentax de 75 mm f/6.6 équipée d'un  APN Canon ESO 350D. A droite, M51 photographiée par Philippe Durville au foyer d'une lunette aprochromatique Takahashi FSQ-85 f/5.3 équipée d'un Nikon D3. 25 images de 7 minutes à 800 ISO.

3. Effet de flou et filtre passe-bas

Outre le filtre IR bloquant et le système de vibration anti-poussières, un filtre anti-aliasing est également placé sur le capteur des APN pour supprimer l'effet de crénelage.

Ce dispositif est généralement complété par un algorithme accentuant l'effet de flou sur les images, une manière de lisser les défauts lorsque l'image est vue à bonne distance.

Si cet effet peut effectivement améliorer l'esthétique des images, sur certains Nikon ce traitement est réalisé à l'insu du photographe juste après la prise de vue et la suppression de la "dark frame", avant même que l'image RAW soit enregistrée dans la carte-flash. L'image a donc subit un prétraitement comme l'ont révélé Christian Buil à propos du D3 et Emil Martinec en testant le D300.

La seule façon d'éviter ce traitement indésirable et d'obtenir de véritables images RAW consiste à éteindre l'APN durant la phase d'acquisition de la dark frame, le fameux "mode 3" comme l'a appelé ironiquement Christian Buil. Seule difficulté, cette méthode rend très difficile l'acquisition automatique de nombreuses images exposées peu de temps (quelques minutes) dans le cas où l'amateur souhaite additionner de nombreuses images d'un objet pâle en vue de les additionner ultérieurement. Il n'y a pas d'autre alternative que de vivre avec cet effet de léger flou (mais qui reste très léger sur les deux APN précités).

Accessoires

Les APN ne disposant plus de déclencheur souple, parmi les accessoires utiles, citons la commande à distance avec ou sans intervallomètre pour déclencher l'obturateur. Selon les modèles d'APN, elle fonctionne par ondes radios, infrarouge ou liaison par câble USB.

Le cratère Gassendi (gauche) et Sinus Iridum (centre) photographiés par Matthias Rückemann le 5 mars 2001 avec une lunette Celestron CR150 HD de 150 mm d'ouverture munie d'un oculaire Plössl de 9 mm. Exposition de 1/2 sec avec un boîtier réflex Nikon F3 équipé d'un dos digital Kodak DCS100 (1.3 Mpixels), sensibilité de 1600 ISO. A droite, Jupiter (Ø 43") et l'ombre de Ganymède ainsi que Callisto photographiés le 28 novembre 2010 par Jerry Lodriguss au foyer d'une lunette apochromatique Astro-Physics 130EDT f/34 (oc.18 mm) équipée d'un APN Canon 550D. Enregistrement en mode vidéo HD 640x480 à 60 fps, balance des blancs manuelle. Conversion du fichier en format AVI et traitement dans Registax de 1000 frames extraites de 3600 frames puis correction dans Photoshop.

Conclusion

Au vu des spécifications des APN réflex et des résultats obtenus moyennant certaines adaptations, on peut sereinement conclure que les APN réflex sont aujourd'hui adaptés à l'astrophotographie et peuvent rivaliser avec les caméras CCD.

Voyons à présent les performances des APN compacts en astrophotographie.

2eme partie

Les APN compacts

Page 1 - 2 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ