Archéoastronomie

Le Moyen-Age (IV)

Non loin de l'Europe, alors que l'Empire carolingien se démembre, vers l'an 1000 une civilisation s'épanouit en Orient, soucieuse de briller comme le phare d'Alexandrie. Nous sommes à Bagdad à l'époque des califes Abbassides. 

Jusqu'au Moyen-Age les connaissances astronomiques des Grecs et les tables d’éphémérides furent transmises dans le monde arabe du Moyen-Orient. Mais les invasions musulmanes successives conquirent progressivement les cités urbaines et scientifiques, de Cordoue à Bagdad. 

Les arabes se contentèrent tout d'abord de traduire les manuscrits grecs d'Aristote, Euclide ou Ptolémée, mais ils développèrent ensuite leur propre culture scientifique, s'attachant en particulier à la médecine, à la chimie, à l'astronomie et à la physique. Ils profitèrent également de l'occasion pour traduire les textes indiens et au VIIIeme siècle ils adoptent le système décimal indien et son fameux chiffre 0, dix symboles révolutionnaires qui deviendront nos futurs "chiffres arabes".

A lire : 1 et 0, de sacrés numéros

A gauche, le savant et encyclopédiste iranien Al Biruni (~973) nous laissa de nombreux traités d'astronomie, de mathématique, de minéralogie et de botanique. A droite, un astrolabe du XIIIe siècle. Modèle Moorish exposé au Musée d'Histoire des Techniques du Smithsonian.

Les astronomes arabes mentionnèrent sous forme de tables la position des principales étoiles, de la Voie Lactée ainsi que les mouvements de 5 étoiles errantes, les 5 premières planètes. Ali Ibn Isa crée les meilleurs astrolabes de l'époque tandis que Abu Abd Allah Muhammad Al-Battânî, mieux connu sous le nom du cratère lunaire d'Albategnius qui lui rend hommage, critique vis-à-vis des travaux de Ptolémée, invente une nouvelle théorie du monde, une oeuvre qu'il baptise Al-Zij

Grâce à la sphère armillaire et ses grands cercles imbriqués, Albategnius découvrit l'inclinaison du plan de l'écliptique sur l'équateur céleste (23°35') et la lente précession des équinoxes qui donne à tour de rôle la place d'étoile Polaire à différentes étoiles. Les relevés célestes qu'il effectua apportèrent des précisions qui bientôt ruinèrent la théorie des épicentres et des déférents de Ptolémée.

Marco Polo quittant Venise. Enluminure réalisée en Angleterre vers 1400.

Suite aux conquêtes occidentales, le savoir des arabes remonta lentement vers l'Europe. Cordoue sera reconquise par le roi Ferdinand III de Castille en 1253 tandis que Bagdad tombera aux mains des Turcs et des Mongols en 1258. Loin de ces conflits, Marco Polo en profitera pour découvrir la Chine et pour ouvrir une nouvelle route de la soie et des épices aux commerçants de Venise.

C'est à cette époque que les écrits arabes seront traduits en latin. L'italien Gérard de Crémone (†1187) voulait consulter les textes arabes mais personne encore ne les avaient traduits. Il s'attaquera à cette tâche, retrouvant des traductions arabes des grands textes des philosophes grecs. Un siècle plus tard ils seront traduits en espagnol.

En 1453, la reconquête de Byzance (Constantinople) par les Turcs oblige les Byzantins à se réfugier dans nos contrées. C'est ainsi qu'ils transmettent leur savoir aux universités déjà répandues à travers toute l'Europe.

Malheureusement les découvertes d'Aristarque ne seront connues qu'en 1544, après la mort de Copernic. Entre-temps Amerigo et Christophe Colomb découvrent les Indes en 1492, ou plutôt l'Amérique et ses Amérindiens tandis qu'en 1497 Vasco de Gama découvre les Indes orientales.

Génie de la Renaissance, Léonard de Vinci naît le 15 avril 1452 (de l'ancien calendrier Julien) dans le village d'Anchiano, en Toscane, en Italie. Elève apprenti à 14 ans, il sera un artiste accompli à 26 ans.

Il rédige des manuscrits sur l'astronomie notamment, peint "La Dame à l'hermine" (1490), trace le croquis de "L'homme de Vitruve" (1492), peint la "Cène" (1495-1498) puis la "Joconde" ou "Monsa Lisa" (1505-1509), réalise une nouvelle carte du monde (1513-1514) et invente des centaines d'objets géniaux, certains 400 ans en avance sur leur temps ! C'est Léonard de Vinci qui introduisit les mathématiques dans l'art, notamment à travers le nombre d'or j (rapport d'harmonie valant ~1.6) et l'effet de perspective qui était jusqu'alors très mal maîtrisé. Léonard de Vinci mourut le 2 mai 1519.

A lire : Biographie de Léonard de Vinci

A gauche, autoportrait de Léonard de Vinci réalisé vers 1512; il avait environ 60 ans. Il s'agit d'un croquis au charbon rouge mesurant 33x21.6 cm. Il est exposé à la Bibliothèque Royale de Turin. Au centre, "La Joconde" ou "Mona Lisa" exposée au Musée du Louvre. On ignore s'il s'agit réellement du portrait de Mona Lisa del Giocondo. Le tableau mesure 53 x77 cm. A droite, une page du codex sur l'astronomie écrit par Léonard de Vinci de la main gauche (il était ambidextre) et à l'envers, ajoutant autant à son génie. Ce document qui discute de la Lune notamment, est exposé à la British Library. 

En 1510, les Portugais établissent un comptoir à Goya tandis que les Espagnols s'établissent au Brésil (1500), en Chine (1518) et au Japon (1542).

Le XVIeme siècle est aussi marqué par le débarquement des Conquistadores Hernan Cortez au Mexique (1519) et de Pizarro au Pérou (1532). Leur souvenir restera marqué par le massacre des Amérindiens et leur avidité pour l'or.

C'est également au début du XVIeme siècle, avec le chanoine polonais Nicolas Copernic, qu'est né l'astronomie héliocentrique[7]. Cherchant à prévoir le cours des événements du monde supralunaire, il précisa ses observations du ciel grâce aux précieuses observations répertoriées dans les tables de Tycho Brahé.

Copernic, l’héliocentrique

1543 est à marquer d’une pierre blanche dans les annales de l’histoire des sciences. Cette année là en effet Nicolas Copernic publie son Traité sur les Révolutions du Monde Céleste et déclare : “Le Soleil est fixe au centre de l'Univers et la Terre ainsi que les planètes tournent autour de lui”. Noter que pour Copernic l’orbite de la Terre reste circulaire même si cette vue en perspective semble indiquer le contraire.

Mais il n’est pas encore prêt à changer de conception, de paradigme, quand il considère "les méthodes des Anciens comme entièrement dignes de foi". Pour Copernic, les courbes parfaites restaient les cercles et la vitesse des planètes sur leur orbite était constante. Il notera cependant la simplicité et la cohérence du modèle héliocentrique d'Aristarque de Samos qui lui tient à coeur. 

C’est après maintes sollicitations de ses amis qu’il proposa en 1543 le Traité sur les Révolutions du Monde Céleste[8], ouvrage dans lequel il explique le mouvement apparent des planètes. Dans les premières pages du premier volume - il y en a six - il postula, comme Aristarque le prédisait déjà 17 siècles plus tôt et les Indiens 10 siècles avant lui, que le Soleil était fixe au centre de l'Univers et que la Terre et les planètes tournaient autour de lui. Depuis, l'Homme n'est plus le centre de l'Univers.

Mais il lui manquait encore cette indépendance d'esprit vis-à-vis des Anciens pour appréhender réellement la Nature. Les dogmes d'Aristote resteront encore des absolus, des préjugés qui ne seront écartés qu'un siècle plus tard, grâce à Newton et Descartes. L'Homme réussi toutefois à porter son influence aux quatre coins du monde, pour citer le Commonwealth britannique qui devint une réalité en 1653.

L'Univers de Copernic. Peinture réalisée en 1660.

Durant la Renaissance, de la Pologne à l'Italie en passant par la France, l'autorité religieuse imposait l'harmonie de la nature. Le terme "harmonie" était né en 1525 de la plume de François George de Venise, l'auteur de l' Harmonia mundi. Ce titre sera repris par Kepler en 1618. Le clergé et les philosophes savants reprirent ce concept mais chacun imaginait l'harmonie selon sa philosophie. Le clergé et le savant avaient bien des vues parallèles, mais jamais elles ne se rejoignirent. Malgré les difficultés de rendre compte du mouvement des planètes, le clergé soi-disant éclairé par la parole de Dieu ordonnait que le monde supralunaire soit immuable et que le cercle domina. L'Inquisition attendait les hérétiques...

Prochain chapitre

De la causalité à l'indéterminisme

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 -


[7] A propos des pionniers de l'astronomie moderne lire l'article de T.Canby, illustré par les portraits de J-L.Huens, "Pioneers in Man's Search for the Universe", National Geographic, 145, May 1974, p627. Ce même numéro contient par ailleurs un excellent article richement illustré de K.Weaver et J.Blair, "The Incredible Universe", p589.

[8] N.Copernic, "Des révolutions et des orbes célestes", trad. A.Koyré, A.Blanchard, 1975.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ