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Le Soleil en lumière blanche écrit en collaboration avec le Dr David H. Hathaway, NASA-MSFC Soleil calme et Soleil actif (II) Lorsque le Soleil est au plus bas de sa forme on parle de "Soleil calme". Durant cette période qui peut s'étaler sur deux ans, son disque peut ne présenter aucune tache solaire. Mais du fait que l'intérieur du Soleil est en activité, chaud et fluide, il génère un champ magnétique général d'une intensité très faible entretenu par sa rotation. En général, durant cette période nous assistons à très peu d'activité solaire et en corollaire nous observons très peu d'effets géomagnétiques (Voir également cette introduction en anglais sur les perturbations géomagnétiques) On dénombre néanmoins une fois tous les mois ou tous les deux, trois mois, une CME, une éruption X et quelques aurores. On ne le dit pas assez souvent, mais durant cette période dite calme, le Soleil peut néanmoins présenter une activité cataclysmique avec de très grandes taches solaires (de la taille de Jupiter) qui apparaissent d'un jour à l'autre et des éruptions X très violentes comme ce fut le cas en janvier et avril 2005, deux ans avant le minima. En janvier 2005, le Soleil libéra tellement de particules de forte énergie que cela déclencha des aurores sur Terre qui furent visibles jusqu'en Arizona, à 35° de latitude, tandis que la surface lunaire fut bombardée de protons rapides qui amplifièrent les phénomènes LTP. Durant ces deux mois on observa des taches solaires inhabituellement vastes qui se développèrent en l'espace de 48 heures. En fait, encore aujourd'hui il est très difficile de prédire l'activité des taches solaires car, ainsi que nous l'expliquerons, leur développement est lié à l'activité du champ magnétique solaire dont la source est enfouie dans les profondeurs du Soleil qui demeurent inaccessibles à toute investigation directe. Au paroxysme de son activité on parle de "Soleil actif". Un peu partout dans la photosphère ainsi que dans la chromosphère se développent des régions actives dans lesquelles l'intensité du champ magnétique devient des centaines et même des milliers de fois plus forte et se calcule en milliers de gauss[4]. Il est sans commune mesure avec celui que l'on connaît sur Terre qui vaut environ 0.6 gauss et tend à diminuer. Cycle de vie d'une tache solaire Lorsque
le champ magnétique solaire se renforce, il produit une augmentation de la densité électronique
et de la pression des électrons. Cette perturbation magnétique déclenche l'apparition
d'une facule à la surface du Soleil. Il est donc aisé de
comprendre que lorsque le champ magnétique solaire atteint une valeur maximale, environ
2 à 3000 gauss, des taches apparaissent dans les régions faculaires, bloquant
le transfert d'énergie vers la surface. Néanmoins, une facule peut rester sans
grands changements plusieurs mois à la surface de la photosphère.
Le
cycle évolue ensuite rapidement. Au début, une tache apparaît sous la forme
d'un
pore minuscule naissant dans
l'espace intergranulaire, à peine discernable parmi les grains de riz dont nous reparlerons. Ils sont plus larges
que les espaces intergranulaires avec lesquels on les confond quelquefois et ont
une durée de vie inférieure à 15 minutes. Une journée suffit alors pour que
le pore se transforme en une tache sombre symétrique qui grandit
progressivement. Sa taille atteint 3" d'arc mais elle décuplera dans les
jours qui suivront car cette structure s'accompagne
d'une augmentation graduelle du champ magnétique dans la tache. Les taches se rassemblent en général pour former des amas, des groupes de taches dont l'orientation est approximativement parallèle à l'équateur solaire. Au niveau de l'équateur, lorsque plusieurs taches sont regroupées, les taches isolées situées aux extrémités est et ouest du groupe se développent plus fortement que les autres. Il se forme alors une tâche de tête à l'ouest et une tache de queue à l'est du groupe entourée de plus petites taches. Les champs magnétiques des deux taches offrent maintenant une polarité opposée qui se manifeste aussi dans les taches intérieures au groupe : ce sont des groupes bipolaires, à l'image des deux polarités d'un aimant. En moins d'une semaine une pénombre se forme autour des grandes taches dont la structure radiale est caractéristique. Deux semaines plus tard le groupe est au paroxysme et entame progressivement le cycle inverse, les taches se décomposent tout en maintenant leur association. Le plus grand nombre de taches solaires se forme entre 15 et 25° de latitude dans chacune des hémisphères. Lorsque les dernières taches du cycle se forment vers 5°N ou 5°S, les taches du nouveau cycle apparaissent à nouveau vers 35°N et 35°S annonçant l'apparition d'un nouveau cycle.
En 1748, au plus fort grossissement de sa lunette, James Short observa que la surface du Soleil se décomposait en une myriade de petites mosaïques juxtaposées. Ces zones dénommées grains de riz atteignent la dimension de la France (longueur de 1000 km) soit 1.7" et résident à la limite de visibilité des instruments de 100 mm d’ouverture. Chaque granule représente le sommet d'un tube de convection provenant de la zone convective située sous la photosphère. Leur durée de vie est inférieure à 20 minutes. Ces grains de riz sont donc en évolution permanente et forment un cycle ininterrompu, les anciens grains étant repoussés sur le côté par les nouveaux émergeant des profondeurs. Cette granulation est également la source des bruits acoustiques du Soleil, phénomène sur lequel nous reviendrons quand nous aborderons les mouvements du Soleil.
Les grains de riz sont séparés par un espace intergranulaire d'environ 1400 km ou 0.25" dénommé fibrile bien visible en hydrogène alpha dont l'éclat est 30% inférieur à celui des grains de riz ce qui permet de déduire que du centre du grain de riz à la région sombre intergranulaire la différence de température est d'environ 400 K. L'analyse spectrale des fibriles met en évidence un déplacement rapide de la matière. Dans chaque grain de riz la matière chaude monte au-dessus de la surface où elle libère son excédant d'énergie puis retombe une fois refroidie dans les espaces intergranulaires. Ces courants atteignent des vitesses supérieures à 7 km/s (24000 km/s) et produisent des "bang" supersoniques et d'autres bruits qui génèrent de véritables front d'ondes à la surface du Soleil ainsi que nous le verrons dans les pages suivantes. Mais
la structure particulière de cette granulation pose quelques problèmes aux
astrophysiciens. Dans la photosphère, la granulation est très fine et les
cellules sont irrégulières. Quelques centaines de kilomètres plus haut, dans
la chromosphère, elles sont dix fois plus larges et s'étendent jusqu'à la
basse couronne, comme l'ont révélé les missions Skylab dans les années 1970.
A ce niveau la température atteint 300000°C puis soudainement, au niveau 1.5
million de degrés elles deviennent floues et disparaissent presque. Ce mécanisme
reste encore vague mais il semble que cette
supergranulation de la chromosphère ait quelque relation avec la
température de la couronne. Cette énorme boule de gaz capricieuse est donc en perpétuel changement selon une progression qui s'explique clairement mais dont les lois conservent certaines incertitudes. Parce qu'il est gazeux, ses constituants ne tournent pas uniformément à toutes les latitudes. Nous savons que la surface du Soleil est en perpétuel mouvement en raison de la présence de plusieurs composantes dynamiques qui sont : - La rotation solaire - La convection cellulaire - Les oscillations - Le courant méridional ou flux polaire (voir le magnétisme du Soleil).
La vitesse la plus élevée est induite par la rotation du Soleil qui atteint 2000 m/s à l'équateur. Les mouvements d'oscillations et de convection présentent des amplitudes d'environ 300 m/s alors que le courant méridional évolue à environ 20 m/s en surface. Chacune de ces composantes joue un rôle important dans notre compréhension du Soleil et la manière dont il entretient le cycle de 11 ans. Des observations minutieuses ont mis en évidence que
les régions équatoriales tournent autour de l'axe solaire en 25 jours, alors
que les régions polaires effectuent cette rotation en 33 jours. Les taches
polaires sont donc en retard sur les taches équatoriales. C'est cette rotation
inégale qui perturbe et entremêle le champ magnétique du Soleil et qui
pourrait être à l'origine de l'existence des taches. Les taches présentent
sur l'étoile Bételgeuse (a
Orionis) et enregistrées à l'Observatoire américain du Kitt Peak ont peut-être
la même origine.
Mais nous connaissons surtout l'activité du Soleil par ses protubérances. L'apparition, l'évolution et le mouvement des protubérances répondent à l'évolution des taches solaires. Alors qu'une petite tache naissante ne formera près d'elle qu'une petite protubérance, dont la durée de vie se limitera à quelques jours ou quelques semaines, la protubérance peut être activée par une tache qui se trouve dans une région active. Elle manifeste alors des mouvements puissants, des jets de matière dans la couronne, des protubérances éruptives qui évoluent en quelques minutes, poussées par la pression interne du Soleil. Les protubérances sont des condensations de plasma (atomes, électrons et ions) dans la couronne solaire. Bien qu'elles y soient totalement immergées, leur température est environ 100 fois plus basse et leur densité 100 fois plus élevée que celle de la couronne. Ce plasma n'est pas totalement ionisé, et dans certains cas il épouse les formes du champ magnétique local. Ainsi apparaissent des protubérances en forme de boucle ou cylindriques. C'est aussi le champ magnétique qui génère la force nécessaire à leur sustentation dans la couronne, les empêchant de s'écrouler sous leur propre poids. Nous reviendrons à d'autres occasions sur ces protubérances. Prochain chapitre
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