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Depuis les années 1980 le modèle du Big Bang a été amendé avec la théorie de l'inflation. Mises ensemble, ces deux théories représentent l'une des avancées les plus importantes de la cosmologie depuis la découverte du rayonnement fossile par Penzias et Wilson en 1965. Mais avant de décrire cette nouvelle théorie du Big Bang inflationnaire, nous allons décrire plusieurs lois qui ont façonné le creuset de la cosmologie. Elles n'ont pas de bornes, mais leur intensité peut osciller au cours de l'évolution de l'Univers. Ces lois ont une portée universelle et nous permettent de mieux comprendre les principes directeurs de l’expérience du Big Bang.
Le facteur d'échelle Depuis les 1980 nous savons que la théorie selon laquelle les galaxies sont uniformément distribuées doit être nuancée car les galaxies se regroupent en fait en amas, formant une sorte de maillage régulier, troués d'espaces vides à l'échelle de quelques millions d'années-lumière. Il faut observer le ciel à l'échelle du milliard d'années-lumière pour retrouver une répartition homogène des galaxies. De ce principe cosmologique découle que les distances entre les galaxies peuvent être déterminées uniquement en fonction de l'expansion de l'Univers, facteur qui bien sûr changera au cours du temps : c'est le "facteur d'échelle" qui représente le rayon de l'Univers ou plus exactement la séparation entre deux galaxies quelconques. Méfions-nous cependant de la gravité car nous savons qu'elle peut ralentir l'expansion et modifier localement la vitesse des objets. Ce facteur est de bon aloi. Cherchant toujours une explication à touche chose, nous avons du mal à imaginer ce que serait un Univers dont le rayon serait infini. Inversement s'il est fini, il est borné quelque part avec une distance maximale. Ces deux cas étant indéterminés à ce jour, le facteur d'échelle supprime le besoin de connaître les dimensions de l'Univers. Si on observe les raies spectrales d'une galaxie très éloignée, nous pouvons dire sans trop d'erreurs de formulation, qu'un décalage Doppler de 40% signifie que sa lumière l'a quittée à une époque où l'Univers était plus petit qu'aujourd'hui dans un rapport de 40%. Sans connaître les dimensions de l'Univers, l'expression liée au facteur d'échelle suffit aux chercheurs pour qu'ils poursuivent leurs recherches sans mettre leurs théories en difficultés.
Reste un concept à élucider : la dilatation de l'espace
dans...rien ! Il faut bien (essayer de) comprendre que l'Univers a
toujours contenu tout l'espace, qu'il engendre lui-même. G.Lemaître[1]
écrivait en 1967 : "[L'expansion de l'Univers] ne doit pas être conçue
comme une expansion dans quelque chose; il n'y a rien d'autre que
l'espace, c'est une expansion interne, une séparation progressive
uniforme de tous les objets qui s'y trouvent. C'est une variation de la
grandeur de l'espace". A ce propos, les astrophysiciens chinois Fang Lizhi et Li Shuxian[2] utilisent une très belle expression du Tao chinois : "Le Tao engendre l'Un, Un engendre Deux, Deux engendre trois, trois engendre toute chose". La théologie judéo-chrétienne professe le même processus. Ainsi les Maccabées ont écrit : "Ce n'est pas à partir de choses existantes que Dieu a créé le ciel et la terre". Si rien mis à part Dieu ou le Tao ne peut exister en dehors de l'Univers, ces deux concepts pourraient traduire en langage moderne que les objets ne sont pas en train de combler un vide préexistant, c'est en fait la taille de l'Univers qui a changé, l’Univers créant son propre espace ex nihilo.
Dans cet Univers, quelles que soient ses dimensions, la notion même "d'extérieur" n'a pas de sens puisque tout l'espace accessible définit une entité née d'un Big Bang primordial, lequel n'a ni explosé ni eu lieu dans une enceinte. Cette image que tout le monde utilise est une analogie bien commode mais très éloignée de la réalité pour décrire l'un des événements les plus énigmatiques sur lequel l'homme se soit penché. Une autre manière d'expliquer l'expansion propre de l'Univers se base sur la loi de conservation de l'énergie, démontrée par Laplace et Pauli. Lorsque l'Univers n'était pas plus grand qu'un quark, lorsque la matière était en prise à l'antimatière et qu'ensuite les premiers nucléons se sont formés, ces associations durent être compensées par une libération d'énergie, une perte de masse qui se libéra dans l'Univers naissant. Il devait donc déjà exister 10-35 sec après le Big Bang un environnement pour recevoir cette énergie, dont la taille se confond avec les dimensions des particules qui le composait. Un tel phénomène impose déjà que l'Univers soit en expansion; s'il ne l'était pas, l'Univers serait en équilibre, dans un état stationnaire. Tout rayonnement émis serait réabsorbé avec le temps, condamnant à terme le développement de tout système organisé et de la vie. Le degré d'organisation, ou plutôt l'entropie de l'Univers reste pour nous garante de notre survie. Nous en reparlerons. Nous développerons d'autres concepts lors de l'exposé de la théorie inflationnaire du Big Bang pour lequel une introduction s'avère utile. Sans approfondir le formalisme des théories cosmologiques, plusieurs "postulats" ne deviendront clairs qu'une fois leur formulation mathématique établie. Sans cela, le texte risque de ressembler à un récit ex cadedra. Mais pour votre soulagement, sachez qu'il n'est pas nécessaire de démontrer ces formules pour comprendre leurs implications. Le texte permettra d'éclaircir cette symbolique. La masse de Jeans Pour comprendre l'interaction gravitationnelle qui unit les systèmes binaires ou multiples, les astronomes ont dû quantifier la relation qui liait la pression interne d'une masse à la force de la gravitation. En 1902 William Jeans trouva une formule qui donnait la masse minimum nécessaire pour que la gravitation d'un corps puisse vaincre sa pression. Il s'agit de la masse de Jeans, Mj qui s'écrit :
avec
p, la pression interne G, la constante de la gravitation r, la densité de la matière. Mais cette équation est un modèle statique d'un Univers purement baryonique qui ne tient pas compte du temps. Or le temps est une variable fondamentale qui, comme nous le verrons dans un instant influence de façon exponentielle l'effet de la gravitation[3]. Sans développer le théorème qui en découle, nous pouvons conclure qu'en tenant compte de cette influence, la gravitation dépassera la pression r à partir de l'instant où la longueur d'onde du son ls sera supérieure à la longueur de Jeans Lj : Lj =
ls
Ö¯(
p / G
r) En effet, peu de temps après le Big Bang, lorsque le rayonnement dominait encore la matière, la pression variait comme la quatrième puissance de la température tandis que la vitesse du son était de l'ordre de la vitesse de la lumière, environ Ö¯(c/3). Toute perturbation permettant l'émergence de la matière s'amplifiait en fonction directe du temps. Au moment de la recombinaison, le phénomène inverse se produisit et la matière domina le rayonnement. La vitesse du son variait alors en fonction inverse du rayon de l'Univers, les perturbations évoluant comme le facteur d'échelle et proportionnellement à t2/3. Les perturbations eurent dès ce moment un comportement dit "acoustique". Plusieurs variations du modèle de Jeans sont possibles et Joseph Silk du Caltech à Berkeley proposa diverses hypothèses et leurs solutions : évolution adiabatique, matière sombre non baryonique, modèle isotherme, etc. D'une manière ou d'une autre les différentes théories peuvent être corrélées moyennant certains ajustements avec les observations. Mais de façon générale le modèle de Jeans donne la quantité de matière nécessaire pour lier un système gravitationnellement, que ce soit une planète, un amas globulaire ou une galaxie de 100 milliards d'étoiles. Deux solutions essentielles ont été proposées, dont nous retiendrons la plus intuitive. Elle appartient à l'école soviétique, soutenue par Zel’dovitch et Novikov[4]. Le dénominateur de l'équation Mj étant infime, juste avant la recombinaison la masse de Jeans se chiffrait en milliards de milliards de masses solaires. Seules les entités cosmiques les plus massives (Mj voisin de 1018 M¤) ont pu s'agglomérer à cette époque. Il s'agissait des grandes nappes de gaz primordiales qui progressivement se fractionnèrent pour donner naissance aux superamas, aux amas puis aux galaxies. Après les premières secondes, la pression chuta drastiquement si bien que Mj valait environ 10000 M¤ et permit la formation des amas d'étoiles et plus tard des planètes. Dans sa version la plus simple proposée par Novikov[5], des neutrinos massifs permettraient de créer la succession des entités cosmiques. Mais cette simulation a été faite en deux dimensions et rien ne dit que des structures identiques peuvent apparaître dans l'espace, d’autant que d’après les expériences visant à détecter les neutrinos, leur masse serait relativement faible. L’univers thermodynamique Avant de poursuivre nos investigations, il est également nécessaire de se rappeler les rudiments de la physique qui ont permis aux astrophysiciens de déterminer les différents paramètres thermodynamiques de l’univers. Les chiffres qu’ils nous proposent n’ont rien de magique ! Sachant que l’énergie est proportionnelle à la fréquence ou à la température, E = hn ¸ T, si n(T) ¸ T3, en tenant compte de la contribution g(T) de toutes les particules élémentaires existant à l’époque donnée, on peut évaluer la densité comme étant proportionnelle à la 4eme puissance de la température : r ¸ g(T)T4 (1) Rappelons l’équation thermodynamique de l’univers déjà entrevue précédemment à propos de la théorie inflationnaire : dr/dt + 3(r + P)(dR/dt) /R = 0 On peut alors calculer la densité radiative rr. Si la pression P = 1/3 rc2 et si les constantes sont prises pour unité, h = c = k = 1,
On peut en déduire que lorsque l'Univers était en équilibre thermique, son rayon r, ou plus précisément son facteur d'échelle variait en fonction de la racine 4eme de l'inverse de sa densité rr : rr = 1/ r4 (2) r = (1/rr)1/4 (3) A partir des équations (1) et (2) on peut donc considérer que la température variait en fonction inverse du rayon de l’univers : r »
T4
»
R-4 T » 1/R (5) Nous
allons à présent introduire la constante de Hubble et expliquer son
rôle en cosmologie. Prochain chapitre
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