Quel télescope acheter et pour quel usage ?

Que peut-on observer avec un télescope ? (II)

Les planètes

Après la Lune et le Soleil, l'observation des planètes vous retiendra quelques heures certainement. Par leur éclat et leur couleur, vous apprendrez vite à localiser Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Avec une bonne carte céleste et un télescope vous découvrirez Uranus, Neptune et Pluton. Passons en revue chacune d'entre elles.

Mercure comme Vénus présentent des phases tout comme la Lune. Bien que leur globe soit de petite dimension et quasi uniforme, l’évolution de leur croissant au fil des jours est une observation passionnante à réaliser qui constitue parfois une véritable prouesse car ces deux planètes ne s’écartent pas à plus de quelques dizaines de degrés seulement du Soleil.

Encore plus fort, une batterie de trois télescopes Obsession de 760 mm de diamètre à 3500$ chacun !

Vénus est la plus intéressante car son globe passe graduellement de 10" à plus de 1'06" au moment de la conjonction inférieure où il prend la forme d'un croissant extrêmement mince à peine 1% illuminé. Un instrument de 80 à 100 mm d'ouverture suffit à suivre son évolution dans de bonnes conditions. Entre l'élongation Ouest du soir, la conjonction et l'élongation Est du matin vous pouvez suivre l'évolution de son croissant durant plus de 4 mois si vous bénéficiez d'un horizon Ouest et Est dégagés. Après la quadrature matinale, soit deux mois après la conjonction inférieure, son globe passe sous 20", il s'arrondit et devient moins brillant. Rappelons enfin que compte tenu des mouvements de la Terre et de Vénus, la même phase ne se produit qu'une fois tous les 584 jours.

A gauche, le croissant de Mercure. C'est un document exceptionnel que nous devons à Roland Christen de la société Astro-Physics. Il a été obtenu au moyen d'un télescope Astro-Physics Maksutov-Cassegrain de 250 mm f/29.2 équipé d'une caméra CCD Starlight Xpress HX-516. Compositage de 6 images enregistrées en mode binning 2x2. Le croissant mesure 6.8x2.6". Au centre, le croissant de Vénus photographié par Ulrich Beinert le 24 février 2001 avec une Quickam VC installée sur un télescope Meade ETX 90 équipé d'un filtre rouge W25A. A cette époque le croissant de Vénus mesure 40", il est donc six fois plus grand que celui de Mercure et va encore grandir en s'amincissant. A droite Mars photographiée le 28 juillet 2003 par Bill Patterson avec un S-C Celestron C8 de 200 mm f/20 équipé d'une caméra CCD SBIG ST-10. A cette occasion Mars présentait un diamètre de 21.7" et affichait une imposante calotte polaire Sud.

Mars est une planète qu’il faut apprendre à dompter car vu sa petite dimension (6787 km) il est impératif de l’observer lors des oppositions favorables qui se produisent grosso-modo tous les 2 ans, entre juillet et septembre. A ces époques le globe devient presque 3 fois plus grand passant de 9 à 20 ou 25". Profitez de ces occasions pour l'observer car vous pouvez distinguer l’une des deux calottes polaires, les vents de sable et certaines figures typiques de sa surface telle que Syrtis Major pour ne citer que la formation la plus connue.

Avec ses 48" de diamètre Jupiter demeure la planète la plus facile à observer. Déjà dans un petit instrument de 60 mm d'ouverture vous pouvez observer l’applatissement sensible de son disque et les bandes alternativement claires et sombres qui zèbrent son globe qui paraît suspendu dans le ciel. A faible grossissement vous pouvez suivre le ballet des quatre satellites galiléens, leurs occultations mutuelles et leurs transits devant Jupiter. Ces phénomènes peuvent vous tenir longtemps éveiller. Avec un télescope d'au moins 100 mm d'ouverture vous pouvez observer la structure et l’évolution des couches nuageuses qui sont sous l’emprise d’intenses courants jets et de turbulences. Avec un peu d’attention vous pouvez observer la grande tache rouge – plutôt grise dans un petit instrument - qui se déplace sensiblement d'heure en heure à travers le disque. Il faudra un instrument d'au moins 200 mm d'ouverture pour envisager l'étude systématique de l'atmosphère de Jupiter et collaborer éventuellement à des programmes de recherche tel celui de l'ALPO.

Jupiter et ses satellites galiléens. Ci-dessus une très belle photographie réalisée par Thierry Lambert le 16 octobre 1999 au foyer d'un télescope Meade ETX-90 (90 mm f/13) équipé d'une webcam Logitech Quickcam VC. Il s'agit du compositage de nombreuses images individuelles. Voici également une autre image prise avec un télescope S-C Meade de 400 mm f/10. Ces résultats photographiques sont tout différent de l'image visuelle télescopique que j'ai simulée ci-dessous telle qu'on peut l'observer à environ 100x dans une lunette de 80 mm de diamètre : avec un diamètre de 48", Jupiter ressemble à un petit ballon suspendu dans l'espace, très brillant, blanchâtre, aplati aux pôles et zébré d'au moins deux bandes sombres. Les satellites ressemblent à des étoiles mais présentent une surface appréciable dans un télescope de 200 mm. Des filtres colorés bleu, jaune ou rouge viennent ici avantageusement renforcer les détails. Vous trouverez d'autres images sur les sites de Joerg Hartmann et Jacques-André Régnier.

Saturne reste sans conteste le joyau du système solaire. Malgré qu’elle soit moins brillante et presque deux fois plus petite que Jupiter, la présence de son anneau la rend unique dans le système solaire et son observation émerveille toujours tous les observateurs, quel que soit leur âge ou leur expérience.

L'anneau de Saturne est un sujet difficile dont les composantes les plus sombres (anneaux intérieurs C et D), les anneaux les plus fins (anneaux extérieurs F et G) et la division de Cassini ou de Encke requièrent une nuit bien sombre et calme et un télescope d'au moins 125 mm d'ouverture. Mais c'est surtout pas voie photographique et en exploitant la technique de compositage que pourrez faire ressortir les détails. Un défi pour de nombreux amateurs.

A gauche Saturne photographiée le 22 novembre 2002 par Jacques-André Régnier avec un télescope catadioptrique Celestron Nexstar 5 (127 mm f/10) muni d'une Barlow Tele Vue 3x et d'une webcam Philips Vesta Pro. Il s'agit du compositage de 529 images. A droite Saturne photographiée en 1999 par Maurizio Di Sciullo avec un télescope newtonien Excelsior Optics de 258mm f/8 équipé d'une caméra CCD Starlight Xpress HX-516. Il s'agit d'un compositage RGB.

Uranus et Neptune sont accessibles aux télescopes de 150 mm d’ouverture dans lesquels elles ressemblent à de grosses étoiles colorées, bleu-verdâtre présentant une surface appréciable (respectivement de 4" et 2.9"). Ces deux planètes géantes ne suscitent pas beaucoup d’intérêt si ce n’est la satisfaction personnelle d’avoir pu les photographier en haute résolution, quelques fois avec leur cortège de satellites.  

A gauche une image prise dans les années 1980 par Daniel Michaux alors qu'Uranus passait près de l'amas globulaire M15. On reconnaît également 3 des 5 satellites. Pose de 40 min sur film Ektachrome 400 au foyer d'un Celestron C8 f/6.3. A droite Neptune et son satellite Triton photographiés par Kazuyuki Tanaka au foyer d'un Celestron C8 équipé d'une caméra CCD Meade Pictor 416XT.

Pour être complet, Pluton reste une planète peu attrayante car elle ressemble vraiment à une étoile. Pour avoir la satisfaction de l’avoir observée au moins une fois dans sa vie, vous devez impérativement vous munir d’une carte du ciel en haute résolution indiquant sa trajectoire au fil des mois afin de pouvoir localiser avec précision le petit point lumineux parmi les étoiles du fond du ciel. Si vous pouvez l'observer, cela équivaut à voir une balle de golf à près de 100 km.

Avec une magnitude de 14, vous devez utiliser un télescope d'au moins 200 mm de diamètre pour l'observer. En revanche, photographiquement vous pouvez l'enregistrer moyennant une longue pose avec un instrument de 80 à 120 mm d'ouverture comme en témoigne la séquence ci-dessous réalisée par Kazuyuki Tanaka.

Ci contre le déplacement de Pluton dans le Verseau photographié entre le 6 et le 7 juin 1999 par Kazuyuki Tanaka avec un télescope de 125 mm f/3.8 équipé d'une caméra CCD Meade Pictor 416XT.

Vénus, Mars, Jupiter et Saturne s’accomodent bien de l’usage des filtres colorés. Ces planètes supportent respectivement les filtres jaune ou jaune-vert 11%, rouge 23A 25% et bleu 82A 73%. Les densités plus élevées ne peuvent être utilisées que sur des télescopes d’au moins 200 mm d’ouverture en raison de la perte de luminosité qu’ils entraînent.

 Les comètes

En raison de leur structure relativement fragile qui s’évapore à l’approche du Soleil et de part leur éclat, les comètes sont souvent visibles à l’oeil nu en début de soirée ou au petit matin suivant ou précédent le Soleil de quelques dizaines de degrés. Mais consultez les éphémérides pour connaître leur position exacte qui évolue relativement vite, ainsi que leur magnitude, au fil des jours.

La plupart d’entre elles sont accessibles aux plus petits télescopes dans lesquels elles offrent souvent un panache étendu centré autour d’un noyau brillant et diffus. C’est ici que la photographie révèle toute l’étendue du phénomène. Les comètes s'accomodent très bien des films couleurs et de prises de vue au téléobjectif ou même de vue panoramique.

A gauche, la comète de Hale-Bopp photographiée par Gerald Rhemann le 27 mars 1997. A droite, déplacement de l'astéroïde Aten 1999KW4 le 26 mai 2001. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation (composite de 25 images exposées 3 sec chacune et séparées de 60 sec. GIF de 693 Kb). Document réalisé par Matthias Busch et Albert Heller de l'Observatoire de Starkenburg en Allemagne.

Les astéroïdes

Par leur taille réduite à quelques centaines de kilomètres pour les plus grands, les astéroïdes sont invisibles à l'oeil nu et ne sont visuellement pas différents des étoiles. Une bonne quinzaine d'entre eux sont accessibles aux petits télescopes de 60 à 130 mm d'ouverture dont Vesta qui brilla à la magnitude 6.6, Cérès de magnitude 7.4 et Pallas de magnitude 8.5. Pour les localiser, vous devez consulter les éphémérides publiées par une association d'astronomie telle le Minor Planet Center d'Harvard.

La plupart du temps, les éphémérides sont données sous forme de tables mais certaines associations telle Sky Tonight (Sky & Telescope) tracent la trajectoire de l'astéroïde parmi les étoiles et vous permet de consulter des cartes d'observation à résolution plus ou moins élevée pour les localiser plus aisément. Ce n'est que par voie photographique que vous vous apercevrez que l'étoile candidate s'est déplacée au fil des heures.

Certains astéroïdes tournent sur eux-même et font l'objet de recherches intensives. Comme les comètes, on en découvre des dizaines chaque année et l'amateur peut ici apporter sa modeste contribution en découvrant de temps en temps l'un ou l'autre objet et éventuellement remporter le prix Benson. Mais cela reste un sujet difficile, peu spectaculaire, à réserver aux amateurs expérimentés.

Prochain chapitre

L'observation du ciel profond

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